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Claude Vaszary, hongrois, né le 12 février 1832, appartient à l'ordre des Bénédictins. Dans la longue et ennuyeuse querelle sur le baptême des nouveaux-nés des mariages mixtes entre le Va. tican et le gouvernement hongrois, ce cardinal eut une part très active, y portant la noté de la conciliation. Son esprit impartial plut également au pape et au gouvernement hongrois, de sorte qu'il fut choisi à l'archevêché de Strigonie avec le titre de primat. Neanmoins, ce que l'on s'attendait de son œuvre ne se vérifia pas: loin de s'apaiser, la lutte s'envenima par la venue au pouvoir du partit libéral en Hongrie. Cependant le cardinal Vaszary n'en reste pas moins un personnage possédant beaucoup d'influence et bienfaisant. Dans le Conclave il appuiera un candidat savant et modéré, c'est-à-dire contraire aux luttes politiques.

Michel Logue, irlandais, a été jusqu'à présent un archevêque inconnu. Après la mort des cardinaux Manning, Mac-Cabe, Howard, Newman, le pape, qui veut, coûte que coûte, se tenir en bons rapports avec l'Angleterre, ressentit le besoin de nommer quelque cardinal anglais; trouvé qu'il eut à remplir la place de Westminster, il rechercha un cardinal né en Irlande. Les prélats irlandais les plus éminents n'étant pas agréés par

le gouvernement de Londres, le pape réussit à trouver l'homme qu'il lui fallait dans Mgr. Logue, qui ne s'était jamais compromis vis-à-vis des autorités politiques anglaises. L'archevêque d'Armagh fut bien surpris d'être appelé au cardinalat. Non encore fort avancé en âge, étant né en 1840, il a l'avantage d'un aspect beau et agréable. Son vote est incertain.

Herbert Vaughan voudrait être le successeur du cardinal Manning, mais il n'est qu'un fervent partisan du pouvoir temporel. Savant et retenu, il cherche la gloire qu'il obtiendra peut-être. Il est un admirateur enthousiaste du cardinal Parocchi, pour la raison que celui-ci lui a parlé en anglais. Son âge est de soixante-deux ans.

Théodolphe Mertel n'est seulement pas le doyen de l'ordre des diacres, mais il est aussi le plus vieux parmi les cardinaux, ayant quatrevingt-huit ans. C'est un caractère, et dans sa longue carrière il a su résister aux idées mesquines et antilibérales et se faire en même temps respecter. Cardinal depuis 1858, s'il vivra à l'époque du Conclave, on ne le verra pas se prononcer pour un intransigeant ni pour un Parocchi.

Isidoro Verga, théologien au-dessus du médiocre, doit l'honneur de la pourpre aux bons

services qu'il a rendus aux cardinaux par ses études sur la Congrégation du Concile. Il votera avec la majorité tout en négociant son vote. Il n'a que soixante-deux ans, étant né à Bassano en 1832, mais il paraît en avoir davantage.

Cammillo Mazzella, jésuite, naquit à Vitulano, près de Bénévent, en 1832. Il se distingua en s'occupant des questions théologiques, et ce fut pour tirer parti de sa vivacité que les autorités de son ordre le jetèrent dans les bras du pape. Il est inutile d'ajouter qu'il votera dans l'intérêt de la Compagnie de Jésus.

Luigi Macchi, de Viterbe, âgé de soixante-deux ans, eut dans sa carrière les charges de maître de chambre et de majordome: c'est tout ce qu'on peut dire de ses qualités intellectuelles. Débonnaire, honnête, poli, il attend les événements, mais sans nourrir de vaines espérances. Il votera pour un pape semblable à Pie IX.

Gaetano De Ruggero, nẻ à Naples en 1816, porte bravement ses soixante-dix-huit ans. Plus qu'un administrateur habile, c'est un computiste enragé. Ce n'est qu'avec beaucoup de peine qu'il parvint en 1889 au cardinalat, après avoir été pendant longtemps économe et secrétaire de la Fabrique de Saint-Pierre. Il votera pour Monaco.

Giuseppe Sarto, né à Riese, aux environs de Trévise, le 2 juin 1835, est évêque de Mantoue. Il ne songeait pas d'arriver au cardinalat. Ce fut le cardinal Parocchi qui, voyant qu'on ne pouvait pas trouver un patriarche pour Venise, proposa au pape Mgr. Sarto, qui eut à la fois la double promotion.

Giuseppe Granniello, barnabite, jouissait du renom de profond théologien: le pape le nomma, en 1892, secrétaire de la Congrégation des évêques et des Réguliers; mais n'ayant pas donné des preuves de suffisante habileté dans cette charge importante, il le créa cardinal. Promoveatur ut amoveatur. Il donnera son vote au cardinal Dusmet, d'autant plus que le groupe des cardinaux des provinces méridionales se prêtent mutuellement appui. Mgr. Granniello naquit à Naples en 1834.

Laurent Schlauch, évêque de Grand-Varadin en Hongrie, a soixante-dix ans. Ce prélat doit son élévation à la dignité cardinalice à un tour d'astuce joué par Lẻon XIII au gouvernement hongrois. Deux chapeaux se trouvaient disponibles: le Gouvernement avait proposé, avec la méthode des ternes, deux hommes de sa confiance. Sur une terne on ne put pas tomber d'ac

cord; de l'autre le pape choisit le dernier nom, qui ne fut pas agréé par le gouvernement hongrois, mais que celui-ci fut cependant contraint d'accepter. Le cardinal Schlauch appuiera dans le Conclave le candidat qui aura le plus de chances de réussite.

Victor-Lucien-Sulpice Lécot, archevêque de Bordeaux, obtint la pourpre en faisant bonne mine aux théories du pape et en acceptant la rẻpublique. On ne peut douter qu'il se rangera du côté de ceux qui désirent un candidat déclarant vouloir continuer la politique de Léon XIII. Mgr. Lécot est âgé de soixante-trois ans.

Joseph-Chrétien-Ernest Bourret est un prélat français dont on ignore les titres grâce auxquels il a été nommé cardinal. Évêque de Rodez depuis 1871, il ne s'est jamais signalé de façon à justifier une promotion quelconque. Son vote sera pour un pape intransigeant. Il est né en 1827.

De ce qui précède, le lecteur se sera aperçu qu'il n'y a que quatre candidats vraiment sẻrieux; pourtant il n'est pas facile de prévoir quel sera le pape futur. L'action du temps et celle des hommes pourront changer sensiblement l'état des choses; ce qui reste assuré, c'est la continuation de la série des papes italiens.

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