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projets, revint à Rome où il fut reçu avec de grands honneurs et au milieu de grandes pompes, bien que peu de temps après il risquât de recevoir bien du mal de la part des Banderesi. Il se tira de ce danger en nommant dans un seul jour vingt-neuf cardinaux dont trois romains et tous les autres napolitains.

En attendant, Urbain mourait à Rome le 15 octobre, après avoir gouverné très peu heureusement le Saint-Siège pendant onze ans et huit mois. Il fut enseveli à Saint-Pierre. Fort peu de monde en pleura la mort, ce pontife s'étant révélé dans le courant de sa vie trop dur et inexorable. Aujourd'hui encore l'on voit sa tombe portant une épitaphe rustique autant que sotte.

IV.
Vicissitudes politiques de la papauté.

Urbain étant mort de la façon que j'ai indiquée, il est très nécessaire de jeter un regard sur les conditions de l'Italie par rapport à la papauté, et de celle-ci vis-à-vis de celle-là, car ce n'est que de la connaissance exacte des événements de l'époque que l'on peut argumenter sur les causes qui, plus que jamais, engagèrent le Saint-Siège à établir une tradition de papes exclusivement italiens.

Je crois cette étude d'autant plus opportune que c'est précisément de là que cette tradition tire son origine, et aussi parce qu'elle nous éclairera davantage sur la conduite d'Urbain VI.

En même temps que ce pontife arrangeait les choses de la manière que nous avons déjà vu, les Génois, en haine aux Vénitiens, s'alliaient à Louis roi de Hongrie, à Francesco de Carrare, seigneur de Padoue, au duc d'Autriche et au patriarche d'Aquilée. Avec les Vénitiens se trouvaient alors Perino Luzignano, roi de Chypre, et Bernabo Visconti.

A la première bataille qu'on livra devant la côte romaine, tout près d'Anzio, les Vénitiens, commandés par Vettor Pisani, furent les vainqueurs. Les Génois perdirent cinq galères sur dix qu'ils en possédaient.

Alors les marquis del Carretto, avec l'aide de Bernabò, prirent Albenga, Noli et Castelfranco aux Génois, mais s'étant peu de temps après réconciliés avec ces derniers, les del Carretto leur restituèrent les conquêtes faites. Après avoir mis en prison leur doge Domenico Fregoso et son frère Pietro, les Génois créèrent doges Nicolò Guasco et Luciano Doria, capitaine de la flotte.

Bernabò Visconti ayant donné sa fille en mariage au roi de Chypre, l'envoya dans cette île, comblée d'honneurs, escortée par douze galères,

dont six avaient l'équipage composé de Catalans et de Vénitiens, et desquelles se servit ensuite Perino pour assaillir et combattre Famagosta. Mais il s'attacha en vain à cette expédition, car la ville se défendit vaillamment, et la flotte de Perino fut détruite par le vent et par la mer agitée.

Les Génois et les Vénitiens ne cessèrent de se tourmenter réciproquement aussi bien dans la mer Tyrrhénienne que dans l'Adriatique. Tandis que le capitaine de la flotte vénitienne, Carlo Zeno, tenait la mer Tyrrhénienne occupée par les Génois, Luciano Doria parcourait l'Adriatique en causant bien des dommages aux Vénitiens, venant de Zara où il se tenait pour résister à l'ennemi, cette ville étant au roi de Hongrie.

Les Vénitiens indignés, ne pouvant pas décider Luciano à livrer bataille, se jetèrent sur Cattaro et sur Sebenico qui appartenaient au roi de Hongrie et les incendièrent.

Entre temps, Galeazzo Visconti étant mort en 1379, il semblait que presque tout l'État de Milan fût disposé en faveur de Bernabò, à la grande joie des Vénitiens; mais ce penchant vers Bernabò fut de courte durée, car d'abord la moitié de l'Etat, tout le reste ensuite, passa à son neveu Gian Galeazzo. Luciano Doria s'étant rendu à Pola, il y vainquit la flotte vénitienne qu'il fit

prisonnière. Mais lorsque, trop confiant dans son étoile, il voulut poursuivre l'ennemi qui fuyait, il reçut un coup de lance qui le blessa à mort.

La flotte victorieuse fut conduite, avec celle qui avait été vaincue, à Zara, où les Génois envoyèrent Pietro Doria à la place de son frère mort, avec neuf galères et autres bâtiments de moindre importance. Là il put constater la victoire de son frère; il vit 2000 prisonniers, et apprit que beaucoup étaient morts des suites de la bataille et des accidents de mer.

Sur le continent, les Vénitiens étaient en outre tourmentés par Carrarese et par ses alliés, dont il est question ci-dessus, mais auxquels ils opposèrent Alberigo da Barbiano, comte de Cunio, un excellent capitaine. Pietro Doria réunit une flotte de quarante galères et autres navires, assaillit Venise, prit d'assaut et brûla Grado, Umago, et Caprile. Il se dirigea ensuite sur Chioggia, qui avec sa garnison se défendit courageusement pour quelque temps; enfin, approvisionné par le seigneur de Padoue, il s'en empara par la force.

Dans la prise de Chioggia il y eut 6000 morts; 950 Vénitiens fureht faits prisonniers et envoyés à Zara. Pourtant dans cette calamité, l'honneur des dames qui étaient à Chioggia fut respecté. A la suite de ces malheureux événements, les Vénitiens furent si démoralisés que, n'attendant

plus aucun secours ni par terre, ni par mer, ils délivrèrent les Génois qu'ils avaient faits prisonniers et les envoyèrent à Chioggia afin d'obtenir la paix du capitaine Doria, aux conditions qu'il aurait exigées. Les Génois, orgueilleux et fiers, comme le sont généralement les vainqueurs, ne voulurent entendre aucune parole à ce sujet, exigeant, par contre, que les Vénitiens se rendissent eux-mêmes avec tout ce qu'ils avaient en leur possession. Alors ces derniers reprirent la défensive et ayant placé quelques chaînes de fer à l'entrée du port, ils mirent sur le Lido 300 cavaliers et autant de fantassins et s'empressèrent de trouver un chef capable de diriger un pareil conflit. Pendant qu'ils étaient incertains et dans le doute sur un choix aussi important, on entendit une voix dont on ne sut jamais la provenance, qui dit que Vettor Pisani était le seul qui pût s'acquitter dignement de ce rôle, connaissant bien les moyens de vaincre les Génois. Cette voix produisit un si grand effet, que Pisani fut aussitôt délivré de la prison, dans laquelle il avait été enfermé pour s'être mal battu à Pola, et créé commandant suprême de cette guerre maritime.

Les Génois ne s'endormaient pas, car ayant pris possession de tous les châteaux des environs, ils se préparaient déjà à attaquer la ville. Mais, après une forte mêlée, Giovanni Barbarigo,

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