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à peu près maître du champ, et, pour s'affermir davantage, il a tenté de faire prévaloir, sous les auspices du pape, l'idée d'une union entre les deux branches dont se compose la famille des Bourbons. On craint à raison que l'éclat d'une nouvelle révolution ne puisse faire tomber l'Espagne au pouvoir du clergé. Mais les intérêts du Saint-Siège et ceux de la péninsule ibérique sont si étroitement liés, que l'un ne peut rester indifférent au sort de l'autre. Un pape qui obéirait à des sentiments différents pourrait bien bouleverser le pays, le livrant aux partis. C'est pourquoi l'Espagne ne peut pas regarder d'un oeil indifférent le choix du nouveau pontife, de même que celui-ci ne saurait ne pas s'intéresser des affaires espagnoles.

Le Portugal se trouve à peu près dans la même condition vis-à-vis du Vatican. Là aussi, pour se sauver autant des menaces des républicains que pour parer aux desseins du prétendant migueliste, la dynastie se voit obligée d'entretenir de bons rapports avec le pape et partant avec le clergé qui, tout-puissant dans le pays, peut faire pencher la balance de son côté. S'ils se trouvaient situés à côté de l'Italie, et s'ils avaient maille à partir avec elle, ces deux royaumes pourraient lui créer de sérieux embarras.

Parmi les États dont la population est, pour la

plus grande partie, catholique, la Belgique occupe la dernière place. Pourtant, le cléricalisme de ce pays diffère de celui qui commande en Espagne et au Portugal, sans compter que le parti libéral y est nombreux et bien disciplinė. Là-bas, le pape ne domine pas; au contraire, il est obligé de faire tous ses efforts pour entretenir de bons rapports avec le gouvernement, laissant à la raison d'État cette suprématie qui est une des conquêtes des États modernes.

A propos de l'enseignement public, le Vatican essaya récemment de faire prévaloir la suprématie de l'Église; mais cela n'eut d'autre résultat que celui d'amener une rupture complète de relations. Le pape comprit alors qu'il fallait changer de route, et peu à peu, grâce à la chute du ministère libéral, il a pu se réconcilier avec la Belgique. Ce pays est le seul peut-être qui soit indifférent au choix d'un pape nouveau, peu lui important de nouer oui ou non des relations diplomatiques avec le Vatican, tandis que le pape a le plus grand intérêt d'entretenir des liens amiables avec la Belgique, ne fût-ce que pour avoir un point d'appui à ses rapports avec l'Europe.

Somme toute, le pape a su créer dans sa nouvelle position des intérêts qui se refféteront dans le Conclave futur. Il en a créé partout, jusqu'en Amérique, quoique d'une nature et d'une portée

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différentes de ceux du vieux monde. Trois cardináux représentent l'Amérique dans le Sacré Collège et un représentant du pape vient de s'installer à Washington. Il est vrai que ce dignitaire n'est pas reconnu par le gouvernement des ÉtatsUnis comme un agent officiel, mais il ne prend moins soin pour cela du développement de l'Église catholique et de son influence sur la destinée de ces peuples.

De tout ce qui précède on pourra se former une idée de l'importance qu'aura le Conclave futur et combien d'intérêts seront mis en jeu pour le choix du pape.

Mais nous voilà arrivés au point de nous demander: Est-ce que le pape doit être italien?

VII.

Le pape doit-il être italien?

Je mets fin à mon ouvrage en demandant: est-ce que le pape doit être italien?

Non. Par sa nature, par son institution, le pape peut être originaire de quelque pays que ce soit, ainsi que cela s'est vérifié aux premières époques de l'Église. Seulement, pour les considérations exposées dans ce livre, par la force des temps et des choses, il importe, aussi bien au point de

vue que dans l'intérêt de la papauté, que le pape soit italien. Un pape non italien donnerait lieu à une phase nouvelle, de même qu'à une nouvelle tradition autant dans les annales de l'Église catholique que dans la papauté. Par contre, l'élection d'un pape italien sert à démontrer qu'on garderait les droits et les bénéfices acquis, tandis qu'un pape de nationalité différente mettrait en danger tous les bénéfices accumulés dans le cours de tant de siècles.

Mais est-ce que le pape devra être perpétuellement italien?

Le moment où la présente situation devra se modifier est peut-être plus proche de ce qu'on ne le croit généralement. Même le développement que l'Église catholique a pris hors d'Europe, surtout en Amérique, ne pourra qu'amener des changements dans le choix du pape. Ou le nouveau monde s'imposera au vieux, et dans ce cas la situation de la papauté subira nécessairement une transformation dans ses manifestations extérieures, apportant peut-être beaucoup de variations dans l'élection du pape; ou bien, le vieux monde se transformera, et alors la papauté sera obligée de trouver un autre moyen d'existence.

Tant dans l'un que dans l'autre cas, il pourrait être indifférent, mais il pourrait aussi être nécessaire que le pontife romain (je dis pontife

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romain, le titre étant inné dans la personne du pape), soit un américain ou qu'il appartienne à une autre partie quelconque du monde. Par la nécessité des choses, la prépondérance des cardinaux italiens ira peu à peu s'affaiblissant. On en voit déjà les premiers symptômes. Cela est réclamé par l'intérêt de l'Église universelle, de la même façon que tant dans les temps écoulés qu'aujourd'hui il a été et il est nécessaire d'avoir un pape italien. La politique suivie par le pape dans la vaste et compliquée question sociale conduira elle aussi la papauté à exercer de nouvelles missions dans la société moderne et à transformer son existence en conformité avec elles.

Le pape italien a été dans le passé une nécessité des temps, réclamée spécialement par le maintien des biens temporels. Il l'est aujourd'hui encore afin qu'il ne se produise des troubles dans la situation actuelle et que les sorts de la papauté ne viennent pas à être compromis.

Le pape, enfin, doit être italien, car, à l'heure présente, on ne saurait briser la tradition sans bouleverser l'organisation et les intérêts créés autour du Vatican. D'ailleurs, tout peut arriver, même l'élection d'un pape américain. Mais est-ce que le terrain est préparẻ?

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