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seulement parce que Pietro Gambacorta, seigneur de Pise, ami de Galeazzo et des Florentins, s'interposa entre eux pour les mettre d'accord. Sur ces entrefaites Urbain VI mourut.

V.

Interruption de la tradition.

Par suite de l'élection d'un pape italien, après la série des papes français d'Avignon, la tradition fut un fait accompli pour les papes italiens, mais il se produisit encore des exceptions eventuelles, occasionnées par des circonstances spéciales, qui portèrent au Siège pontifical quelques pontifes d'autres nations.

Comme nous l'avons déjà vu, Urbain VI nomma tout à la fois vingt-cinq cardinaux, dont trois romains et vingt-deux napolitains, croyant vaincre de la sorte l'opposition des cardinaux français et rendre vains tous les efforts de l'antipape (Clėment VII). Il était donc évident que quelqu'un de ceux-ci aurait été élu pape. En effet, les cardinaux restés à Rome et qui s'étaient maintenus fidèles à Urbain s'assemblèrent en Conclave et élurent Pietro Tomacelli, de Naples, qui prit le nom de Boniface IX.

Ce pape, de même que son prédécesseur, eut fort à faire pour apaiser le schisme qui conti

nuait à cause de l'antipape et il joua un des premiers rôles dans les affaires du royaume de Naples, contribuant ainsi à rétablir Ladislao roi absolu de Naples, en faisant prêcher la croisade contre Louis duc d'Anjou qui lui disputait le trône.

Une conjure éclata à Rome par l'instigation de l'antipape Benoît XIII, succédé à l'autre antipape Clément VII, et de Martin roi d'Aragon. Pour l'apaiser, Boniface affermit au Saint-Siège le gouvernement de la ville qui était chancelant et nomma les magistrats à son grẻ. Il mourut le 1er octobre 1404.

Après Boniface IX nous voyons sur la chaire de Saint Pierre les papes Innocent VII (Migliorati de Sulmone) et Grégoire XII (Cornaro, vénitien) qui en 1409 renonça à la papauté. Nous y trouvons encore Pierre Philargo, ou, suivant d'autres, Théodoric Niemo, qui prit le nom d'Alexandre V. Ce dernier était né à Candie, mais par le fait d'avoir été archêveque de Milan et ayant couvert d'autres charges en Italie, on pouvait le considérer comme italien. Il fut élu à Pise, l'antipape Benoît XIII et les troupes du roi de Naples Ladislao s'étant emparés de Rome.

Au contraire de Boniface IX, le nouveau pape accueillit avec bienveillance Louis d'Anjou, le reconnaissant roi de Sicile contre Ladislao et en

suite, d'un commun accord, il s'engagea à rentrer en possession de l'État de l'Église en y chassant ce dernier. Mais à peine avait-il accompli ce fait qu'il s'éteignait à Bologne en 1410, après dix mois de pontificat.

Les papes qui suivirent furent Jean XXIII, Martin V, Eugène IV et Nicolas V, tous italiens, d'où l'on voit qu'avec Urbain VI la tradition italienne n'a plus été interrompue pendant l'espace de soixante-dix-sept ans.

Voilà apparaître sur la scène le premier Borgia, espagnol, sous le nom de Calixte III! Mais si cette apparition a donné lieu à celle d'un autre Borgia, c'est la condition de la papauté d'alors qui l'a imposée et non la question de ne pas revenir aux papes qui n'étaient pas italiens. Alfonso Borgia, avant son élection était professeur, d'abord à l'Université de Lérida, puis à celle de Naples, et cela par la volonté du roi d'Aragon et de l'antipape Benoît XIII. Le roi le nomma aussi son secrétaire, et ayant institué un concile, il voulut que Borgia en fût le président et le conseiller.

Le pape Martin V renvoya ensuite Alfonso Borgia au gouvernement de l'église de Majorque et puis de celle de Valence. Ce prélat, possédant beaucoup d'autorité, arriva par son influence à persuader l'antipape Clement VIII (Mugnoz),

succédé à Benoît XII, de renoncer à ses prétentions, ce qui lui valut le titre de cardinal et d'être appelé à Rome, réussissant toutefois à apaiser auparavant entre eux Jean, roi de Castille et Alphonse, roi d'Aragon.

Le Sacrẻ Collège apprit ainsi à l'aimer autant qu'à l'estimer. A la papauté, étant obligée de lutter avec l'un ou l'autre prince et dans ce temps plus que jamais aux prises avec les monarques aussi bien qu'avec la Turquie, il fallait un pape très vaillant qui sût inspirer la crainte et le respect. C'est pour cela qu'à la mort de Nicolas V les cardinaux tombèrent d'accord pour élire pape le cardinal Borgia, alors âgé de soixante-dixsept ans.

Le roi d'Aragon survint aussi dans cette élection, ayant la confiance d'avoir le pape de son côté dans les querelles qui pouvaient arriver avec les autres princes et les autres rois. Mais Calixte III, qui ne voulait pas s'assujettir à Alphonse roi d'Aragon, fit dire à celui-ci qu'il pensât à gouverner ses États, que lui, il voulait gouverner l'Église à sa façon, et lui.enleva des villes et des forteresses, se refusant de reconnaître les droits qu'Alphonse prétendait avoir sur les royaumes de Naples et de Sicile. Cela fait, il entreprit la guerre contre la Turquie, appelant à son secours les souverains chrétiens.

Ce n'est pas ma tâche de faire dans ce livre l'examen des actions et de la vie des papes, mais étant obligé de parler par la suite d'Alexandre VI (Lenzuoli-Borgia), neveu de Calixte III, je veux donner un aperçu de la manière dont celui-ci, autant que ses prédécesseurs et ses successeurs, soigna particulièrement le népotisme.

Pendant son pontificat, qui dura fort peu de temps, il nomma cardinaux, tout d'un coup, deux de ses neveux, c'est-à-dire Ludovico Milano et Roberto Lenzuoli. Ce dernier avait été adopté par le pape dans la maison des Borgia et c'est pour cela qu'on l'appelait Borgia.

Les deux neveux étaient connus pour de très mauvais sujets. Ce qui n'empêcha pas le pape Calixte d'en faire deux cardinaux, et si des circonstances imprévues ne l'avaient pas fait revenir de son idée, il en aurait encore appelé à cette dignité le troisième de ses neveux, Pierre, qui était lui aussi rempli de vices, ainsi que Moroni nous l'apprend. Toutefois le pape le nomma duc de Spolète, général des armées pontificales, préfet de Rome et châtelain du château Saint-Ange.

Par bonheur, Calixte mourut bien vite, car s'il eût été autrement le népotisme espagnol aurait envahi de nouveau l'Italie. Après le décès de ce pape, qui régna pendant trois ans, on sui

P

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