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vit la tradition des papes italiens jusqu'à Innocent VIII, qui s'éteignit en 1492.

Le fameux Alexandre VI, créé cardinal par son oncle Calixte III, devint ensuite pape, ainsi que nous l'avons déjà vu.

VI.

Le pape Borgia.

Quelles sont les causes qui ont porté ce cardinal à la papautė?

L'auteur Platina, un homme très estimé et véridique, assure que les cardinaux furent subornés moyennant des promesses flatteuses et de riches cadeaux. (Il paraît que dans tous les temps on s'y est pris de la même façon). Le cardinal le plus corrompu était Ascanio Sforza qui, en plus d'avoir reçu une forte récompense, fut aussi nommẻ vice-chancelier tout de suite après l'élection. Cette charge était dans le temps bien plus profitable et appréciée qu'aujourd'hui.

Quelques cardinaux s'écrièrent en vain contre cette élection simoniaque et en raison du caractère hypocrite de Borgia s'empressèrent de faire connaître les grands maux que ce choix aurait produits. Mais la plupart d'entre eux étaient corrompus et vendus, aussi ne voulurent-ils rien entendre et ils nommèrent pape Alexandre VI.

Les cardinaux qui lui étaient favorables eurent maintes charges dont ils se promettaient un grand gain; les adversaires, par contre, furent empoisonnés, exilés, ou tués par trahison.

Par cette élection et à cause des mœurs relâchées des cardinaux, la tradition des papes italiens fut brisée et peut-être l'interruption aurait-elle duré longtemps encore si les agissements de ce pontife n'avaient poussé le Sacré Collège à choisir pour son successeur une personne qui n'eût été liée sous aucun rapport avec des parents ou des fauteurs d'Alexandre VI.

En effet, pendant son pontificat, ce pape nomma quarante-trois cardinaux, dont dix-huit espagnols, parmi lesquels sept nés à Valence. De ses parents nous trouvons Giovanni Borgia, Francesco Borgia, Cesare Borgia, un autre Giovanni Borgia et Lodovico Borgia, sans compter les parents des parents.

Les cardinaux italiens créés par Alexandre VI ne furent que treize, parmi lesquels nous voyons un ancêtre de la famille Lamarmora, appelė Gianstefano Ferrero, de Bielle, évêque de Bologne.

Il y en avait six de français; les autres étaient de différentes nations. Par conséquent, lorsque Borgia mourut, les cardinaux italiens étaient-ils fort peu nombreux et leur voix ne pouvait pas être écoutée.

On supposait que le nouveau pape aurait étẻ italien, et que la tradition commencée avec l'élection d'Urbain VI aurait été rompue. Et vraiment, après le décès d'Alexandre VI, son fils Cesare Borgia, dont le souvenir est bien désagréable, s'empara de tout l'argent et de tous les objets précieux que le pape avait laisses; s'étant fortifié dans le Vatican, il mit 12,000 soldats au château Saint-Ange dans l'espoir d'arriver ainsi à faire élire le pape qu'il aurait aimẻ le mieux.

Les cardinaux effrayés se réfugièrent dans le couvent de la Minerva pour s'échapper au danger; mais Micheletto Coreglia, un des chefs de la bande de Borgia, les renferma de tous côtés. Cela eut pour effet d'épouvanter au dernier degré la population, qui, croyant qu'on avait livrẻ la ville au feu et au pillage, ferma les boutiques et prit les armes. Les bouts des rues furent fermés par des poutres et par des chaînes.

Micheletto, qui ne pouvait pas en venir à bout, se réfugia au château Saint-Ange, ne causant d'autre dommage que de mettre le feu au palais des Orsini, à Monte Giordano.

De leur côté les cardinaux attroupèrent 4000 fantassins et appelant dans la ville les barons romains ils décidèrent d'attendre, quoique cela fùt

contraire à toutes les règles. En outre, à la suite de la marche très grave des affaires, on appela les cardinaux qui demeuraient hors de l'Italie.

En attendant, le Sacré Collège envoya en qualité d'ambassadeurs près de Borgia, Prospero Colonna et Fabio Orsini, arrivés à Rome sur ces entrefaites. Ce dernier était fils de ce Paolo Orsini qui avait été fait tuer par Borgia lui-même. Ils devaient amener le pape å renoncer aux armes. Les ambassadeurs français et espagnols en firent autant.

Cesare Borgia, craignant d'en avoir le dessous, donna son adhésion et sortit de Rome en litière avec tous ses soldats. Il laissa néanmoins une partie de ses troupes dans le château Saint-Ange, dont le commandant fit savoir au Sacré Collège, par le moyen du cardinal Camogiale, qu'il pouvait se réunir en Conclave et qu'il n'aurait été dérangé d'aucune façon.

Ainsi les cardinaux, après avoir été renfermés pendant deux mois à la Minerva, c'est-à-dire depuis le 18 août, époque de la mort d'Alexandre VI, jusqu'au 22 octobre 1503, rentrérent tranquillement au Vatican.

Ce jour-là on donna commencement à la neuvaine pour la mort du pape, car on n'avait pas pu la célébrer auparavant. Toutefois, avant d'entrer dans le Conclave, ou attendit le départ de Rome

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des troupes françaises qui étaient venues contre les troupes espagnoles, les cardinaux se doutant de quelque trouble ou de quelque désordre dans la ville.

Les cardinaux, s'étant enfin réunis en Conclave, après des efforts acharnés pour déjouer les visées des partisans de Cesare Borgia, la plus grande partie d'entre eux réussirent à faire nommer pape le cardinal Francesco Piccolomini, de Sienne, né en 1439 et créẻ cardinal par son oncle Pie II à l'âge de dix-sept ans.

Le cardinal Piccolomini prit le nom de Pie III. Ainsi on reprit la tradition des papes italiens. Cesare Borgia, qui était à Nepi avec son armée, pensa bien de faire bonne mine à mauvais jeu et de cacher toute sa haine; il se rendit, par conséquent, à Rome pour présenter ses hommages au nouveau pape. Mais pendant qu'il se trouvait au Vatican, la famille Orsini, qui guettait le moment de se venger de lui, l'attaqua dans ce même palais, mettant en pièces les partisans de Borgia, bien que celui-ci se défendît avec un vrai héroïsme. Peu de temps après le pape se fit renfermer au château Saint-Ange.

Après Pie III nous voyons Jules II et Léon X, ensuite Adrien VI (Florent), hollandais.

C'est de ce pape qu'est née la légende suivant laquelle ses successeurs auraient donné des dis

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