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dinaux: dix-huit italiens et neuf étrangers, dont un espagnol.

En 1513 nous voyons le célèbre Léon X, de la famille des Medici. Dans huit ordinations il créa quarante-deux cardinaux: trente-deux italiens, y compris un nombre considérable de florentins, dix d'autres nations dont un seul espagnol.

Nous arrivons ici au dernier pape non italien, je veux dire Adrien VI, hollandais, qui en deux ans de pontificat, s'étant mêlé dans beaucoup de questions, n'eut pas le temps de créer de cardinaux.

Clément VII, de la famille des Medici, dans les dix années qu'il gouverna l'Église, nomma trente cardinaux quatorze d'autres nations, desquels sept espagnols et seize italiens.

Du 3 octobre 1534 au février 1550, Paul III, de la famille Farnese, en nomma soixante-onze, dont quarante-cinq italiens et vingt-six d'autres pays, y compris huit espagnols.

Jules III, d'Arezzo, en quatre ans nomma vingt cardinaux, et seulement deux italiens.

Paul IV, napolitain, Marcel II étant mort sans créer de cardinaux, depuis 1555 jusqu'à 1559 en nomma enfin dix-neuf: seize italiens, un espagnol, un français et un allemand.

Bien que Pie IV ait eu un pontificat assez court, il créa néanmoins quarante six cardinaux :

trente-neuf italiens et sept d'autres nations, y compris un espagnol. Ce pontife était issu de la famille des Medici.

Pie V, qui occupa le siège pontifical de 1560 à 1572, nomma vingt et un cardinaux, dont seulement cinq n'étaient pas italiens.

Le pape Boncompagni, bolonais, qui prit le nom de Grégoire XIII, en treize ans de pontificat, nomma trente-quatre cardinaux parmi lesquels, à l'encontre de ses prédécesseurs, quinze d'autres nations.

Sixte V, qui vint ensuite en 1590, créa trentetrois cardinaux: vingt-huit italiens et cinq de différents pays.

Urbain VII ne fit aucun cardinal. Grégoire XIV, son successeur, n'en créa que cinq tous italiens et Innocent IX seulement deux, italiens également.

Clément VIII, de 1592 à 1605, nomma cinquante-trois cardinaux, dont quarante italiens et treize d'autres nations.

En dernier lieu Paul V, Borghese, en nomma quatorze: trois de différents pays et onze italiens, son prédécesseur Léon XI n'ayant pas créé de cardinaux.

Par cette statistique nous arrivons à l'année 1608. De cette époque à nos jours, j'irais trop loin si je voulais faire l'historique des nominations

des cardinaux et les comparer entre elles. Les papes ayant tous été, jusqu'à ces derniers temps, de nationalitė italienne, les deux tiers des cardinaux ont toujours été italiens et par conséquent en grande majorité pour décider sur l'élection du pape.

II.

La chute du pouvoir temporel.

Quand les troupes italiennes entrèrent à Rome, le 20 septembre 1870, ayant à leur tête le général Cadorna, une ère nouvelle commença pour l'histoire, pour la papauté et pour l'Italie. A-t-il été un bien? A-t-il été un mal?

L'opinion est encore partagée là-dessus.

Il y a des libéraux qui, tout en n'osant pas le dire, croient que l'occupation de Rome a été rien moins qu'une erreur. Il est pourtant certain que le comte de Cavour réputait que ce n'était là qu'une pensée vague, une idée que lui-même doutait de pouvoir mettre à effet et qui n'était pas encore mûrie dans son esprit.

De toute façon, il comptait résoudre la question romaine avec le temps, tranquillement et en préparant le terrain. En effet, du temps de Cavour il eût été bien difficile de s'emparer de Rome par la force. Dans la ville résidaient les Français

avant tout, et même si des soldats étrangers ne l'avaient pas occupée, on se serait assurément trompé du tout au tout en supposant que les puissances auraient assisté à la chute du pouvoir temporel sans donner signe de vie. Plus que la question religieuse, ce qui les préoccupait c'était la crainte de voir surgir un nouvel état qui anéantissait d'un coup tout un passé.

Mais en 1870 les conditions politiques étaient grandement changées dans toute l'Europe et les puissances avaient bien autres choses à faire que d'accourir au secours du pape. Pour la révolution italienne le moment psychologique de l'accomplissement de l'unité italienne avec Rome capitale était donc arrivé.

Je le répète une fois encore: a-t-il été un bien ? a-t-il été un mal?

Les hommes d'État à Florence étaient retenus par des considérations, par des doutes non moins que par des craintes. Il n'était pas difficile de comprendre que l'on mettait en danger l'unité italienne et qu'on pouvait aussi, peut-être, allumer une guerre dont l'Italie n'aurait pas pu supporter les frais.

Pour bien des jours on resta dans une attente continuelle; le roi Vittorio Emanuele était absolument contraire à l'entreprise. M. Lanza, président du Conseil, pensait de même et l'on dit

que M. Sella a été celui qui eut raison de tous les scrupules et de toutes les incertitudes. Il n'en est rien. La décision eut lieu de la manière suivante. Le parti avancé de la Chambre et du dehors, qui avait une certaine puissance à ce moment-là, posa au Gouvernement ce dilemme: ou c'est vous qui allez à Rome (et dans ce cas nous vous aiderons de toutes nos forces), ou nous y irons nous en proclamant la république. Mais, dans ce cas, tout lien avec la monarchie était rompu. De Rome ils lui auraient déclaré la guerre et la révolution se serait emparée de l'Italie tout entière.

Vittorio Emanuele ne voulait pas ajouter foi à la menace et c'est pour cela que vers la fin du mois d'août, appelant au palais Pitti les chefs de la Gauche, il voulut entendre de ses propres oreilles leurs propos et leurs menaces. Après une longue discussion, le roi s'écria :

Veut-on que j'aille à Rome? Eh bien! j'irai. En avant donc.

Ainsi l'occupation de Rome et le renversement du pouvoir temporel furent décidés, les autres voies conciliantes n'ayant abouti à aucun résultat.

Le Vatican, quoique le danger fût imminent, ne pouvait pas se persuader que l'occupation de Rome aurait pu devenir un fait accompli. Les

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