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battre le moyen pris de l'impossibilité physique de rapprochement. «Quand il serait vrai, disait-il, que Charles-Prosper Paulard eût été fait prisonnier en Espagne , et qu'il y fût encore retenu à l'époque de la conception, il n'en résulterait pas une impuissance absolue de cohabitation, et cependant c'est la seule exception qu'admet la loi. N'est-il pas possible que, dans l'intervalle de trois ans, Paulard se fût soutrait pendant quelques instants à sa captivité ? N'est-il pas encore dans l'ordre des choses possibles que sa femme, quittant Paris pour quelques jours, fût allée à la frontière pour voir son mari et le consoler dans sa disgrâce ? L'impossibilité physique dont parle la loi est une impossibilité absolue, un obstacle invincible, et qui repousse toute idée de rapprochement possible.

Quant au désaveu fondé sur l'adultère de la mère et le recel de la naissance de l'enfant, il n'est pas, ajoutait le défenseur, admissible dans le cas particulier, parce que les faits articulés par l'adversaire, en les supposant prouvés, ne rempliraient point la double condition qu'exige la loi pour la preuve de l'illégitimité. En effet , et le tribunal lui-même l'a reconnu, le mari qui exerce le désaveu doit , indépenda mment de l'adultère, prouver, avant tout, que la naissance lui a été cachée. Eh bien! qu'a-t-on offert de prouver dans l'espèce ? On prétend qu'à l'arrivée de Charles-Prosper Paulard à Paris, le berceau de Noël-Justin aurait été soustrait à ses regards , que l'enfant aurait été caché dans la maison d'une parente de la mère , et qu'il ne serait revenu au domicile conjugal qu'après le départ du mari. C'est à ces diverses allégations que se réduit la preuve offerte. Or il est évident que ces faits, en les supposant bien établis, constitueraient non pas un recel de la naissance, mais un recel de l'existence de l'enfant, ce qui est bien différent. Quand est-ce qu'il y a recel de la naissance ? C'est lorsqu'au moment de l'accouchement l'enfant est arraché des bras de la mère pour être transporté ailleurs et confié à des mains inconnues; c'est lorsque la mère va accoucher dans une autre maison que la sienne , que l'on donne à l'enfant soit un nom inconnu, soit un nom différent de celui du mari; c'est enfin lorsqu'à ces circonstances vient se joindre l'éducation de l'enfant hors du domicile conjugal. Mais on n'articule rien de semblable dans l'espèce: au contraire, il est constant et reconnu par toutes les parties que la femme Paulard est accouchée dans sa maison, au vu et au su de tous ses voisins, que deux de ces voisins ont figuré comme témoins à l'acte de naissance, et qu'enfin Noël-Justin a été inscrit aux registres de l'état civil comme fils légitime de Charles-Prosper Paulard et de Marie Magny son épouse. Voilà autant de faits qui, loin d'établir le recel de la naissance, repoussent victorieusement une pareille supposition. Qu'importe , après cela , que le berceau de l'enfant ait été soustrait aux regards du mari dans le premier moment de son arrivée. Ce fait, en le supposant vrai , que prouverait-il ? Que la dame Paulard a pu craindre, malgré son innocence, d'exciter la jalousie de son époux; qu'elle a cru prudent de ne pas offrir tout à coup à sa vue un enfant qui, par cela même qu'il était le fruit d'un rapprochement instantané, pouvait faire naître dans l'esprit d'un mari ombrageux des soupçons que la confiance aurait dissipés daris un temps plus opportun. Mais il n'en résulte pas le recel de la naissance proprement dit; et comme c'est la condition sine qua non imposée par l'art. 313 du Cod. civ., il est évident qu'en admettant une preuve de faits qui ne conduisaient pas nécessairement à ce résultat, le tribunal civil a mal jugé, a

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todo el L'art. 312 du Code, répondait l'intimée, dit en termes positifs que le mari pourra désavouer l'enfant si, pendant le temps légal de la conception, il était, pour cause d'éloignement, dans l'impossibilité physique de cohabiter avec sa femme. Ici la loi ne détermine ni l'étendue de la distance ni la cause de l'éloignement; elle s'en rapporte sur ce point à la prudence du juge. Eh bien! peut-on, de bonne foi, se flatter de convaincre la justiee qu’un militaire prisonnier de guerre à trois cents lieues de son pays , retenu dans une forteresse, ou tout au moins gardé à vue, a pu briser ses chaînes, tromper ses surveillants, pour venir visiter sa femme à Paris? Impossible d'admettre une pareille allégation, à moins qu'on suppose que, comme un autre Régulus, l'armurier Paulard ait obtenu sur parole la permission de faire un voyage dans sa patrie, et qu'ensuite il soit allé reprendre ses fers au fond de la Péninsule. Il est donc certain que, soit à raison de l'éloignement, soit à cause de l'état de captivité de Paulard, il y a eu impossibilité physique de cohabitation entre sa femme et lui

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