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capitaine déjà célèbre qui avait ramené la victoire sous les drapeaux de la république française, était parti pour son expédition d'Égypte, poussé, disent les historiens, par cet invincible attrait qu'ont les grands hommes pour la terre d'Orient; guidé, disent les politiques, par cet instinct du génie qui prévoit l'avenir et qui lui faisait voir en Orient la solution des grandes questions occidentales; le chrétien, accoutumé à voir la Providence se servir des combinaisons des politiques et des victoires des grands capitaines pour sa grande œuvre du salut des hommes et la conservation de son Église, ajoute qu'elle grandissait le héros pour le rendre plus capable des choses merveilleuses qu'elle voulait accomplir par lui dans la suite, et, dans le présent, pour humilier les armes de la France, pour amener ce triomphe de la coalition qui rendit possible l'élection du successeur de Pie VI.

Cette coalition de l'Europe contre la

France ne paraissait cependant pas d'abord devoir favoriser les victoires de l'Église. Les quelques princes catholiques qui en faisaient partie étaient bien éloignés de comprendre d'où pouvait venir le salut; ils n'étaient pas encore désabusés des tristes doctrines qui avaient amené la ruine de l'ancienne Europe; et les principales puissances coalisées, à l'exception de l'Autriche, étaient des ennemies déclarées du catholicisme, comme la Russie schismatique et l'Angleterre protestante.

Ce furent pourtant les victoires de ces ennemis de l'Église qui amenèrent l'un des plus beaux triomphes de l'Église. La république française vaincue ne put empêcher la réunion du conclave à Venise sous la protection de l'Autriche, et l'Angleterre et la Russie, comme tous ceux que menaçait la Révolution, favorisèrent une réunion qui était une protestation de plus contre cette Révolution et un échec de plus pour elle.

Le conclave se réunit le 1er décembre 1799; il s'y trouvait trente-cinq cardinaux, sous la présidence du cardinal Alboni et la vice-présidence du cardinal d'York, le dernier descendant de ces infortunés Stuarts qui allaient ainsi assister, avant de disparaître de la scène du monde, à la restauration d'une puissance destinée à survivre à toutes les autres.

Les voix se partagèrent d'abord entre le cardinal Bellisomi, évêque de Césène, et le cardinal Mattei, archevêque de Ferrare; le premier réunit vingt-deux voix, mais il en fallait vingt-quatre pour atteindre la majorité requise des deux tiers. Alors on songea au pieux et savant cardinal Gerdil, mais le cardinal Herran lui donna l'exclusion au nom de l'Autriche. On revint au cardinal Bellisomi, qui allait avoir les vingt-quatre voix nécessaires et l'accession des autres, lorsque le même cardinal fit observer qu'avant de publier la nomination du nouveau Pontife, il convenait d'en

donner connaissance à l'empereur d'Allemagne, dans les États duquel se tenait le conclave. Pendant qu'on attendait la réponse de Vienne, les dispositions du SacréCollége se modifièrent, et les chances tournèrent en faveur du cardinal Mattei. On citait de lui une belle réponse au général Bonaparte « Savez-vous bien, monsieur le cardinal, lui avait dit le général, que je pourrais vous faire fusiller? - Vous en êtes le maître, répondit le cardinal; je ne vous demande qu'un quart d'heure pour me préparer. — Il n'est pas question de quart d'heure, reprit Bonaparte; comme vous êtes vif! Dans votre cour, Éminence, vous avez mauvaise opinion de mes dispositions détrompez-vous; que l'on traite

avec moi, je suis le meilleur ami de Rome. >> La réponse de Mattei était digne des plus beaux temps de l'Église; mais on citait un autre trait. A Tolentino, on avait vu le cardinal se mettre à genoux pour apaiser le plénipotentiaire de France, ce qui fit

dire au cardinal Braschi, neveu de Pie VI:. << Mattei saurait mourir, il ne saurait pas régner. »

Le conclave était donc très-incertain, mais il y avait un point sur lequel tous étaient d'accord: c'est qu'il fallait un Pape également ferme et modéré, et surtout indépendant. Le prélat Consalvi, secrétaire du conclave, mit en avant le cardinal Chiaramonti, évêque d'Imola, auquel personne n'avait songé jusque-là. Ce fut un trait de lumière, et dix-neuf cardinaux se rangèrent aussitôt du côté de ce choix. Le plus difficile à persuader fut le cardinal luimême; il fallut quinze jours de prières et d'instances pour l'amener à consentir à sa candidature. Le cardinal français Maury, qui disposait de six voix, compléta une majorité de vingt-cinq, à laquelle accédèrent tous les autres. Le 14 mars 1800, le scrutin donna trente-quatre voix au cardinal Chiaramonti; il n'y manquait que la sienne pour que l'unanimité fût complète : le nou

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