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que le mépris et le ridicule : confiante dans les lumières du roi , elle se bornait à parler de liberté, comme naguère elle ne s'était occupée que de combats et de victoires.

Un parti présente ordinairement les mêmes nuances que tout un peuple. Les individus qui le composent sont ou exagérés, et c'est le petit nombre; ou modérés , et ceux-là ne se comptent qu'après le succès ; les êtres passifs, qui forment le gros du parti, restent indifférens sur les moyens , et, selon l'une ou l'autre influence, se montrent furieux ou timides ; les sages observent, mais se taisent longtemps. Il en résulte que , l'exagération donnant toujours le signal, c'est d'abord la minorité qui entraîne les masses. On vit ainsi le parti ulira monarchique obtenir une apparence formidable. Par opposition au nom de révolutionnaires, une foule d'hommes paisibles avaient eu l'imprévoyance de se dire royalistes quand tout le monde voulait un roi et repoussait toute idée de révolution ; bientôt, aux yeux des chefs du parti, ils se trouvèrent placés dans cette déplorable alternative, ou de n'être plus reconnus pour sujets fidèles s'ils devenaient royalistes constitutionnels , ou de mériter le titre de royalistes purs s'ils se faisaient rebelles avec une poignée d'hommes en démence. Un préjugé les poussa dans le gros du parti de la contre-révolution. Mais il est à remarquer qu'aucun d'eux n'eût osé dire : je suis contre-révolutionnaire. Serait-ce encore de la vanité ?

Les royalistes constitutionnels, réduits à former aussi un parti , quoiqu'on ne puisse guère appeler parti la masse des citoyens qui se rallient à la loi de l'Etat; les constitutionnels eurent également à leur tête quelques hommes exagérés , qui répandirent dans le peuple des craintes bien susceptibles de le porter à la rébellion. Donnant pour ainsi dire la vie à des fantômes, ils lui dénonçaient un état de choses qui n'existait que dans des imaginations déréglées, et leurs coupables insinuations, d'autant plus puissantes qu'elles étaient propagées dans le mystère, acquéraient de bouche en bouche les formes d'une harangue tribunitienne.

On disait, on répétait : « La faction marche, dominant » les conseils , les chambres législatives et les administra» tions départementales! Elle désorganise, elle humilic cette

armée qui a vaincu l’Europe, et que l'Europe admire!

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» Elle frappe et spolie toutes les classes du peuple! Elle pré» pare la ruine des propriétaires de biens nationaux, le réta» blissement de la dîme, des corvées, enfin du régime féodal!

Déjà elle honore les crimes de lèse nation, et signale comme

coupables de lèse majesté royale des millions de citoyens ! » A la face du ciel et des hommes, elle a osé maudire notre » héroïque révolution comme une rébellion de vingt-cinq

ans à expier par l'obéissance absolue! (1) Vous l'avez » entendue inviter humblement le roi à retirer la Charte , à » ne s'entourer que d'hommes légitimes, de Francs régé» nérés ; maintenant elle proclame que toute Constitution » est un régicide; elle proteste formellement contre cette » Charte qui lui est si odieuse , et dans laquelle le monarque » trouvait un titre à la reconnaissance publique. La faction a

déployé l'étendard de la révolte ; elle a ses clubs, ses ora» teurs, ses bandes armées, qui publient que le monde n'a » pas, comme le roi, promis de tout oublier, et que ce » monde est impatient de rompre le silence... Enfin, elle » médite une double infamie, d'interdire le monarque, et de

frapper les patriotes par une Saint-Barthélemy... Le trône » a vu l'audace de l'aristocratie avec une sincère douleur, avec » une véritable indignation ; mais parmi les rebelles il a » reconnu des serviteurs longtemps fidèles : le trône use

d'indulgence, et les rebelles se croient autorisés... Vous le » savez, de quelque côté que le monarque paraisse se tour» ner, il emporte et précipite la balance. A l'aspect de la » contre-révolution triomphante la nation ne se sentira-t-elle » pas transportée d'horreur? Qu'elle ne voie plus à son tour, » dans les hommes de l'émigration, que des individus con» damnés par ses lois ; dans ceux qui se proclament les seuls

royalistes, les fidèles Vendéens, que des fanatiques armés » contre a plus sainte des causes; enfin, dans l'étendard » des lis , que le signe qu'elle a si longtemps combattu » comme celui de la rébellion... Oui, quand le drapeau » redevenu national est revendiqué par le parti contre-révo

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(1) Voyez, pour ces différentes assertion; , l'Essai de Trivé sur la Charte du comte Lavjuinais.

» lutionnaire, le parti de la révolution, qui comprend au » moins les trois quarts de la France, est provoqué à » reprendre le sien! N'oublions pas que ces trois couleurs,

aujourd'hui proscrites, doivent être aussi agréables au trône

que le ruban de la Vendée; elles étaient celles du bon et » magnanime Henri IV; Louis XVI les a arborées ; elles » brillent encore dans les armoiries du gouvernement. » Ressaisissons aussi ces droits premiers gages de notre indé» pendance, et que nous avions cru pouvoir échanger contre » des trophées; ils doivent revivre aujourd'hui... Ne sait-on » pas qu'il n'appartient qu'à des maius glorieuses de voiler la » statue de la liberté? »

Les voeux et les projets que ces discours séditieux attribuaient à tout le parti royaliste n'appartenaient réellement qu'à un groupe d'ambitieux, qui, après avoir subjugué un ministère inhabile, exploitaient encore un levain d'anciens préjugés, des regrets de puissance, des souvenirs d'infortune , et montraient à des yeux prévenus la révolution incessamment menaçante envers le trône et l'autel. La sagesse royale et les formes du gouvernement représentatif auraient infailliblement démasqué ces chefs turbulens et hypocrites, et ramené le gros du parti dans les voies de la vérité, de la raison; mais est-il donné au caractère français d'attendre les décrets du temps ? Et qu'on ne croie pas toutefois que ces sollicitudes si patriotiques des chefs constitutionnels prissent toujours leur source dans des coeurs égarés, mais sincères ; combien aussi, dans ce parti, d'ambitieux qui se seraient faits royalistes purs s'ils eussent obtenu la conservation de leurs places, de leurs dotations, de leurs dignités ! La noblesse nouvelle, éclatante d'une gloire qui était encore toute personnelle, avait essuyé les dédains de cette noblesse dont les seuls parchemins altestent l'illustration ; et le peuple, à son insu, fui chargé de punir d'aussi puériles injures.

Cependant des millions d'hommes , agités de part et d'autre par des sentimens opposés d'exagération, instrumens aveugles de l'orgueil des rangs et d'une foule d'intérêts particuliers , étaient prêts à s'entre-déchirer au nom de la patrie et du trône , quand l'amour vrai du trône ou de la patrie condamnait également leurs dissensions, leurs fureurs. La question entre les deux partis était réduite à ce point : quels intérêts la

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restauration a-t-elle confirmer, des intéréts nouveaux ou des intérêts de l'ancien régime?...

C'est ainsi que le torrent de la révolution, suspendu dans son cours par le régime impérial, rendu à une pente douce, mais nécessaire , par les concessions de la Charte royale ; c'est ainsi que ce torrent allait reprendre toute sa violence, et peut-être entraîner sans retour la monarchie , lorsque Napoléon reparut. Pour la seconde fois , détournant l'esprit public de ses dispositious réelles, il s'empara d'une force d'opinion qui ne s'était point formée pour lui. La France courait à la liberté ; elle se précipita vers la gloire.

Et faut-il parler des sermons , de l'affection du peuple et de l'armée ? Les sermens ne retiennent guère les masses, qui n'obéissent qu'à leurs sensations. Quant aux sentimens d'affection, quel prince avait mieux su que Napoléon flatter l'imagination chevaleresque, l'aventureuse passion des armes, le goût pour les arts , enfin le penchant au merveilleux qui sont en France les premiers maitres, les plus impérieux lyrans? Il est donc superflu d'ajouter que Napoléon n'eut besoin d'aucune conjuration pour effectuer son retour, assez protégé par cet enthousiasıne, éblouissant écueil des Français, qui les porte tour à tour à prodiguer aux mêmes idoles ou l'adoration ou l'outrage. Napoléon, de l'ile d'Elbe, suivait les mouvemens des partis ; quand il les vit prêts à se heurter, il vint se placer entre eux, et la révolution salua son plus habile légataire.

Ici commence cette période, ou plutôt cette tempête pendant laquelle on voit les individus et les nations se laisser emporter par les passions les plus contraires ; le feu des vertus publiques se rallumer impétueux, puis s'éteindre doucement dans les ténèbres de la diplomatie; le despotisme plus abhorré qu'en aucune autre circonstance, pourtant traîner à sa suite plus de défenseurs que la liberté; la philanthropie recevoir partout des hommages, et partout les haines se réveiller plus implacables; enfin, et dans tous les rangs, le parjure et la loyauté se disputer avec un titre égal la reconnaissance des peuples. Tous les droits seront remis en question, et la victoire décidera s'il faut dire le droit des trônes ou le droit des nations.

et

I. RÉTABLISSEMENT DU POUVOIR IMPÉRIAL. $. I. er

Débarquement de Napoléon ; sa marche jusqu'à Paris, ses premiers actes. Dispositions du gouvernement royal. - Acte du Congrès de Vienne.

SOMMAIRE HISTORIQUE. Le 26 février. A une heure après midi , la garde impériale et les officiers de la suite de Napoléon reçoivent l'ordre de se tenir prêts à partir : les dispositions nécessaires à cet effet avaient été secrètement prises dans le port. A cinq heures on se presse sur le rivage au cri de vive l'empereur ; à huit un coup de canon donne le signal du départ; à neuf l'empereur et sa suite ont quitté l'ile d'Elbe. Le sort en est jeté ! s'était écrié Napoléon en mettant le pied sur son navire. Il montait le brick de guerre l'Inconstant, de vingt-six canons; il avait avec lui Drouot , Cambronne, Bertrand, et ses quatre cents grenadiers : trois autres bâtimens légers portaient environ deux cents hommes d'infanterie, autant de chasseurs corses, cent chevau-légers polonais, un bataillon de flanqueurs : en tout onze cents hommes. Jusque là Napoléon avait gardé son secret : Grenadiers , dit-il alors, nous allons en France , nous allons à Paris ! Les grenadiers l'auraient suivi partout : au nom de France l'amour de la patrie se manifesta plus fortement encore que le dévouement au chef; le cri de vive la France domina sur celui de vive l'empereur. La navigation offrit quelques doutes, quelques craintes; mais des résolutions fortes attendaient tout événement contraire, et il n'y en eut point. Napoléon dictait à ses secrétaires les proclamations qui devaient annoncer son retour aux Français et à l'armée : ce fut également lui qui dicta, sur son brick, l'adresse de la garde impériale à l'armée. Officiers, soldats, tambours et gens d'équipage prenaient la plume pour multiplier ces pièces : bientôt , datées du golfe Juan , elles seront encore copiées, puis imprimées et réimprimées dans toutes les villes, et feront seules plus de conquêtes à leur

le faire une puissante armée. (Voyez A, B, C.). Le jer mars. A trois heures de l'après midi, la flottille de l'ile d'Elbe entre dans le golfe Juan, quitte le pavillon blanc parsemé d'abeilles, et reprend la cocarde tricolore aux cris de vive la France ! vivent les Français! A einq heures Napoléon met pied à terre, et son bivouac est établi dans un champ d'olivier : Voilà un heureux présage,

1.-2° Série.

auteur que

n'aurait pu

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