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ensuite une commission commune à toutes, et, dans l'espace de quelques mois, arriver au grand but objet de nos pensées.

» Nous croyons alors en avoir le temps et le loisir, puisque, notre intention étant de maintenir la paix avec nos voisins nous étions résignés à souscrire tous les sacrifices qui déjà avaient pesé sur la France.

» La guerre civile du midi à peine terminée , nous acquîmes la certitude des dispositions hostiles des puissances étrangères ; et dès lors il fallut prévoir la guerre, et s'y préparer. » Dans ces nouvelles occurrences nous n'avions

que

l'alternative de prolonger la dictature dont nous nous trouvions investis

par

les circonstances et par la confiance du peuple, ou d'abréger les formes que nous nous étions proposé de suivre pour

la rédaction de l'Acte constitutionnel. L'intérêt de la France nous a prescrit d'adopter ce second parti. Nous avons présenté à l'acceptation du peuple un Acte qui à la fois garantit ses libertés et ses droits , et met la monarchie à l'abri de tous dangers de subversion. Cet Acte détermine le mode de la formation de la loi, et dès lors contient en lui-même le principe de toute amélioration qui serait conforme aux væux de la nation, interdisant cependant toute discussion sur un certain nombre de points fondamentaux déterminés, qui sont irrévocablement fixés.

» Nous aurions voulu aussi attendre l'acceptation da peuple avant d'ordonner la réunion des colléges, et de faire procéder à la nomination des députés ; mais, également maîtrisé

par circonstances, le plus haut intérêt de l'État nous fait la loi de nous environner le plus promptement possible des corps natio

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les

naux.

» A ces causes, etc. » (Suivaient les articles concernant la formation des colléges électoraux.)

(E.) — ASSEMBLÉE DU CHAMP DE MAI.

Au Champ de Mars, 1er juin 1815.

« Le trône de l'empereur s'élevait en avant du bâtiment de l'École militaire, et au centre d'une vaste enceinte demi-circulaire, dont les deux tiers formaient à droite et à gauche de grands amphithéâtres où quinze mille personnes étaient assises. L'autre tiers, en face du trône, était ouvert ; un autel s'élevait au milieu. Au-delà , et à environ cent toises, s'élevait un autre trône isolé, qui dominait tout le champ de Mars.

L'empereur, rendu au Champ de Mars avec le cortége, a paru sur son trône au bruit des acclamations universelles.

»

La messe a été célébrée par M. l'archevêque de Tours ( de Barral), qu'assistaient S. E. M. le cardinal de Bayanne et quatre autres évêques.

» La messe étant dite, MM. les membres de la députation centrale des colléges électoraux de la France se sont avancés au pied du trône, dont ils ont monté l'escalier

pour

voir de plus près l'empereur, et pour être mieux vus de lui ; ils étaient au nombre d'envirou cinq cents. Ils ont été présentés à S. M. par S. A. S. le prince archichancelier de l'Empire. Alors l'un des membres de la députation ( M. Duboys d'Angers ) a prononcé d'une voix forte et animée l'adresse suivante au nom du peuple français.

ADRESSE des colléges électoraux. « Sire, le peuple français vous avait décerné la couronne;

vous l'avez déposée sans son aveu : ses suffrages viennent » de vous iinposer le devoir de la reprendre. Un contrat nou» veau s'est formé entre la nation et Votre Majesté. Rassem» blés de tous les points de l'Empire autour des tables de la loi, » où nous venons inscrire le vau du peuple, ce vou seule >> source légitime du pouvoir, il nous est impossible de ne » pas faire retentir la voix de la France, dont nous sommes les

organes immédiats; de ne pas dire, en présence de l'Eu» горе ,

au

chef auguste de la nation ce qu'elle attend de lui, » ce qu'il doit attendre d'elle.

Nos paroles seront graves comme les circonstances qui les inspirent.

Que veut la ligue des rois alliés avec cet appareil de guerre » dont elle épouvante l'Europe et afflige l'humanité?

» Par quel acte, par quelle violation avons-nous provoqué » leur vengeance, motivé leur agression?

» Avons-nous , depuis la paix , essayé de leur donner des » lois ? Nous voulons seulement faire suivre celles qui s'adap» tent à nos mours.

» Nous ne voulons point du chef que veulent pour nous nos ennemis, et nous voulons celui dont ils ne veulent pas. » Ils osent vous proscrire personnellement, vous, Sire,

qui, inaître tant de fois de leurs capitales, les avez raffer» mis généreusement sur leurs trônes ébranlés ! Cette Haine » de nos ennemis ajoute à notre amour pour vous. On proscri» rait le moins connu de nos citoyens, que nous devrions le » défendre avec la même énergie; il serait comme vous sous

l'égide de la loi et de la puissance française.

» On nous menace d'une invasion ! Et cependant, resserrés » dans des frontières que la nature ne nous a point imposées ,

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»

>>

» que longtemps et avant votre règne la victoire et la paix »'même avaient reculées, 'nous n'avons point franchi cette » étroite enceinte, par respect pour des traités que vous » n'avez point signés, et que vous avez offert de respecter.

» Ne demande-t-on que des garanties ? Elles sont toutes » dans nos institutions , et dans la volonté du peuple français, » unie désormais à la vôtre. » Ne craint-on

pas

de nous rappeler des temps , un état de » choses naguère si différent, et qui pourrait encore se

reproduire? » Ce ne serait point la première fois que nous aurions vaincu l'Europe entière armée contre nous. » Ces droits sacrés, imprescriptibles, que la moindre peu

plade n'a jamais réclamés en vain au tribunal de la justice et » de l'histoire, c'est à la nation française qu'on ose les dispu» ter une seconde fois, au dix-neuvième siècle, à la face du » monde civilisé !

>> Parce que la France veut être la France, faut-il qu'elle » soit dégradée, déchirée , démembrée? Et nous réserve-t-on » le sort de la Pologne ?

» Vainement veut-on cacher de funestes desseins sous l'ap» parence du dessein unique de vous séparer de nous, pour nous » donner à des maîtres avec qui nous n'avons plus rien de » commun, que nous n'entendons plus, et qui ne peuvent pas » nous entendre; qui ne semblent appartenir ni au siècle, ni » à la nation, qui ne les a reçus un moment dans son sein que » pour voir proscrire et avilir par eux ses plus généreux » citoyens !

» Leur présence a détruit toutes les illusions qui s'attachaient n encore à leur nom.

» Ils ne pourraient plus croire à nos sermens ; nous ne pour» rions plus croire à leurs promesses. La dime , la féodalité, » les priviléges, tout ce qui nous est odieux était trop évi» demment le but et le fond de leur pensée, quand l'un d'eux, * pour consoler l'impatience du présent, assurait ses con» fidens qu'il leur répondait de l'avenir.

» Ce que chacun de nous avait regardé pendant vingt-cinq ý ans comme titres de gloire, comme services dignes de récom

pour eux un titre de proscription, un sceau de » réprobation.

» Un million de fonctionnaires, de magistrats qui depuis

vingt-cinq ans suivent les mêmes maximes, et parmi lesquels » nous venons de choisir nos représentans ; cinq cent mille

guerriers, notre force et notre gloire; six millions de propriétaires investis par la révolution ; un plus grand nombre

penses, a été

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» elle

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» encore de citoyens éclairés, qui font une profession réflé» chie de ces idées, devenues parmi nous des dogmes politiques, ► tous ces dignes Français n'étaient point les Français des Bour» bons : ils ne voulaient régner que pour une poignée de pri

vilégiés, depuis vingt-cinq ans punis ou pardonnés.

» L'opinion même, cette propriété sacrée de l'homme, ils » l'ont poursuivie, persécutée jusque dans le paisible sanctuaire » des lettres et des arts.

Sire, un trône un moment relevé par les armées étrangères, et environné d'erreurs incurables, s'est écroulé en

un instant devant vous, parce que vous nous rapportiez de » la retraite, qui n'est féconde en grandes pensées que pour » les grands hommes, tous les erremens de notre véritable » gloire , et toutes les espérances de notre véritable prospé» rité (1). » Comment votre marche triomphale de Cannes à Paris n'a-tpas

dessillé tous les yeux ? Dans l'histoire de tous les peuples et de tous les siècles est-il une scène plus nationale,

plus héroïque, plus imposante? Ce triomphe , qui n'a point » coûté de sang, ne suffit-il pas pour détromper nos ennemis? » En veulent-ils de plus sanglans? Hé bien, Sire, attendez de » nous tout ce qu'un héros fondateur est en droit d'attendre » d'une nation fidèle, énergique, généreuse, inébranlable » dans ses principes, invariable dans le but de ses efforts,

l'indépendance à l'extérieur et la liberté au dedans.

» Les trois branches de la législature vont se mettre en » action : un seul sentiment les animera. Confians dans les

promesses de Votre Majesté, nous lui remettons , nous » remettons à nos Représentans et à la Chambre des Pairs le » soin de revoir, de consolider, de perfectionner de concert, » sans précipitation, sans secousse , avec maturité, avec » sagesse, notre système constitutionnel et les institutions » qui doivent en être la garantie.

» Et cependant, si nous sommes forces de combattre, qu'un » seul cri retentisse dans tous les cours : Marchons à l'en

nemi, qui veut nous traiter comme la dernière des nations! » Serrons-nous tous autour du trône , où siége le père et le » chef du peuple et de l'armée!

Sire , rien n'est impossible, rien ne sera épargné pour » nous assurer l'honneur et l'indépendance, ces biens plus

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(1) Cette dernière phrase avait d'abord été rédigée ainsi : « Nous » nous sommes ralliés à vous, Sire, parce que nous avons espéré, que » vous nous rapportiez de la retraite et de l'exil toute la fécondité des v repentirs d'un grand homme. »

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» chers que la vie ! Tout serà tenté, tout sera exécuté

pour » repousser un joug

ignominieux ! Nous le disons aux nations : puissent leurs chefs nous entendre ! S'ils acceptent vos offres

de paix, le peuple français attendra de votre administration » forte , libérale, paternelle, des motifs de se consoler des » sacrifices que lui a coûtés la paix. Mais si l'on ne nous laisse » que le choix entre la guerre et la honte , la nation tout » entière se lève pour la guerre ! Elle est prête à vous dégager » des offres trop modérées peut-être que vous avez faites pour

épargner à l'Europe un nouveau bouleversement. Tout » Français est soldat; la victoire suivra vos aigles, et nos » ennemis, qui comptaient sur nos divisions, regretteront » bientôt de nous avoir provoqués ! ,

L'énergie et la sensibilité de l'orateur se sont communiquées de proche en proche à tous les assistans , et l'enceinte entière du Champ de Mars a retenti des cris de vive la nation ! vive l'empereur!

» En ce inoment S. A. S. le prince archichancelier a proclamé le résultat des votes, portant que l'Acte additionnel aux Constitutions de l'Empire est accepté à la presque unanimité des votans. (1)

» Le chef des héraults d'armes, sur l'ordre de S. M., transmis par S. Ex. le grand maître des cérémonies, a dit :

« Au nom de l'empereur , je déclare que l'Acte additionnel

aux Constitutions de l'Empire a été accepté par le peuple » français. »

De nouvelles acclamations se sont fait entendre de toutes parts.

» Le grand chambellan ayant fait apporter devant le trône une table sur laquelle était placé l'Acte additionnel aux Constitutions de l'Empire , S. A. S. le prince archichancelier a remis la plume à S. A. I. le prince Joseph , qui l'a présentée à l'empereur, et S. M. a revêtu de sa signature l'acte de promulgation de la Constitution.

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