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compte de fuite, & répondre aux griefs des communes, mais qu'il falloit renvoyer l'affaire au pouvoir exécutif.

Sur ce, un des membres s'eft plaint de la mauvaife qualité du pain de Verfailks; beaucoup d'autres membres ont appuyé ses plaintes : mais le président du comité des subsistances ayant dit que dès demain ils s'en occuperont dans le comité, on a dit qu'il n'y avoit lieu à délibérer quant à préfent.

On a encore rendu compte d'une affaire bien moins intéreffante, mais qui a duré plus long: temps, & dont la queftion a été très - tumulStueuse.

Un membre de la députation d'Alface a envoyé à un de ses amis dans fa province le réfultat du 4 août. Ce membre, dans le délire de l'enthoufiafme, ivre de reconnoiffance, a écrit ce que la mémoire lui rappelloit confufé

ment.

Le fang couloit alors, des mains incendiaires brûloient les châteaux, & pour arrêter ces de faftres, il a prié fon ami de faire ufage de lettre, pour appaifer la multitude. L'ami a tra crit la lettre ; c'étoit un marchand; il en a une capucinade; c'eft l'expreffion du député, 8 placards ont étéprimés.

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Le bureau intermédiaire a écrit à l'affemblée pour s'informer de la vérité des arrêtés annoncés dans les placards.

Grand tapage pour lire les placards. Par prudence le rapporteur n'avoit, ni nommé la province, ni le nom des députés, dont le nom fe trouvoit au bas du placard, ni n'avoit donné lecture du placard.

Plufieurs membres la demandoient; l'on a été aux voix, & il a été décidé que les placards ne feroient pas lus, & que fur le fond de la queftion, il n'y avoit lieu à délibérer.

M. le comte de Mirabeau a demandé enfuite la parole.

Motion de M. le comte de Mirabeau.

Il n'y a perfonne de nous qui ne fente l'importance du crédit national. Les engagemens de l'état font inviolables, & cependant les craintes les plus vives affectent les créanciers.

Nous devions efpérer que les revenus publics refleroient ce qu'ils étoient au moins jusqu'au moment où, par une nouvelle perception, nous en aurions augmenté la recette, quoiqu'en diminuant les impôts; mais les troubles & l'anar

chie dans lefquels les ennemis de cette affemblée ont jetté la nation, ont trompé nos efpé

rances.

Les impôts, aú milieu des orages publics, ont ceffé d'etre payés, en forte qu'il eft devenú difficile d'égaler la recette à la dépense. Le déficit accru depuis long-temps, n'eft pas resté au terme où il étoit, & les malheurs actuels ne font que l'accroître.

Il s'agit donc maintenant de nous précautionner contre les nouveaux malheurs qui vont nous ravager.

Le gouvernement a eu recours à la trifte reffource des emprunts; il faut les payer. La chaîne de ceux qui fubfiftent par des des emprunts est immense. Il y a des riches qui n'ont aucun befoin; mais leur privation fait ceffer la circu lation, & l'effet qu'elle produit ne fait qu'accroître la premiere des reffources de ceux qui trouvent leur fubfiftance dans les befoins des riches, & augmente le nombre des pauvres qui attendent quelque fecours des emprunts.

Nous ne pouvons pas, dans ce moment, rétablir les finances. Quelle eft donc la reffource de l'état? c'est le crédit national. Le royaume ef. toujours le même ; les ennemis ne l'ont pas dé vaité; un nombreux numéraire eft toujours ren

fermé dans les caiffes; la nation débitrice eft toujours riche & puiffante. Que la concorde fe rétablisse, & le numéraire reparoîtra bientôt.

Il est donc important de nous occuper du crédit national. Ce n'eft pas une oeuvre compliquée, & elle est indispensable.

Ces confidérations m'ont porté à vous entretenir de l'emprunt que vous avez voté.

N'attendons pas que l'on vienne nous dire qu'il n'eft pas rempli. L'on y porte peu d'argent; il ne fera pas encore rempli, lorfque de nouveaux befoins exigeront un nouvel emprunt, & nous réduiront à l'impuiffance de le confentir.

Laiffons fur-tout les plaintes contre les financiers, contre les agioteurs.

Nous avons voulu déterminer l'intérêt de notre emprunt. Le miniftre des finances no pouvoit le fixer. Il comptoit fur un mouvement patriotique, & il a été trompé ; fon opinion nous a entraînés dans une erreur, mais cette erreur eft celle de la vertu.

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Il ne pouvoit prévoir les craintes qui fe font répandues, il ne pouvoit croire que chacun trembl.roit pour fa fortune.

On s'éclairera de plus en plus fur les circonftances qui ont néceffité les arrêtés de la nuit du

4, & certes vous n'aurez pas befoin alors d'apo logie à cet égard; fi elles euffent paru avec plus de lenteur, l'on auroit peut-être moins craint pour la propriété.

Vous avez cru devoir faire l'emprunt; vous avez mis la dette fous la fauve-garde de la foi publique, l'intérêt a été fixé à 4 & demi pour cent.

L'on a craint que nous ne voulions établir de la différence entre la dette contracée & celle à contracter. Méfiance abfurde! mais la méfiance ne raifonne pas.

Le refpect pour la foi publique eft la fauvegarde de tous les engagemens.

Nous ne pouvons emprunter ni fur le crédit du roi ni fur celui du miniftre; l'un & l'autre font épuisés : le seul crédit national refte; il importe de prévenir. fa chûte; votre emprunt peut l'entraîner, & c'eft pour la prévenir que je vous propofe l'arrêté fuivant.

L'affemblée nationale perfévérant invariablement dans fes précédens arrêtés, qui tendent maintenir la foi publique, confidérant que l'em voté le 9, prunt n'eft pas encore rempli, auto: if: fa majesté à employer tous les moyens que h prudence jugera convenables pour faire remplic l'emprunt, lors même que ces moyens ap porteroient quelques modifications à l'art.

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