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défavorable, en déclarant qu'ils avoient été d'une nature si offensante, qu'on ne pourroit jamais le croire, s'il les faisoit connoître. Bossuet se persuada peut-être trop facilement, qu'une accusation si grave exigeoit de sa part la justification la plus solennelle; et il publia sa Relation sur le Quiétisme. Malheureusement cette Relation étoit plus faite pour achever d'aigrir le cœur de Fénélon, que nécessaire à la défense de Bossuet; et le souvenir qui en est resté est également pénible pour les admirateurs de l'un et de l'autre.

XVII.

La Relation sur le Quiétisme se compose pres

Bossuet pu

blie la Rela- que entièrement des extraits d'un mémoire que tion sur le Fénélon avoit adressé à M.me de Maintenon dans Quiétisme. l'épanchement de la confiance et de l'amitié, et des fragmens de quelques manuscrits que M.me Guyon avoit livrés à la discrétion de Bossuet, dans le temps où elle avoit réclamé ses avis et ses instructions.

Il étoit impossible sans doute de mettre plus d'art, d'esprit et de goût, dans le récit de toutes les folies et de toutes les rêveries de M.me Guyon. Bossuet avoit su joindre à ce tableau si piquant ces grands mouvemens d'éloquence, qui venoient

* Relation

sur le Quié y répandre tout-à-coup un caractère inattendu

T. XXIX.

tisme, par de gravité, de force et de majesté.

Bossuet.

« * A l'égard de M. l'archevêque de Cambrai, » disoit

disoit Bossuet, « nous ne sommes que trop justi» fiés par les faits incontestables de cette Rela» tion, et je le suis en particulier, plus que je ne » voudrois. Mais pour faire tomber tous les in>> justes reproches de ce prélat, il falloit voir, » non pas seulement les parties du fait, mais le » tout jusqu'à sa source. C'est par-là, j'ose le dire, » qu'il paroît que dès l'origine, on a tâché de » suivre les mouvemens de cette charité douce, » patiente, qui ne soupçonne, ni ne présume le >> mal.....

» Où placera-t-on cette jalousie qu'on nous >> impute sans preuve? Et s'il faut se justifier sur >> une si basse passion, de quoi étoit-on jaloux » dans le nouveau livre de cet archevêque? Lui >> envioit-on l'honneur de défendre et de peindre » de belles couleurs M.me Guyon et Molinos? >> Portoit-on envie au style ambigu d'un livre, ou » au crédit qu'il donnoit à son auteur, dont au >> contraire il ensevelissoit toute la gloire? J'ai >> honte pour les amis de M. de Cambrai, qui font » profession de piété, et qui cependant ne laissent » pas sans fondement d'avoir répandu partout, » même à Rome, qu'un certain intérêt m'a fait >> agir..... Quelque fortes que soient les raisons,

>> que je pourrois alléguer pour ma défense,

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» Dieu ne me met point d'autre réponse dans le BOSSUET. Tome I.

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» cœur, sinon que les défenseurs de la vérité, » s'ils doivent être purs de tout intérêt, ne doivent » pas moins être au-dessus de la crainte qu'on » leur impute d'être intéressés.

» Au reste, je veux bien qu'on croie que l'inté>> rêt m'a poussé contre ce livre, s'il n'y a rien de répréhensible dans sa doctrine, ni rien qui soit » favorable à la femme dont il falloit que l'illu>sion fût révélée. Dieu a voulu qu'on me mît » entre les mains, malgré moi, les livres qui en » font foi. Dieu a voulu que l'Eglise ait eu en la » personne d'un évêque un témoin vivant de cette » séduction. Ce n'est qu'à l'extrémité que je la » découvre, quand l'erreur s'aveugle elle-même » jusqu'au point de me forcer à déclarer tout; » quand, non contente de paroître vouloir triom» pher, elle insulte; quand Dieu découvre d'ail» leurs tant de choses qu'on tenoit cachées.

» Je me garde bien d'imputer à M. l'archevêque » de Cambrai autre dessein que celui qui est dé» couvert par des écrits de sa main, par son livre, >> par ses réponses et par la suite des faits avérés. » C'en est assez et trop d'être un protecteur si » déclaré de celle qui prédit et qui se propose la » séduction de l'univers. Si l'on dit que c'est trop » parler contre une femme dont l'égarement » semble aller jusqu'à la folie, je le veux, si cette

» folie n'est pas un pur fanatisme; si l'esprit de » séduction n'agit pas dans cette femme; si cette Priscille n'a pas trouvé son Montan pour la » défendre ».

Ce n'est qu'avec douleur que nous rapportons ces dernières expressions de Bossuet. Elles firent trop de bruit dans le temps pour pouvoir être dissimulées. Elles donnèrent à Fénélon un avantage dont il sut profiter pour repousser avec la plus noble dignité une imputation si outrageante, Bossuet sentit lui-même l'inconvenance de son langage; et il s'efforça, autant qu'il le put, de donner à cette odieuse comparaison une interprétation aussi favorable que pouvoit le permettre la nature d'une accusation qu'il n'étoit plus en son pouvoir d'effacer, ni de faire oublier.

« Si cependant, continue Bossuet, les foibles » se scandalisent, si les libertins s'élèvent, si l'on » dit, sans examiner la source du mal, que les querelles des évêques sont implacables; il est » vrai, si on sait l'entendre, qu'elles le sont en » effet sur le point de la doctrine révélée. C'est » la preuve de la vérité de notre religion et de la » divine révélation qui nous guide, que les ques» tions sur la foi soient toujours inaccommo»dables. Nous pouvons tout souffrir; mais nous

» ne pouvons souffrir qu'on biaise, pour peu que » ce soit sur les principes de la religion.

>> Nous souhaitons et nous espérons de voir » bientôt M. l'archevêque de Cambrai recon» noître du moins l'inutilité de ses spéculations. » Il n'étoit pas digne de lui, du caractère qu'il » porte, du personnage qu'il faisoit dans le » monde, de sa réputation, de son esprit, de » défendre les livres et les dogmes d'une femme » de cette sorte.

» Pour les interprétations qu'il a inventées, il » n'a qu'à se souvenir d'être demeuré d'accord » qu'il n'en trouve rien dans l'Ecriture. Il n'en >> cite aucun passage pour ses nouveaux dogmes. » Il nomme les Pères et quelques auteurs ecclésiastiques, qu'il tâche de traîner à lui par des >> conséquences, mais où il ne trouve ni son sacri» fice absolu, ni ses simples acquiescemens, ni » ses contemplations, d'où Jésus-Christ est absent » par état; ni ses tentations extraordinaires aux» quelles il faut succomber...., ni tant d'autres » propositions que nous avons relevées dans son » livre. Elles sont les fruits d'une vaine dialec»tique, d'une métaphysique outrée, de la fausse

>>

» philosophie que saint Paul a condamnée. Tous » les jours nous entendons ses meilleurs amis le

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