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plaindre d'avoir étalé son érudition et exercé >> son éloquence sur des sujets si peu solides. Avec » ses abstractions ne voit-il pas que bien éloigné » de mieux faire, il ne fait que dessécher les » cœurs, en affoiblissant les motifs capables de » les attendrir, ou de les enflammer..... Nous >> exhortons M. de Cambrai à occuper sa plume >> éloquenté et son esprit inventif à des sujets plus dignes de lui. Qu'il prévienne, il est temps en» core, le jugement de l'Eglise. L'Eglise romaine » aime à être prévenue de cette sorte ; et comme » dans les sentences qu'elle prononce, elle veut » toujours être précédée par la tradition, on peut en un certain sens l'écouter avant qu'elle >> parle ».

»

Rien ne peut être comparé à l'effet prodigieux que la Relation de Bossuet fit sur tous les esprits.

Elle parut dans le moment où les inculpations les plus graves étoient portées contre M.me Guyon, et où des apparences trompeuses sembloient leur donner quelque consistance; dans le temps où la haine envenimée de l'abbé Bossuet propageoît à Rome les soupçons les plus odieux sur Fénélon lui-même, et où la disgrâce récente de ses parens et de ses amis les plus chers laissoit dans la douleur et la consternation tout ce qui lui étoit attaché par l'affection la plus tendre.

Il faut dire que ce fut là le moment où Fénélon montra le plus beau et le plus grand caractère, lorsque s'élevant au-dessus de ces viles rumeurs, indignes d'atteindre cette ame noble et pure, et écartant toutes les considérations pusillanimes qui auroient pu lui faire craindre de voir la main de Louis XIV s'appesantir avec encore plus de rigueur sur le seul ami qui lui restoit à la Cour, on le vit braver Bossuet triomphant, et le forcer à descendre à de nouveaux combats.

Cette révolution subite dans la nature de leurs controverses rendit encore plus animée la lutte de ces deux illustres adversaires, et répandit dans leurs écrits une chaleur et une éloquence qu'on admire encore aujourd'hui malgré l'éloignement des temps. La Relation de Bossuet avoit changé une question de doctrine en une question de faits; et la Réponse de Fénélon à cette Relation et aux Remarques de Bossuet sur sa Réponse avoient transporté le combat sur un nouveau champ de bataille et devant un bien plus grand nombre de juges. Ce qui étonnoit encore plus le public, c'étoit la rapidité avec laquelle Fénélon répondoit aux nouvelles attaques de Bossuet. A peine Bossuet publioit-il un écrit, que la réponse de Fénélon arrivoit presque en même temps que l'accusation. Cette rapidité parut si inexpliquable à

l'abbé Bossuet, qu'il se persuada * que de Cambrai Fénélon avoit corrompu les secrétaires de son oncle à Paris, pour en obtenir communication de ses écrits à mesure qu'il les composoit : soupçon bien digne du caractère que l'abbé Bossuet montre dans toute sa correspondance.

Cette époque de la controverse du Quiétisme fut sans doute la plus affligeante. Nous nous bornerons à rapporter les expressions și mesurées du chancelier d'Aguesseau, juge impartial des démêlés de deux grands hommes qu'il aimoit et qu'il estimoit.

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* Mémoires duchancelier

* Le scandale fut moins grand, tant que ces >> deux illustres adversaires ne combattirent que » sur le fond de la doctrine, et l'on pouvoit le seau, tome regarder comme un mal nécessaire. Mais la XII.

d'Agues

» scène devint plus triste pour les gens de bien, » lorsqu'ils s'attaquèrent mutuellement sur les faits, et qu'ils publièrent des relations con» traires, dans lesquelles l'un et l'autre ne surent » peut-être pas assez se garantir d'un excès de >> véhémence et même d'amertume ».

* Mts. de Ledieu.

Il étoit difficile que l'intérêt de cette controverse pût se soutenir au degré de chaleur où l'avoit porté la Relation de Bossuet et les réponses de Fénélon. Aussi l'attention publique commença à se refroidir, et devint presqu'indifférente à

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quelques écrits que publièrent encore les deux adversaires.

Tous les regards étoient tournés vers Rome, qui faisoit attendre depuis si long-temps un jugement que toutes les parties provoquoient avec la même impatience, et que les instances de Louis XIV tendoient en vain à accélérer.

On trouve dans la Relation du Quiétisme de l'abbé Phelipeaux le récit fidèle des dispositions de la Cour de Rome, des discussions agitées dans les congrégations des cardinaux, des incertitudes du Pape, de sa répugnance à condamner Fénélon, des derniers efforts qu'il tenta pour échapper à la nécessité de prononcer un jugement en se bornant à de simples canons sur les caractères de la vraie et de la fausse spiritualité; de tous les ménagemens enfin par lesquels il voulut adoucir, par un sentiment d'estime et de tendresse pour Fénélon, la rigueur d'une sentence nécessaire; nous ne pourrions que répéter des faits déjà connus, et sur lesquels tout le monde s'accorde également.

C'est à l'occasion de ce projet de canons, que Louis XIV adressa au pape Innocent XII le mémoire fulminant que l'on trouve au tome XLII des OEuvres de Bossuet.

Ce mémoire est peut-être le monument le plus

affligeant de cette controverse. Nous l'avons rapporté dans l'Histoire de Fénélon, et nous sommes heureusement dispensés d'en rappeler toutes les dispositions dans celle de Bossuet.

On regrettera toujours que Bossuet se soit cru dans la nécessité de faire intervenir, sous une forme si impérieuse, le nom et l'autorité de Louis XIV dans le jugement doctrinal d'un livre déféré au tribunal de l'Eglise romaine présidé par le Pape lui-même, et d'y avoir mêlé des expressions menaçantes qui auroient intimider des juges accessibles aux considérations humaines.

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Il est difficile de ne pas trouver au moins de l'exagération dans l'accusation portée par Louis XIV contre le livre de l'archevêque de Cambrai, qu'il déclare mettre tout son royaume en combustion. On ne voit rien dans les mémoires du temps qui annonce que la doctrine des Quiétistes se fût propagée en France avec une rapidité si alarmante. A peine leurs excès donnèrent - ils lieu à quelques plaintes dans un ou deux diocèses. Toute la chaleur de cette controverse étoit concentrée à Paris et à la Cour. Elle n'inspiroit dans les provinces d'autre intérêt que celui qui étoit attaché au nom et aux talens des deux célèbres adversaires.

On étoit à la vérité fondé à présumér

que le

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