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>> notre ministère dans nos diocèses..... Suivant » nos maximes, un jugement du Pape en matière » de foi ne peut être publié en France, qu'après » une acceptation solennelle de ce jugement faite » dans une forme canonique par les archevêques » et évêques du Royaume. Une des conditions es>> sentielles à cette acceptation, est qu'elle soit en» tièrement libre. Passeroit-elle de bonne foi pour » l'être, si les peuples voyoient des commissaires » du Roi dans nos assemblées? »

Ces considérations firent une telle impression sur Louis XIV, que lorsque ses ministres voulurent encore insister sur leur première idée, ce prince se contenta de leur répondre : Non, je me * Mts. de fie aux évêques *.

Ledieu.

L'assemblée métropolitaine de Paris avoit été convoquée pour le 13 de mai; et Bossuet alla passer les fêtes de Pâque à Meaux. Il en revint huit jours avant l'assemblée, pour se concerter avec le cardinal de Noailles sur la matière qui alloit être l'objet de leurs délibérations.

Quoique tout fût disposé avec toutes les pré>> cautions de mesure et de sagesse que les circons>>tances prescrivoient, le jour même de l'assem» blée (13 mai 1699), M. de Meaux, dit l'abbé >> Ledieu, me parut fort préoccupé et avec le >> maintien d'un homme que la supériorité de son

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» génie n'empêche pas de craindre de rencontrer » de l'opposition, et qui en conséquence cherche » à tout prévoir; c'étoit la première fois où il >> alloit se trouver dans une assemblée ecclésias>>tique avec l'archevêque de Paris (Noailles), » que sa qualité de président, et le sentiment de » la faveur et du crédit dont il étoit en possession, » pouvoient inviter à exercer une sorte de domi» nation sur une assemblée si peu nombreuse. Et » d'ailleurs, ajoutoit Bossuet, qui pouvoit se flat» ter de gouverner l'évêque de Chartres, qui se » montroit toujours fort touché de compassion » pour M. l'archevêque de Cambrai?

>> Mais heureusement, tout se passa dans le plus >> grand calme et avec un concert parfait. Tout >> fut arrêté sans aucune contradiction dans la

» sćance du matin et le procès-verbal fut signé » dans celle de l'après-dînée par tous les prélats » et le député d'Orléans (1); et M. de Meaux revint >> chez lui avec un visage gai et ouvert, content » du succès, comme un homme déchargé d'un grand fardeau.

>>

» Les résolutions de cette assemblée étoient

(1) Le cardinal de Coislin, évêque d'Orléans, ne pouvant en sa qualité de cardinal assister à une assemblée dont il n'étoit pas le président, y avoit député un de ses grands-vicaires pour le représenter.

» d'autant plus délicates, qu'il falloit concilier à » la fois l'autorité de Rome et les droits des évê>>ques, les maximes et les libertés de l'Eglise gal»licane avec la jalousie du parlement; on doit

» ajouter que l'assemblée de Paris devoit servir >> de modèle aux autres assemblées du royaume ». Lorsque toutes les assemblées métropolitaines de l'Eglise gallicane eurent unanimement adhéré au jugement qui condamnoit le livre des Maximes des saints, le Roi fit expédier des lettres -patentes pour faire enregistrer au parlement le bref d'INNOCENT XII. Ce fut M. d'Aguesseau, alors avocat-général, et depuis chancelier de France, qui porta la parole en cette occasion.

Lorsqu'on a lu le discours qu'il prononça pour requérir l'enregistrement du bref du Pape, on ne sait ce qu'on doit le plus admirer dans ce monument immortel de la solidité des maximes de l'E

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Paroles glise de France, ou de la sagesse et de l'élodu président Hénaut. quence avec laquelle il concilia les véritables principes de l'Eglise et de l'Etat ; ou, ce qui étoit peut-être plus difficile encore dans la circonstance où il parloit, de sa juste admiration pour le génie et les talens de Bossuet, à laquelle il sut mêler l'expression touchante de l'intérêt que la vertueuse soumission de Fénélon venoit d'exciter dans tous les cœurs; on ne peut que répéter avec le pré

sident Hénaut, que ce discours est fait pour honorer à jamais la mémoire de ce grand magistrat.

Bossuet en avoit porté le même jugement que la postérité (1). « M. de Meaux, écrit l'abbé Ledieu, » ne cessoit de le louer. Il en a long-temps vanté » la saine et exacte doctrine sur le centre d'unité » qui est le Pape; la supériorité des conciles gé» néraux, l'autorité des évêques de droit divin, » et le saint concours de toutes les églises pour >> faire une décision infaillible. Il disoit que c'é>> toit précisément la doctrine de l'assemblée de » Paris; il louoit l'éloquence, les tours, l'insi» nuation, la douceur du réquisitoire, qu'il di» soit être un ouvrage digne du zèle d'un évêque » et d'un théologien, plutôt que d'un magistrat, >> parce que messieurs du parlement n'ont pas » coutume d'être si favorables à l'Eglise. Aussi at» tribuoit-il le succès de cette pièce à la bonne » éducation de M. d'Aguesseau, à sa piété, à son » zèle pour l'Eglise. Une seule chose qu'il n'ap>> prouvoit pas, étoit que l'auteur parlât comme » de deux puissances, en parlant de celle du Pape >>> et de celle des évêques qui ne sont qu'une seule » et même puissance, sans compter quelques af

(1) Il paroît par les manuscrits de l'abbé Ledieu, que M. d'Aguesseau s'étoit concerté avec Bossuet sur le plan de son dis

cours.

* Mts. de Ledieu.

» fectations dans le style qui ne méritent pas d'ê» tre relevées.

Quand dans la suite, on a dit que Rome se >> trouvoit choquée de ce réquisitoire, et qu'elle pensoit à en faire justice, il ne faut pas le crain» dre, dit M. de Meaux, après la satisfaction » que Rome a marquée du procès-verbal de l'as» semblée de Paris, puisque c'est la même doc» trine, et c'est ce qu'on verra bien, quand on le » lira avec attention. C'est la commune doctrine » de France, et les Romains savent bien qu'ils ne » nous la feront pas abandonner ».

Toutes les assemblées métropolitaines, en adhérant par voie de jugement et d'acceptation au bref du pape INNOCENT XII, étoient convenues que chaque évêque publieroit pour son diocèse un mandement particulier conforme aux décisions prises dans les assemblées. C'est ce qui fut exécuté dans toute la France aussitôt que la Déclaration du Roi, pour autoriser la publication du bref du Pape eut été enregistrée au Parlement.

Le cardinal de Noailles donna le premier l'exemple; et Bossuet, en une heure de temps, dit l'abbé Ledieu, composa son mandement dans la matinée du 16 août (1699): et il le publia dans le synode de son diocèse le 3 septembre suivant.

«*Ce mandement, qui est très-court, explique

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