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» avec netteté et précision deux points essentiels » de la puissance ecclésiastique; mais avec tant » de sagesse, que les Romains eux-mêmes en ont » fait l'éloge, sans que leurs oreilles délicates en » aient même été légèrement offensées. Ces deux points sont la force invariable des jugemens » ecclésiastiques dans l'union du corps de l'épis» copat avec le chef de l'Eglise qui prononce, » et cette même autorité regardée dans ses effets » contre les erreurs et les hérétiques qu'elle pros» crit également ».

Bossuet sut y amener l'éloge de Fénélon, en rappelant son édifiante soumission au jugement qui l'avoit condamné. Mais les expressions mêmes du mandement nous feront encore mieux connoître l'exactitude des principes qu'il s'attachoit toujours à établir et à confirmer.

XXII. Mandement

tation du

<< Dans l'obligation où nous sommes, disoit » Bossuet, de condamner les fausses doctrines, de Bossuet » même dans les livres où elles paroissent avec pour l'accep» leurs plus belles couleurs, quoique toujours bref d'Inno» sans l'autorité de l'Ecriture et sans le témoi- cent XII. » gnage de la tradition, nous parlerons avec d'au>> tant plus de confiance, que cette condamnation. » est précédée d'une constitution apostolique, » où la foi de saint Pierre et de l'Eglise romaine, >> mère et maîtresse des Eglises, s'est expliquée.....

Tom. xxx.

» Une censure si claire et si solennelle a eu » tout l'effet qu'on en pouvoit espérer. Le même » esprit de la tradition qui a fait parler le chef » visible de l'Eglise, lui a uni les membres. Toutes >> les provinces ecclésiastiques de ce royaume ont » reçu et accepté la constitution avec le res» pect et la soumission ordinaires; et nous avons >> eu la consolation, tant désirée et tant espérée, » de voir M. l'archevêque de Cambrai s'y sou» mettre le premier simplement, absolument et » sans aucune restriction, en ajoutant même de» puis, quelque pensée qu'il ait pu avoir de son » livre, qu'il renonçoit à son jugement pour se » conformer à celui du souverain pontife..... Les » ennemis de l'Eglise, si attentifs aux divisions qui sembloient s'y élever, peuvent voir par cet » exemple, qu'elle se glorifie en notre Seigneur » du remède qu'il a opposé aux dissensions, en >> donnant un chef aux évêques et à l'Eglise vi»sible avec lequel tout le corps garde l'unité ».

>>

C'est dans ce mandement de Bossuet qu'il faut chercher le véritable jugement de ce grand homme sur la soumission de Fénélon; et on doit oublier que dans sa correspondance avec son neveu, il n'avoit pas d'abord rendu toute la justice qui étoit due à cet exemple éclatant et peut-être unique de docilité. Le mandement par lequel Fé

nélon adhéroit au jugement qui le condamnoit, avoit été en effet couvert des applaudissemens de toute l'Europe, et offre encore aujourd'hui à la postérité un de ses plus beaux titres de gloire. Le chancelier d'Aguesseau venoit d'en faire l'éloge le plus magnifique devant le premier tribunal du royaume, et le Pape lui-même, quoique contraint et gêné dans l'expression de ses sentimens par la crainte de déplaire à Louis XIV, s'exprime dans son bref à Fénélon, avec une sorte de bonheur, et presque avec reconnoissance sur un tel acte de docilité.

Bossuet fit à l'assemblée du clergé de 1700 le rapport de tout ce qui s'étoit passé dans l'affaire du Quiétisme, et montra une modération qui acheva de rétablir le calme, que l'édifiante soumission de Fénélon avoit si heureusement préparé.

Tel fut le dernier acte de cette longue suite de scènes si vives et si animées, qui avoient fait tant de bruit et d'éclat, et auxquelles succéda toutà-coup un silence absolu, aussi remarquable que l'intérêt extraordinaire qu'on y avoit apporté.

XXIII. En finissant le récit de la controverse du QuiéDémarches tisme dans l'Histoire de Fénélon, nous avons ex- de Bossuet primé tous nos regrets de n'avoir pas vu Bossuet pour se rapprocher de et Fénélon revenir aux sentimens de confiance et Fénélon.

d'amitié qui les avoient unis si long-temps. Nous nous étions saisis avec avidité de quelques lignes d'une lettre de M.me de la Maisonfort à Fénélon, écrite peu de temps après la mort de Bossuet. Elle y parloit « d'un voyage que l'abbé de » Saint-André avoit fait en Flandre à la prière » de M. de Meaux, et qui marquoit de la part » de ce prélat le désir sincère d'arriver à une ré» conciliation, et des contre-temps qui en avoient »empéché le succès ».

Nous regrettions de n'avoir pu répandre plus de lumières sur une particularité à laquelle un juste intérêt ne nous permettoit pas de rester indifférens. Mais nous avons été plus heureux que nous n'osions l'espérer. En parcourant les papiers qui nous ont été confiés pour l'Histoire de Bossuet, nous avons trouvé le récit de l'abbé de SaintAndré lui-même, qui nous a fait connoître tous les détails que M.me de la Maisonfort nous avoit laissé ignorer. On y voit que Bossuet avoit en effet chargé l'abbé de Saint-André de faire les premières ouvertures d'une réconciliation, et que Fénélon n'a pas eu le tort de s'y être refusé. Un concours d'incidens bizarres ne permirent pas que les généreuses intentions de Bossuet arrivassent jusqu'à Fénélon.

C'est le célèbre Winslou* qui nous a conservé

* Mts, de Winslou.

ces détails. Il déclare les avoir copiés sur le manuscrit original de l'abbé de Saint-André (1). Cet ecclésiastique rapporte « que le lendemain de » la Quasimodo (1699) M. de Meaux, se prome»nant avant le dîner sur la terrasse de Ger>> migny avec l'abbé Berrier et lui, l'abbé Berrier » crut devoir parler à M. de Meaux d'une con»versation tenue chez le président de Lamoi» gnon. On y avoit beaucoup parlé de la victoire » que M. de Meaux avoit remportée sur M. de » Cambrai. Ce n'est pas moi, dit le prélat, en » coupant la parole à l'abbé Berrier, c'est la vé» rité qui l'a remportée. L'abbé continuant son >> discours ajouta que toute la compagnie avoit témoigné désirer vivement que les prélats se » réunissent pour l'édification du peuple ; et que » c'étoit à M. de Meaux à faire les premières » avances, comme ayant poursuivi le jugement. » Je l'ai déjà fait, Monsieur, reprit M. de Meaux » avec vivacité; et il ne tiendra jamais à moi, » que nous ne soyons bons amis, comme avant » la dispute. Il ajouta qu'il avoit reçu depuis peu

(1) Lorsque Winslou vint à Meaux dans l'intention d'abjurer le lutheranisme, Bossuet, avant de recevoir son abjuration, chargea l'abbé de Saint-André de l'y disposer par des instructions convenables. Depuis cette époque, Winslou entretint des relations habituelles avec l'abbé de Saint-André, jusqu'à la mort de cet ecclésiastique.

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