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Ces paroles sont, remarquables dans la bouche de Fénélon, On ne peut guère douter que lorsqu'il s'exprimoit avec cette pieuse conviction de l'autorité et de l'infaillibilité de l'Eglise, sa pensée ne l'ait ramené à cette époque de sa vie où il s'étoit persuadé peut-être que certains mouvemens irréguliers s'étoient mélés à l'examen de son livre. Mais la conclusion qu'il tire contre luimême, devient un nouveau témoignage de la sincérité de sa soumission au jugement qui l'avoit condamné.

Ceux en effet qui, s'élevant au-dessus de toutes ces considérations mobiles et passagères, aiment à suivre les vues et la marche de la Providence, reconnoîtront dans les résultats de la controverse du Quiétisme, l'un des événemens les plus remarquables dans l'histoire de l'Eglise, et les plus honorables pour l'Eglise gallicane en particulier.

Le jugement du saint Siége, qui condamna les erreurs de Fénélon, reçut toute sa force du concert des évêques avec le chef de l'Eglise. Ce grand exemple servit à montrer qu'il existe dans l'Eglise catholique un centre d'unité et d'autorité, dont l'action suffit pour réprimer toutes les hérésies, lorsque l'entêtement et la mauvaise foi ne sont pas unis à l'erreur.

*

du chance

« La soumission de l'archevêque de Cambrai, * Mémoires » dit le chancelier d'Aguesseau est un exemple » peut-être unique dans l'Eglise, d'une querelle eau, tome» de doctrine terminée sans retour par un seul

lier d'Agues

XIII.

» jugement, qu'on n'a cherché depuis, ni à faire » rétracter, ni à éluder par des distinctions; la gloire en est due à la sagesse et à la supériorité » du génie de l'archevêque de Cambrai ».

»

* Ibid.

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Bossuet, en assurant le triomphe de la vérité contre une doctrine qui n'étoit pas exempte de

danger pour la règle des mœurs et le véritable esprit du christianisme, eut aussi la satisfaction de voir toute l'Eglise gallicane, se réunir avec le concert le plus unanime dans l'application des célèbres maximes qu'il avoit proclamées dans l'assemblée de 1682.

«Il s'excita, dit le chancelier d'Aguesseau *, » une louable émulation entre les différentes pro» vinces (ecclésiastiques). Chacune voulut avoir » l'honneur d'avoir mieux soutenu le pouvoir at» taché au caractère épiscopal, de juger ou avant » le Pape, ou avec le Pape, ou après le Pape, et » le droit dans lequel sont les évêques de ne re» cevoir les constitutions du Pape qu'avec exa>>> men, et par forme de jugement. Ce qu'il y eut » de plus remarquable dans ce témoignage solen

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» nel que l'Eglise gallicane rendit à sa doctrine, » c'est qu'il fut placé dans un temps où nous » n'avions aucun démêlé avec la Cour de Rome, » et où le Roi vivoit dans une parfaite intelligence » avec le Pape, dont il ne craignoit rien, et n'a» voit rien à craindre, en sorte que ce fut à la » vérité seule, et non à la nécessité des conjonctu» res, qu'on fut redevable d'une déclaration des » sentimens du clergé si authentique et si una»> nime ».

Pendant le cours de la controverse du Quiétisme, Bossuet avoit reçu plusieurs témoignages aussi flatteurs qu'éclatans de la considération publique et de la bienveillance particulière de Louis XIV.

XXV. Bossuet est

A la fin de 1695, l'Université de Paris nomma Bossuet conservateur de ses priviléges. Elle s'étoit nommé conproposé de lui en donner le titre dès 1679, à la servateur des priviléges de mort de M. Choart de Buzenval, évêque de Beau- l'Université vais (1). Mais M. de Harlay, archevêque de Paris, ne permit pas à l'Université de suivre son mouvement *; et elle préféra de laisser la place vacante plutôt que de faire tomber son choix sur un autre ; devenue libre enfin par la mort de M. de Harlay,

de Paris.

Mts. de Ledieu.

(1) Nicolas Choart de Buzenval, nommé à l'évêché de Beauvais en 1650, mort en 1679, à l'âge de soixante-huit ans.

elle déféra le titre de conservateur de ses priviléges à Bossuet par une délibération du 14 décembre 1695, dans une assemblée générale présidée par le célèbre Rollin, alors recteur de l'Université. Bossuet retenu à Meaux pour les affaires de son diocèse, ne put prendre possession lui-même de cette dignité. Il se fit représenter par l'abbé Bossuet son neveu, qui fut reçu au nom de son oncle dans une assemblée générale encore présidée par Rollin, le 2 janvier 1696; et on lut dans cette assemblée la lettre où Bossuet exprimoit sa reconnoissance et ses regrets. Ce titre de conservateur des priviléges de l'Université de Paris donnoit des fonctions, et une autorité assez étendues dans des temps plus anciens. Mais il n'étoit plus qu'un titre honorifique, presque toujours déféré à quelque *Lettre du prélat distingué; et comme Fénélon l'écrivoit *

18 décembre

1695.

avec sa grâce accoutumée à Bossuet lui-même, à l'occasion de sa nomination à cette place: Ces sortes de titres dorment sur certaines tétes ; et sur d'autres, ils peuvent servir à redresser les lettres.

XXVI.

Le 29 juin 1697, Louis XIV nomma Bossuet, Bossuet est conseiller d'Etat; et il prit place au conseil le

nommé con

seiller d'Etat 3 juillet suivant.

(1697)et pré

Enfin, le 28 octobre 1697, Bossuet fut nommé

mier aumô

nier de M.me premier aumônier de M.me la duchesse de Bour

CNE.

GOGNE. Il en reçut la nouvelle le 30 octobre, étant la duchesse à Vareddes, paroisse de son diocèse, où il étoit de BOURGO occupé à faire la visite de la maison des Sœurs de la charité qu'il venoit d'y établir. « Il reçut » cette nouvelle, écrit l'abbé Ledieu, qui étoit >> auprès de lui, simplement, sans aucune dé>>monstration de joie, sans aucune affectation » d'insensibilité ».

Bossuet n'a pas cependant dissimulé qu'il avoit désiré cette place, et qu'il l'avoit même demandée dès 1696. On lit dans une de ses lettres à l'évêque de Mirepoix (M. de la Broue): « Vous » aurez su la nomination des dames et de quel>>ques autres pour la future duchesse de Bour» GOGNE. On n'a point parlé des charges d'Eglise. » Je vous avoue sans hésiter, que j'ai fait ma de» mande (de la place de premier aumônier); elle » a été aussi bien reçue qu'il se pouvoit ; et les ap>>parences sont bonnes de tous côtés. Dieu sait » ce qu'il veut ; et pour moi, je suis bien près de >> l'indifférence ».

* Lorsqu'il fut question de faire prêter le serment aux nouveaux officiers de la maison de la princesse, il survint une difficulté inattendue. Le Roi avoit fixé le 31 décembre (1697) pour cette cérémonie. Le marquis de Dangeau, nommé che

*Mts. de Ledieu.

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