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valier d'honneur, prétendit prêter le serment le premier. Louis XIV ne voulut point prononcer sans entendre Bossuet, qui se borna à rappeler au Roi, que lorsqu'il avoit été nommé premier aumônier de Madame LA DAUPHINE, il avoit été admis sans difficulté à prêter serment avant tous les autres officiers de la maison; que dans tous les états de la maison du Roi, des princes et princesses, on plaçoit toujours les officiers de la chapelle au premier rang; que ce n'étoit point un honneur déféré aux personnes, mais un hommage que la piété des rois se plaisoit à rendre à la religion dans ses ministres; Bossuet présenta ensuite à Louis XIV l'article de la gazette de France du 10 mars 1681. On y lisoit «< que M. l'évêque de Condom, pre» mier aumônier de M.me la Dauphine, prêta.le » serment le premier; et après lui, la duchesse de » Richelieu, dame d'honneur, la maréchale de » Rochefort, première dame d'atours, la marquise » de Maintenon, seconde dame d'atours, et en>> suite le duc de Richelieu, chevalier d'honneur »>, qui, par un sentiment de politesse, céda son rang aux dames de la maison de Madame la Dauphine.

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Le marquis de Dangeau, quoique d'un rang inférieur au duc de Richelieu, qui étoit pair de

France, voulut encore insister, malgré l'autorité d'un exemple aussi récent. Il passoit à la Cour pour avoir beaucoup de vanité, et attacher beaucoup de prix à l'éclat et à la représentation. Le duc de Saint-Simon n'a pas manqué de le tourner en ridicule sur l'appareil et l'ostentation qu'il affectoit de déployer dans la réception des chevaliers de l'ordre de Saint-Lazare, dont il étoit grandmaître. Louis XIV voulut consoler un peu la vanité du marquis de Dangeau, en décidant « * qu'on >> ne pouvoit refuser à M. de Meaux de prêter son » serment le premier, en considération de son » grand mérite ». Mais le marquis de Dangeau ne put se résoudre à paroître le second dans une cérémonie où il ne pouvoit pas se montrer le premier; et il obtint du Roi de prêter son serment en particulier.

*

Au moment où Bossuet vint prêter son serment à M.me la duchesse de BOURGOGNE, cette jeune princesse en voyant à ses genoux cette tête, que ses cheveux blancs et les souvenirs de tant de gloire rendoient si vénérable, ne put s'empêcher de s'écrier avec une touchante naïveté : « * Que » je suis honteuse, Monsieur, de vous voir en » cet état ». Elle n'avoit alors que onze ans; et elle annonçoit déjà l'éclat, les agrémens et les

* Mts. de Ledieu.

* Ibid.

XXVII. Mortdu frêre

de Bossuet.

1699.

grâces qui parèrent sa brillante jeunesse, et qui devoient embellir un trône au pied duquel elle vint expirer à la fleur de son âge.

A l'époque où la controverse du Quiétisme touchoit à sa fin, quelques semaines avant le jugement du saint Siége, Bossuet eut la douleur de perdre un frère avec lequel il avoit toujours vécu dans la plus grande union. C'étoit le seul qui lui restoit de six frères, qui auroient dû assurer une longue durée à son nom. On voit par la lettre qu'il écrivit à son neveu (1), pour lui annoncer la mort de son père, combien il fut affecté d'un malheur d'autant plus sensible à son cœur, qu'il y étoit moins préparé. Mais on observe en même temps, dès les premiers mots de cette lettre, tout l'empire que cette ame forte et religieuse savoit prendre sur elle-même, pour soumettre les affections les plus touchantes de la nature à la volonté de celui qui donne la vie et la

mort.

*Lettre de Bossuet, 2 fé

vrier 1699.

T. XLII.

«<* DIEU EST LE MAITRE. Je croyois mon frère en» tièrement délivré de son attaque de goutte. Il » s'étoit levé et avoit fait ses dévotions à la paroisse » comme un homme qui, sans dire mot, et ne >> voulant point nous attrister, ne songeoit qu'à (1) L'abbé Bossuet étoit encore à Rome.

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» sa dernière heure. J'étois à Versailles, pensant
» à toute autre chose, et fort réjoui de recevoir
» de lui une longue lettre écrite le mercredi ma-
» tin d'une main très-ferme. Que sert de prolon-
>> ger
le discours? Il faut en venir à vous dire
que
» la nuit suivante, il appela sur les trois heures
» par un coup de cloche, qui ne fit que faire ve-
» nir d'inutiles témoins de son passage. On me
» manda seulement à Versailles qu'il étoit à l'ex-
» trémité. Je me vis séparé d'un frère, d'un ami,
>> d'un tout pour moi dans la vie. Baissons la tête,
>> et humilions-nous ».

Il revient sur ce triste sujet dans la lettre suivante *, et on trouve je ne sais quel charme à voir les larmes de la douleur couvrir le visage vénérable de Bossuet, et ses yeux attendris se fixer avec une profonde émotion sur l'image d'un frère

mourant:

« Vous avez bien besoin que Dieu vous sou» tienne dans le coup que vous venez d'en rece» voir. C'est lui qui frappe, c'est lui qui console. » Vous êtes seul, et ce nous seroit une espèce de » consolation mutuelle de pleurer ensemble le plus » honnête homme, le plus ferme, le plus tendre

>>

qui fut jamais. C'en est fait, il n'y a qu'à bais

» ser la tête et se consoler en servant Dieu. Vous

* Du g février 1699. Ibid.

» savez mieux que personne ce que j'ai perdu. » Quel frère! quel ami! quelle douceur! quel >> conseil! quelle probité! tout y étoit, Dieu m'a » tout ôté, et je me trouve si seul, qu'à peine » je ne puis me soutenir ».

FIN DU DIXIÈME LIVRE.

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