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pouyait disposer le Saint-Siège pour assurer l'obéissance et maintenir la tranquillité publique.

Signé : LE MARQUIS DE LEMA.

Le marquis de Lema à M. Bermudez do Castro.

Paris, le 4 octobre 1865. Monsieur le Ministre, pour faire suite à ma dépêche d'avant-hier, n° 329, relative à l'évacuation graduelle du territoire pontifical, j'ai l'honneur de transmettre à Votre Excellence un article publié dans la Patrie de ce soir. Tout le monde connait les attaches officielles de ce journal ; et l'espèce de communauté existant entre ses appréciations sur le sort futur de Rome et les idées du journal italien qu'il cite, ne peut manquer d'attirer l'attention,

L'état des choses laisse encore de l'espoir, et dans le délai d'une année il peut se produire des événements importants; mais si d'ici là la situation des afffaires n'a pas sensiblement changé, le Saint-Siege se trouvera face à face avec un grand problème politique. Les forces étrangères qui avaient soutenu son pouvoir pendant dix-sept ans lui feront défaut, et il devra compter une fois de plus, et dans des circonstances plus difficiles que jamais, sur la seule fidélité de ses troupes, et sur la loyauté des populations soumises à ses lois. La sagesse du Saint-Père ayişera sans doute aux mesures nécessaires à prendre en présence de ce nouvel ordre de choses; et il me semble que, en entrant à temps dans un système de réformes administratives et de transactions politiques, le pouvoir temporel dų Saint-Siége pourrait traverser cette épreuve difficile, comme il en a traversé tant d'autres pendant la longue période de son histoire,

Signé : LE MARQUIS DE LEMA.

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M. Bermudez de Castro au marquis de Lema.

San Ildefonso, le 8 octobre 1865. Monsieur le Marquis, j'ai pris connaissance de la dépêche que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'écrire sous le n°337 en date du 4 de ce mois, et dans laquelle, à l'occasion d'une Note publiée dans la Patrie au sujet des destinées futures de Rome, vous me communiquez les réflexions que cette grave question vous suggère.

Je désirerais savoir s'il y a lieu de tirer de l'article du journal semiofficiel, la conséquence que le trône pontifical est garanti contre les bouleversements et les révoltes intérieures, et je vous serai obligé de vous assurer si la Déclaration faite par M. Rouher au sein du Corps législatif, dans le but d'interpréter et d'expliquer le Traité du 15 septembre, et cette phrase « deux monarchies coexistantes, » continuent à représenter exactement la pensée du Gouvernement français.

Signé : BERMUDEZ DE CASTRO.

M. Bermudez de Castro au marquis de Lema,

San Ildefonso, le 14 octobre 1865. Monsieur le Marquis, j'ai lu avec un vif intérêt les dépêches de Votre Excellence, sous les numéros 329, 339 et 341, par lesquelles vous me donnez des nouvelles importantes, au sujet de l'évacuation des États pontificaux par les troupes françaises, en exécution du Traité du 15 septembre.

Le jour approche, en effet, où le Gouvernement du Saint-Siège, privé de l'appui et de la sécurité que lui offrait la présence des armes Impériales, se trouvera seul en face de ses propres sujets. Resterontils fidèles au Gouvernement ? L'armée pontificale sera-t-elle en mesure de prévenir une révolution à Rome? Ce sont là des questions, qui, Votre Excellence ne l'ignore pas, intéressent vivement une nation exclusivement catholique comme la nôtre.

Il n'y a pas lieu de s'étonner de la ligne politique que l'Autriche se propose de suivre.... Personne ne sera surpris qu'elle se trouve dans l'impossibilité de prêter un appui matériel à la Cour de Rome ; mais par cela même qu'elle se trouve dans cette situation.

Mais quelles que soient les mesures inspirées à la sagesse du SaintSiège pour prévenir les maux qui peuvent le menacer, l’Espagne a l'obligation sacrée d'employer tous ses efforts et toute sou influence morale en faveur du pouvoir temporel du Pape et de la personne sacrée de Pie IX, et voici les raisons pour lesquelles le Gouvernement de Sa Majesté désire vivement que Votre Excellence puisse s'assurer par tous les moyens qui sont en son pouvoir, des projets et des intentions du Cabinet Impérial, dans le cas où, après l'évacuation conplète des troupes qui occupent Rome, il y éclaterait une révolution qui obligerait le Pape à abandonner ses États.

Ce cas n'est pas prévu par le Traité du 15 septembre, auquel l'Espagne est restée complétement étrangère; elle n'a, par conséquent, ni le droit de l'interpréter, ni celui d'en exiger l'accomplissement. Le Gouvernement de la Reine ne le méconnait pas, et il en a consigné l'expression dans un document, qui sera en temps et lieu livré à la publicité.

Mais le Gouvernement français ne peut méconnaître, à son tour, que des déclarations publiquement et solennellement répétées, n'acquièrent le caractère d'engagements contractés en face du monde entier.

Le Traité du 15 septembre peut faire l'objet d'interprétations différentes, de la part des deux puissances qui l'ont signé; mais il ne reste néanmoins aucun doute sur les points qui ont déjà été l'objet de déclarations officielles, lesquelles ont fixé d'une manière publique et solennelle le sens véritable qu'il faut y attacher.

Les dépêches de M. Drouyn de Lhuys au Ministre de l'Empereur, à Turin, en date des 28 et 30 octobre de l'année passée, ont établi d'une façon décisive la véritable signification de la Convention du 15 septembre, pour tout ce qui concerne le Saint-Père. Protégé contre toute attaque extérieure par le texte même de ce Traité, l'existence du Souverain Pontife, comme souverain temporel, parait également assurée, car le Ministre des affaires étrangères déclare, dans sa dépêche du 28 octobre, que la Convention de septembre reconnait deux souverainetés en Italie, et qu'elle a pour but d'assurer leur coexistence. Et plus tard, lorsque M. Drouyn de Lhuys, avec une noble franchise et dans le désir d'éviter toute confusion qui pourrait égarer l'opinion, écrivait sa seconde dépêche du 30 octobre, il indiquait sept propositions qui renfermaient et concentraient, pour ainsi dire, toute la partie substantielle de la Convention.

En même temps que la France s'est réservé toute sa liberté d'action, pour le cas où une révolution subite éclaterait (seule éventualité non prévue dans le traité, suivant le sens de ces propositions), on déclare que Rome ne peut s'unir à l'Italie et devenir sa capitale, sans le consentement de la France. Et s'il manquait quelque chose pour rendre plus solennelles les déclarations du Gouvernement de l'Empereur au sujet de la manière dont il comprend et interprète le sens du Traité du 15 septembre, qui intéresse à un si haut point les Nations catholiques, on le trouverait dans la séance du Corps législatif du 15 avril, et dans les paroles éloquentes, claires et décisives prononcées par le Ministre d'État, M. Rouher.

« La Convention, disait l'orateur, établit deux existences distinctes, deux autonomies, deux souverainetés; ces deux royautés doivent exister face à face, et l'une n'a pas le droit d'absorber l'autre. » Et plus loin il ajoutait, en affirmant le principe de la souveraineté du peuple ro

: « Si la souveraineté romaine cherchait à se faire absorber

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par l'Italie, la question ne serait plus celle de la doctrine de la gouveraineté, mais se convertirait entièrement en une question d'équilibre européen; et tomberait dans le grand domaine des intérêts du Catholicisme. »

Le Gouvernement de la Reine conserve l'espoir, bien plus, il a la conviction que le Cabinet Impérial pense aujourd'hui comme il pehsait alors, et que ces déclarations si solennelles, sur lesquelles s'est fondée l'Espagne, seront, aujourd'hui comme alors, l'expression de la fermé résolution du Gouvernement de l'Emperelir dans la question dont je m'occupe.

Les puissances catholiques qui ont toutes le droit et le devoir d'agir en faveur de la conservation du pouvoir temporel du Pape, ne pour ront s'empêcher de voir dans le Traité du 15 septembre, tel qu'il a été commenté et interprété, la garantie la plus complète en faveur de cette sainte cause. La France, en se réservant toute sa liberté d'action pour le cas d'une révolution subite à Rome; en déclarant que Rome ne pourra s'unir au royaume d'Italie sans son consentement, et en af: firmant solennellement que le Traité du 15 septembre signifie la coexistence de deux monarchies dans la péninsule italienne, a accepté un engagement d'honneur aux yeux du monde catholique, en vertu duquel elle se charge de veiller au maintien du pouvoir temporel de Saint-Siège. C'est sur ces promesses solennelles faites spontanément, que reposent et doivent reposer, dans la pensée du Gouvernement de la Reine, les intérêts catholiques du monde entier.

Je vous prie de vous exprimer dans ce sens vis-à-vis du Ministre des Affaires étrangères, en insistant avec force sur l'intérêt qu'attachent toutes les nations catholiques, en particulier l'Espagne, au maintien du pouvoir temporel du chef de l'Église; je recommande en même temps à Votre Excellence d'employer ses efforts pour obtenir une déclara. tion favorable, et je l'autorise à donner lecture de cette dépêche, si elle le juge convenable, au Ministre des Affaires étrangères.

Signė: BERMUDEZ DE CASTRO.

M. de Zea Bermudez à N. Bermudez de Castro.

(Extrait.)

Rome, le 7 octobre 1865 Monsieur le Ministre, la santé du Saint-Père continue d'être excel lente, sans qu'aucun symptôme fasse craindre aujourd'hui qu'elle puisse s'altérer d'une façon grave.

En fait d'affaires politiques, il y a peu de nouveau. Ainsi que je l'ai dit à Votre Excellence, au commencement du mois prochain, le premier détachement de la division française quittera les États Romains. Ce détachement se comporera d'environ trois mille hommes qui se retireront du territoire du Sud, confinant à l'ancien royaume de Naples. Il y a toutefois encore ici des personnes (même dans le corps diplomatique) qui croient que les Français, à l'expiration du terme stipulé dans la Convention, continueront à occuper Civita-Vecchia. Mais je suis, et je reste convaincu que ce point, comme les autres des États Pontificaux, serait évacué par les troupes Impériales. C'est ce que le Gouvernement français a fait connaitre récemment encore au Cardinal secrétaire d'État, en ajoutant que, dans tous les cas, le SaintSiège pourrait compter sur son appui moral et sur son concours, car il est résolu à faire exécuter strictement les stipulations de la Convention du 15 septembre.

Le Cardinal a répondu franchement qu'il entendait et acceptait avec plaisir ces protestations et ces offres.

Enfin, le Gouvernement français a également offert au Saint-Siége des ressources pécuniaires, et tous les moyens propres à la formation d'une bonne armée nationale, mais ces offres n'ont point été acceptées par le Secrétaire d'État, qui, tout en en témoignant sa reconnaissance, déclara qu'en présence des garanties résultant du Traité FrancoItalien, le Saint-Siège n'avait point d'ennemis à combattre et ne voyait pas, dès lors, l'utilité de ces préparatifs militaires.

Signé : F. DE ZEA BERMUDEZ.

M. Bermudez de Castro à M. de Zea Bermudez.

San Ildefonso, 21 octobre 1865. Monsieur, j'ai reçu la dépêche no 163, que vous m'avez adressée sous la date du 7 de ce mois, et par laquelle vous me confirmez les nouvelles précédemment communiquées au sujet de la prochaine évacuation des États pontificaux par les troupes françaises, et vous m'annoncez que le vénérable Pie IX continue à jouir d'une bonne santé.

Comme le premier fait que vous me signalez est d'une gravité dont les conséquences sont en ce moment incalculables, le Gouvernement de Sa Majesté désire que vous le teniez exactement au courant de tout ce qui y a rapport. A cet effet, je vous prie de vous assurer et de m'infor

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