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senter la soustraction du calice comme une sacrilége innovation de l'Eglise romaine. .

Bossuet entre ensuite dans une discussion dogmatique sur tous les caractères du sacrement de l'Eucharistie , sur l'objet et la fin que Jésus-Christ s'est proposés dans son institution, et sur les effets qu'il lui a attachés. Mais le développement de toutes ces questions n'est pas de nature à entrer dans un récit historique.

Aussitôt que cet ouvrage de Bossuet sut devenu public, il excita une grande sensation parmi les Protestans eux-mêmes. C'est en parlant du Traité de la Communion sous les deux espèces, que Bayle écrivoit (et son jugement sur une pareille matière ne peut pas être suspect) : « Cet ouvrage m'a » paru forl délicat, fort spirituel, et d'une honnê» teté envers nous, qui ne peut étre assez louée ; » serré, judicieux, et déchargé de tout ce qui ne » fait pas à la question. »

Ce n'étoit pas sans raison que cet ouvrage répandoit une espèce d'inquiétude générale parmi les ministres protestans. Ils ne pouvoient guère se dissimuler

que

le plus grand nombre de leurs prosélytes, surtout dans sa classe du peuple, ne tenoit plus à leur religion que par cet acte extérieur de leur liturgie.

Ce fut dans la yue de prévenir l'impression que pouvoit produire sur la multitude le Traité de la Communion sous les deux espèces, que deux ministres protestans entreprirent de le réfuter.

Tous les deux défendirent leur cause avec talent et habileté. « Leurs réponses, dit Bossuet, sont » toutes deux de bonne main, toutes deux vives, » toutes deux savantes. » Larroque, ministre pro

testant à Rouen, justement estimé dans son parti , et déjà connu par un ouvrage intitulé : Histoire de l'Eucharistie, étoit auteur de la première. Le nom de l'auteur de la seconde est resté inconnu.

« Le premier, ajoute Bossuet (a), me traite avec » beaucoup plus de civilité en apparence, et l'au» tre affecte-au contraire je ne sais quoi de cha» grin et de rigoureux. Mais il n'importe pour le w fond; car enfin avec des tons différens, ni l'un » ni l'autre ne m'épargnent. Ils ont déterré toutes » les antiquités, et je puis dire que la matière est épuisée. »

Bossuet donna à sa réponse le titre de Défense de la tradition de la Communion sous une espèce, et il la fonda entièrement sur leurs propres aveux, et sur les témoignages mêmes qu'ils invoquoient.

Elle est composée de deux parties; l'objet de la première est de prouver que les Protestans, étant dans l'impossibilité de déterminer par l'Evangile ce qui est essentiel à la communion,

peuvent se déterminer sur cette matière

que par

l'autorité de l'Eglise et de la tradition. Il fait voir dans la seconde

que la tradition de tous les siècles, dès l'origine du christianisme, laisse la liberté d'user indifféremment d'une seule espèce, ou des deux ensemble.

Tel est le plan des deux parties qui composent cet ouvrage de Bossuet, et tel est l'état dans lequel il l'a laissé manuscrit , sans le publier.

Après sa mort, l'abbé Bossuet son neveu, le fit comprendre au nombre des ouvrages de Bos

(a) Avertissement de la Défense de la tradition de la Communion sous une espèce; OEuvres de Bossuet, tom. xxiv, p. 6, édit. de Vers. in-8°.

ils ne

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snet qu'il fut autorisé à faire imprimer par un privilége spécial dalé de 1708, et il parut pour la première fois dans les OEuvres posthumes, en 1753.

Au reste, Bossuet pensoit que l'Eglise pourroit sans inconvénient accorder l'usage du calice aux laiques, dans les pays où cet acte de condescendance deviendroit un moyen de faciliter la réuinion des Protestans. Inflexible sur tout ce qui intéressoit la pureté du dogme, Bossuet étoit toujours disposé à adopter sur la discipline tous les tempéramens que la sagesse, le bien de la paix et l'intérêt de la religion paroissoient demander. Le concile de Trente avoit déjà suffisamment indiqué le véritable esprit de l'Eglise sur cette matière, en autorisant par un décret formel le

pape

Pie IV à accorder l'usage du calice pour faire cesser le schisme qui désoloit l'Allemagne. VI. - Bossuet est favorable à la communion sous les deux

espèces en certains cas. Appuyé sur une telle autorité, Bossuet écrivoit au père Mabillon, qui se trouvoit à Rome : « (a) A v ce propos, il me vient dans l'esprit qu'il y au» roit une chose qui pourroit beaucoup, selon » toutes les nouvelles que nous recevons,

faciliter » le retour de l'Angleterre et de l'Allemagne. Ce » seroit le rétablissement de la coupe. Elle fut » rendue par le pape Pie IV dans l'Autriche et » dans la Bavière. Mais le remède n'eut pas grand » effet, parce que les esprits étoient encore trop v échauffés. La même chose accordée dans un

(a) Leltre de Bossuet au père Mabillon, 12 août 1685; OEuvres de Bossuet, tom. XXXVII, p. 307, éd. de Vers. in-8°.

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» temps plus favorable, comme celui-ci, où tout

paroît ébranlé, réussiroit mieux. Ne pourriez» vous pas en jeter quelques paroles, et sonder » un peu les sentimens là-dessus. Je crois, pour » moi, que par cette condescendance, où il n'y a » nul inconvénient qu'on ne puisse espérer de vaincre » après un usage de treize cents ans, on verroit la » ruine entière de l'hérésie. Déjà la plupart de nos » Huguenots s'en expliquent hautement.... >>

Aussitôt que Bossuet eut fait imprimer la relation de sa Conférence avec le ministre Claude, et son Traité de la Communion sous les deux espèces; il se consacra entièrement à l'administration de son diocèse.

VII. - Séminaire de Meaux. Le séminaire de Meaux fut le premier objet de ses soins et de son intérêt paternel. Il savoit que c'étoit sur ces utiles et estimables institutions, encore si récentes en France, que reposoient toutes les espérances de l'Eglise; et que c'étoit de l'esprit de cette éducation première que dépendoit en grande partie le salut des peuples confiés à ses soins.

Ce qu'il recommandoit le plus aux supérieurs de son séminaire, c'étoit d'accoutumer de bonne heure leurs élèves à parler en public, parce que le ministère de la parole est le véritable ministère évangélique que Jésus-Christ a laissé à son Eglise pour l'instruction des peuples.

C'étoit également ce qu'il recommandoit avec encore plus de force aux curés de son diocèse, lorsqu'il les réunissoit tous les ans dans ses synodes. Il les exhortoit à ne point rechercher avec affec

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tation ou avec inquiétude le pénible soin de donner à leurs discours une forme trop élégante et trop étudiée, dont la parole de Dieu n'a pas besoin pour toucher les cours. « (a) Abandonnez» vous, leur disoit Bossuet, aux seuls mouve» mens de la charité chrétienne, et l’Esprit saint » vous inspirera les paroles que vous devez dire. » Ce n'est pas l'homme qui parle, qui agit, mais » Dieu seul, qui se fait entendre par son organe, » et qui agit seul par sa grâce toute-puissante. »

Il attachoit une telle importance à former des pasteurs habitués à exercer le ministère de la

parole, que par l'article xi de l'ordonnance qu'il rendit dans le synode de 1691, il enjoint aux curés de son diocèse, « suivant les décrets des saints » conciles, de faire au moins tous les dimanches et » jours de fêtes solennelles, des instructions popu» laires et intelligibles; il les exhorte à éviter » toute prolixité inutile, pour ne pas ennuyer » et rebuter ceux qu'ils doivent consoler et in» struire. Il déclare qu'il est résolu de n'accorder de > provisions de bénéfices qu'aux curés qui seront » capables d'instruire par eux-mêmes. »

Bossuet estimoit surtout les ecclésiastiques qui remplissoient les fonctions les plus simples et les plus habituelles de leur ministère, avec piété et avec ce recueillement extérieur qui parle aux yeux de la multitude, avant même de toucher les cœurs par l'onction de la grâce que Dieu attache aux paroles de la liturgie,

Cet homme d'un génie si élevé, et toujours occupé des plus hautes pensées et des plus profondes études, n'avoit rien négligé pour s'instruire des

(a) Mis de Ledieu.

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