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plus petits détails des cérémonies ecclésiastiques. Nous apprenons par

l'abbé Ledieu lui-même (a) un trait bien naïf et bien touchant de la bonté paternelle de Bossuet, et de l'importance qu'il attachoit à l'accomplissement de toutes les formes prescrites par la liturgie. Cet ecclésiastique étoit entré chez Bossuet en qualité de secrétaire, avant niême d'être prêtre; mais lorsque Bossuet le nomma son aumônier, croira-t-on que ce fut ce grand homme qui prit lui-même la peine de l'instruire de toutes les fonctions qu'il auroit à remplir en cette qualité? Qui osera traiter une pareille attention de minutieuse, lorsque c'est Bossuet qui en donne l'exemple, pour montrer que rien ne peut être minutieux ni indifférent dans tout ce qui appartient au culte public?

C'étoit par ce sentiment de respect pour la sainteté du ministère ecclésiastique, qu'au moment où il alloit imposer les mains à de nouveaux prêtres, il ne manquoit jamais de joindre une instruction particulière aux avis et aux prières que l'Eglise adresse à ses ministres dans la cérémonie de l'ordination.

Lorsque Bossuet disoit la messe, rien ne lui échappoit; et lorsque son aumônier oublioit de lui présenter la mémoire de quelque saint dont la liturgie du jour prescrivoit la mention, Bossuet lui disoit : (6) « Vous oubliez telle ou telle chose; » et quand il doutoit et qu'on l'assuroit du contraire, il disoit à son aumônier après la messe : « Au moins je m'en repose sur vous ; il ne faut » manquer en rien. '» Il 'évitoit cependant toute affectation minutieuse (a) Mus de Ledieu. - (b) Ibid.

en ce genre comme en tout autre. Une longue habitude lui avoit donné cette facilité qui exclut toute hésitation et toute lenteur. « Il faut remplir », toutes les cérémonies avec dignité, disoit Bos» suet, mais avec la mesure convenable. Il ne faut » pas ennuyer le peuple. »

Bossuet recommandoit enfin aux curés et aux vicaires des paroisses d'adresser toujours quelques paroles d'exhortation ou d'instruction aux assistans, surtout dans l'administration des sacremens du baptême, du mariage et de la communion publique. Il en donnoit l'exemple dans toutes les circonstances. Il s'attacha même plus fortement à cet usage, lorsqu'il s'occupa avec un zèle particulier de la réunion des Protestans. Il croyoit qu'il n'y avoit pas de moyen plus sûr de les gagner, et de leur faire aimer le service de l'Eglise.

(a) Il n'assistoit pas habituellement aux offices publics de son église cathédrale, si ce n'étoit quelquefois le samedi à vêpres, et jamais les autres jours de la semaine. Les dimanches et fêtes il alloit assez souvent à la grand’messe et à vêpres, mais il se trouvoit toujours au sermon. Ses grands travaux, ses études continuelles et nécessaires ne lui permettoient pas d'être plus assidu.

La nature, qui avoit favorisé Bossuet de tous les avantages extérieurs, lui avoit donné une voix douce, sonore, flexible, étendue, mais en même temps grave, ferme, et telle qu'elle convenoit à un pontife digne de représenter la religion dans toute sa majesté. 7.d. viis

Bossuet', en prenant possession de sa chaire' épiscopale, avoit pris l'engagement d'annoncer

*) Mts, de Ledieu.

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lui-même la parole de Dieu à son peuple, à l'époque de toutes les fêtes solennelles de l'Eglise. Il fut fidèle à cet engagement pendant tout le reste de sa vie, jusqu'à la maladie qui le conduisit au tombeau..

Nous apprenons même par ses contemporains, qu'il n'étoit jamais plus profond et plus sublime, que dans les sermons qu'il prêchoit dans son église sur les mystères de la religion. Mais il n'écrivoit plus ses sermons, depuis qu'il étoit devenu évêque de Meaux. Il se bornoit à en indiquer légèrement le texte, le plan et quelques-unes des preuves et des autorités qui devoient servir à en développer les différentes parties.

L'abbé Fleury et l'abbé Ledieu entrèrent un jour dans son cabinet, au moment où il se disposoit à monter en chaire; ils le trouvèrent à genoux, nu-lête, un évangile à la main, recueilli dans la méditation du sujet qu'il devoit traiter. Ce fut, le reste de sa vie, sa seule préparation pour annoncer la parole de Dieu (a). .

« Comme c'est à la conscience, disoit Bossuet, » que parlent les prédicateurs, ils ne doivent re» 'chercher ni les faux brillans, ni des traits d'es» prit, ni une vaine harmonie, mais des éclairs » qui percent, un tonnerre qui émeuve, une foudre » qui brise les cours ; et où trouveront-ils ces gran>> des choses, s'ils ne font luire la vérité, et parler » Jésus-Christ lui-même? Dieu a les orages en sa

main; il n'appartient qu'à lui de faire éclater » dans les nues le bruit du tonnerre. Il lui

apparv tient beaucoup plus d'éclairer et de tonner dans » les consciences, et de fendre les cours endurcis

(a) Mts de Ledieu.

» par des coups de foudre. S'il y avoit un prédica» teur assez téméraire pour attendre ces grands ef» fets de son éloquence, il me semble que Dieu » lui dit comme à Job : SI TU CROIS AVOIR UN BRAS » COMME Dieu , ET TONNER D'UNE VOIX SEMBLABLE, » ACHÈVE, ET FAIS LE DIEU TOUT-A-FAIT. »

Bossuet se plaignoit dans les derniers temps de sa vie (a), « de ce qu'un grand nombre de prédi» cateurs commençoient à négliger de précher les » MYSTÈRES, qu'il croyoit cependant plus néces» saire d'annoncer dans un temps les hommes » devenoient plus hardis à debiter leurs imagina» tions pour affoiblir la foi. Le silence des prédi» cateurs sur les points fondamentaux du chris» tianisme lui paroissoit une lácheté. Comment, » disoit.il, veut-on que Jésus-Christ soit aimé, si on » ne le fait connoître ? »

Jusque dans sa dernière vieillesse, et parvenu déjà à cette époque où ses cruelles infirmités lui permettoient à peine de se soutenir, Bossuet retrouvoit encore des forces pour monter dans sa chaire épiscopale. Nous voyons par le Journal manuscrit de l'abbé Ledieu , que le 18 juin 1702, jour de l'octave du Saint Sacrement, Bossuet, âgé alors de près de soixante-quinze ans, « parla une heure en» tière avec une voix très-nette et très-intelligible, - » et sans aucune incommodité. Le sujet étoit la fré» quente communion. Il exposa les prétextes qu'on

allègue ordinairement pour s'éloigner de ce sa» crement, la crainte, le respect, les distractions de » la vie ordinaire. Il apposa à ces prétextes l'exem» ple des premiers Chrétiens, qui communioient tous » les jours; que cependant, du temps des premiers (2) Mts. de Ledieu.

» fidèles, les mêmes soins de la vie et les mêmes » distractions existoient, ce qui ne les empêchoit

pas de fréquenter habituellement la sainte table. » Il exhorta les fidèles qui l'écoutoient à suivre un » si bel exemple; et il demanda cette consolation » à son peuple avant sa mort. »

C'est la dernière fois qu'il prêcha dans son eglise; et l'abbé Ledieu nous a conservé les paroles touchantes et paternelles qui terminèrent ce sermon. Elles semblent exprimer le pressentiment secret qu'avoit Bossuet, que ces paroles étoient les dernières que le peuple de Meaux entendroit de sa bouche, « JE VEUX, dit Bossuet, QUE VOUS VOUS » SOUVENIEZ QU'UN CERTAIN ÉVÊQUE VOTRE PASTEUR , » QUI FAISOIT PROFESSION DE PRÊCHER LA VÉRITÉ, ET » DE LA SOUTENIR SANS DÉGUISEMENT, A' REGUEILLI EN » UN SEUL DISCOURS LES VÉRITÉS CAPITALES DE VOTRE

» SALUT. »

VIII. - Des missions."

Bossuet ne se bornoit pas à prêcher dans sa cathédrale, et dans les autres paroisses de son diocèse, lorsqu'il y faisoit sa visite pastorale; il fit lui-même plusieurs missions dans le diocèse de Meaux.

La mémoire des succès qu'il avoit autrefois obtenus à Metz

par
des missions

pour la conversion des Protestans, le confirma dans la pensée d'établir des missions semblables dans le diocèse de Meaux.

A peine y fut-il arrivé, qu'il donna une' mission dans les paroisses de la ville de Meaux. Il choisit pour coopérateur dans cette pieuse entreprise l'abbé de Fénélon, l'abbé Fleury, et des Pères de

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