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l'Oratoire, qui en avoient contracté l'obligation par le titre d'union de l'abbaye de Juilly à leur maison de la rue Saint-Honoré. Nous

remarquons avec plaisir cette circonstance : elle nous montre déjà Bossuet associant Fénélon aux actes publics de son ministère. Leur liaison remontoit aux premières années de la jeunesse de Fénelon. Bossuet s'était plu à cultiver ses heureuses et naissantes dispositions; et telle est la destinée de ces deux grands hommes , qu'on ne prononce jamais leurs noms qu'avec un égal respect, lors même qu'on pense aux tristes et affligeantes discussions qui répandirent tant d'amertume sur les dernières années de leur vie (1).

IX. — Des conférences ecclésiastiques. Bossuet donna une forme plus étendue et plus (1) Un manuscrit déposé à l'abbaye de Saint-Faron donne quelques détails sur cette mission.

« Le 27 février 1684, deuxième dimanche du carême, » M. l'évêque de Meaux prêcha en l'église cathédrale; et » un abbé nommé M. de la Mothe- Fénelon fit une exhorta» tion qu'on nomme prière, à cinq heures du soir, en ladite

église, M. de Meaux présent, et continua les dites exhorta» tions, où l'on récitoit les prières du soir, jusqu'au 12 mars, » qui étoit le quatrième dimanche du carême, que ledit sei» gneur évêque prêcha, et fit les mêmes prières à cinq heures » et demie du soir; et le lundi et mardi un autre prédica» teur prêcha à la même heure, et fit les mêmes prières; le » mercredi, ledit seigneur évêque fit lui-même ladite prière, » et prêcha à la même heure. Le jeudi et le vendredi ce » fut le même prédicateur du lundi; et le samedi ce fut » M. l'abbé de Fénelon; le dimanche de la Passion, M. l'é.. » vêque prêcha le soir, et fit la prière; le lundi, M. de

nelon; le mardi, M. l'abbé Fleury; le inercredi, M. út » Fénelon; le samedi, qui étoit le jour de Notre-rame, » M. l'évêque.

»

régulière aux conférences ecclésiastiques, qu'il trouva établies dans son diocèse. M. Séguier, l'un de ses prédécesseurs, avoit conçu l'idée de cette utile institution. Ce prélat avoit partagé le diocèse de Meaux en dis ou douze arrondissemens, dont les curés et les vicaires se réunissoient une ou deux fois tous les mois pendant la belle saison pour conférer ensemble sur les points de morale et de discipline qui doivent les diriger dans l'exercice de leur ministère.

Mais le relâchement s'étoit introduit dans cette partie du gouvernement ecclésiastique du diocèse de Meaux. M. de Ligny, successeur de M. Séguier, s'en plaignoit déjà dans une lettre pastorale de 1670; et il fit tous ses efforts pour rendre à ces conférences tous leurs avantages, et y faire renaitre une utile émulation. C'est ce que Bossuet luimême reconnoissoit vingt ans après, en attestant le grand fruit qu'elles avoient produit.

Il s'attacha à perfectionner encore davantage une institution dont il sentoit et prévoyoit mieux que personne les heureux résultats. Il voulut se charger de tracer de sa propre main l'ordre des matières qui devoient former le sujet de chaque conférence; et il se proposa d'y faire entrer successivement tous les points de morale et de discipline qui se représentent le plus souvent dans la direction des consciences et dans la conduite des ames.

Il appuyoit par l'autorité de son exemple l'assiduité qu'il demandoit aux ecclésiastiques de son diocèse. Il étoit exact à se trouver aux conférences qui se tenoient dans sa ville épiscopale, soit qu'il fût à Meaux, soit qu'il fût à sa maison de campagne

de Germigny (a). Il se rendoit même souvent à celle des autres cantons du diocèse, sans autre motif que d'aller y présider, régler le travail des curés, et s'établir en quelque sorte le guide et le directeur de leurs études.

Ce qui étoit alors bien remarquable en Bossuet, c'étoit la simplicité qu'il montroit dans la réunion de ces différentes portions de son clergé répandues dans les campagnes, et loin du commerce des hommes. Il encourageoit ceux qui parloient, pour exciter les autres à s'exercer à parler en public avec facilité. Dans ces occasions, il ne laissoit apercevoir que la simplicité évangélique. Il leur traçoit par le langage familier et populaire qu'il adoptoit, le modèle de celui dont ils devoient eux-mêmes se servir pour parler à des hommes simples et ignorans.

Après avoir entendu la discussion des différentes matières qui formoient l'objet de la conférence, Bossuet prononçoit lui-même sa décision sur les questions difficiles, douteuses ou importantes.

On a conservé long-temps dans le diocèse de Meaux le souvenir de la décision que donna Bossuet sur un point très-important de la discipline ecclésiastique.

(6) C'étoit dans la paroisse de Rovoy, prieuré, dont les Pères de l'Oratoire étaient titulaires. On y traitoit de la question de la pluralité des néfices, Elle fut examinée et discutée en présence de Bossuet. On la résolut par l'autorité des canons. Il loua la décision, la confirma, et l'appuya par de nouvelles preuves. Cependant l'abbaye de SaintLucien, et deux prieurés (1) qu'il possédoit avec son

(a) Mts. de Ledieu. - (1) Ibid.

(1) Le prieuré du Plessis-Grimaux et celui de Gassicourt, d'un reyenu assez médiocre.

évêché de Meaux, formoient contre lui-même une objection très-naturelle. Il sentit bien qu'elle se présentoit involontairement à la pensée de tous ceux qui venoient d'entendre sa décision. Il ne chercha ni à la dissimuler, ni à l'affoiblir. Il prit la parole, et déclara hautement que sa conduite personnelle sembloit démentir les maximes qu'il venoit d'établir et de consacrer si solennellement. « (a) Il exposa ingénument les raisons qui le por» toient à présumer qu'il étoit dans le cas d'une lé» gitime dispense ; qu'il se trouvoit chargé par une » disposition marquée de la Providence, de l'in» struction d'un grand nombre de Protestans, quis’a» dressoient à lui non-seulement en France, mais de » toutes les parties de l'Europe; que dans ce grand » nombre il se trouvoit beaucoup de ministres; qu'il » étoit non-seulement obligé de les recevoir chez » lui pour leur donner une retraite, mais encore » de leur donner des

secours,

sans lesquels ils se» roient exposés à des regrets ou à des séductions, » dont la charité vouloit qu'on les garantit; qu'il » falloit aider des fugitifs , qui demandoient à re» venir dans le royaume, et à qui tous les moyens v manquoient, parce qu'ils, avoient perdu leurs » biens en abandonnant leur patrie, et qu'ils renon» çoient aux avantages qu'ils trouvoient et qu'ils » pouvoient espérer dans les pays étrangers; que » c'étoient quelquefois des familles entières, dont il » falloit faciliter le retour, et qu'il étoit nécessaire » encore de faire subsister, jusqu'à ce qu'ils pussent, » ou rentrer dans leurs biens , ou obtenir des bien» fails du Roi; que les revenus de son évêché, ne » le mettant point en état de subvenir à tant de » nécessités, il avoit cru pouvoir profiter de la res

(a) Mts. de Ledieu.

» source que lui mettoient en main des bénéfices, » dont il consacroit les revenus à l'usage le plus utile » à l'Eglise,et à l'oeuvre de charité la plus pressante.»

Bossuet n'avoit assurément pas besoin d'une pareille apologie. Sa conduite publique et privée le justifioit assez aux yeux de toute l'Eglise. Personne n'ignoroit en France, et même dans toute l'Europe, que Germigny étoit un asile toujours ouvert, et presque toujours rempli de ministres, ou de Protestans distingués, qui venoient puiser dans les lumières de ce grand homme la solution de leurs doutes, et dans sa générosité, les secours que leur situation rendoit indispensables (1).

X-Visites pastorales. Bossuet a été peut-être celui de tous les évêques qui, pendant tout son épiscopat, s'est montré le plus exact à visiter son diocèse, malgré les travaux de tous les genres, et les affaires importantes qui ont rempli sa vie.

Il croyoit ne devoir s'en rapporter qu'à luimême, pour acquérir toutes ces connoissances de détails, dont la variété est soumise à des circonstances locales, souvent même à des coulumes et à des dispositions singulières, qui exigent un emploi sage et mesuré du zèle, de la charité et de l'autorité.

C'est surtout dans les visites pastorales, que se déploient d'une manière plus sensible aux regards, et sous une forme plus touchante, la dignité et la charité du ministère épiscopal. Les honneurs, dont la piété ou la coutume se sont plu à environner les évêques dans ces occasions solennelles, les

(1) Voyez les pièces justificatives de ce livre (no 1).

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