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tion. C'est un exposé de toute la législation de l’Eglise sur le culte public et sur les solennités. religieuses.

On observe facilement que ce n'est plus à des enfans que Bossuet se borne à parler, il parle aux Chrétiens de tout âge et de tout sexe; et il leur fait connoître tout ce qu'exige de leur part la religion qu'ils professent, et le culte qui en fait une partie si importante (1).

XVI. - Instruction des nouveaux convertis.

La révocation de l'Edit de Nantes en 1685 donna une nouvelle activité au zèle de Bossuet pour

l'instruction des nouvcaux convertis.

Par une circonstance singulière, le diocèse de Meaux, qui avoit été le berceau du calvinisme en France, en fut aussi le tombeau. On sait que la ville de Meaux fut la première qui vit s'élever dans l'enceinte de ses murs une église prétendue réformée. Mais ce qui est peut-être moins connu, c'est que ce fut dans le diocèse de Meaux que se tint à Lisy, en 1683, sous l'épiscopat même de Bossuet, le dernier synode national assemblé avec l'autorisation du gouvernement (a). Ce synode est non-seulement remarquable parce qu'il est le dernier qu'on ait vu en France, mais encore parce que le Roi, qui jusqu'alors s'étoit contenté d'envoyer aux synodes nutionaux des commissaires protestans pour y maintenir l'ordre, nomma au synode de Lisy un commissaire catholique. Ce qu'il y eut de plus extraordinaire encore, c'est qu'on lui adjoignit un ecclésiastique pour

(a) Histoire de l'Eglise de Meaux, par dom Toussaint Duplessis.

(1) Le Catechisme de Bossuet fut imprimé en 1687.

second commissaire. Ce fut l'abbé de Saint-André (1), jeune encore, et qui depuis a été grand-vicaire et official de Meaux sous le cardinal de Bissy. Il a survécu près de soixante ans à cet événement assez singulier dans la vie d'un ecclésiastique.

Ce fut en effet la seule et dernière fois qu'on a vu en France un prêtre revêtu d'une semblable commission. Ce synode se tint au mois d'août 1683, et dura environ trois semaines. Il fut composé de cinquante-quatre ministres, et présidé par Allix, le plus accrédité des ministres de Charenlon. Le ministre Claude y parut, non comme membre du synode, mais pour lui présenter une demande particulière qui fut rejetée.

On prêchoit deux fois par jour, et les ministres qui s'étoient partagé ces prédications, les ramenoient ordinairement à la morale. Les meurs des Catholiques y étoient souvent censurées, avec circonspection néanmoins, par respect pour les commissaires du Roi. Un jour cependant le ministre Allix ne craignit point de s'abandonner à son zèle plein de fiel et d'aigreur. Mais le premier commissaire se levant pour lui imposer silence, lui dit : « Monsieur, si vous continuez sur ce lon, je vous » ferai sortir de la chaire et de l'assemblée. Appre» nez à parler respectueusement de la religion que » professe votre souverain. »

Lorsque Bossuet devint évêque de Meaux, il n’existoit dans son diocèse qu'environ trois mille Calvinistes, dont la plupart de basse condition ignoroient les maximes les plus communes de la religion qu'ils professoient, et les premiers élémens de leur

(1) Il avoit trente-un ans. Il est mort en 1740 , âgé de quatre-vingt-huit ans.

propre catéchisme. Mais 'ils étoient, comme il arrive presque toujours, si entêtés dans leur ignorance, qu'on ne pouvoit les instruire qu'avec beaucoup de patience dans des conférences particulières (1).

A l'époque de la révocation de l'Edit de Nantes, Bossuet établit à Meaux, dans la chapelle de son palais, des conférences réglées, où il réunissoit les nouveaux convertis.

Mais au lieu de s'entendre et de se rapprocher, les esprits s’aigrissoient dans ces espèces de luttes publiques; elles finirent par devenir tumultueuses, et il fallut changer de plan. On substitua à ces conférences publiques des entretiens particuliers, où l'on appeloit successivement chaque famille. Bossuet se réserva l'instruction des familles de la ville et des lieux voisins. « Ce qui réussit mieux, dit l'abbé Le v dieu, et n'a pas eu néanmoins un effet fort con» sidérable. »

(1) L'abbé Ledieu rapporte un trait singulier, qui donne toute la mesure de leur instruction.

« Le 15 décembre 1685, écrit l'abbé Ledieu, les Cafets, » c'est ainsi qu'on appeloit les vignerons habitans du fau» bourg de Saint-Nicolas de Meaux, furent trouver M. de » Meaux en son palais épiscopal, pour faire abjuration » entre ses mains. En se présentant à lui, ils le saluèrent, » et lui dirent: Je ne doutons plus, el sommes convaincus > qu'il faut étre Catholique, et nous convertir entre vos » mains. Mais, Monseigneur, je ne voulons pas obéir au

Pape.

On se doute bien que Bossnet ne perdit pas son temps à raisonner avec ces puissans théologiens. Il se borna à leur répondre: « Qu'appelez-vous obéir au Pape? le Roi » lui obéit bien, et moi je lui obéis. Il n'en fallut pas das » vantage pour achever de les convaincre. Ainsi, ils firent » leur abjuration, et la signèrent. » Manuscrits de Ledieu.

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La Ferté-sous-Jouarre était, après la ville de Meaux, le lieu le plus considérable du diocèse, et celui où l'on comptoit le plus de Protestans. Bossuet chargea trois ecclésiastiques d'y faire une mission qui dura tout l'Avent. Il s'y rendit souvent luimême pour

exciter le zèle des missionnaires par sa présence et ses avis. Un ecclésiastique surnuméraire étoit uniquement destiné à l'instruction des nouveaux convertis, et à perpétuer le bien que les missionnaires avoient commencé. Il établit des institutions semblables dans les endroits principaux de son diocèse. Le prêtre qu'il y plaçoit n'étoit chargé que d'instruire et de diriger ces néophytes, dont la foi étoit encore si chancelante et si incertaine, mais qui promettoient au moins une nouvelle génération dont la foi seroit moins équivoque et plus éclairée. Bossuet eut soin en même temps de

pourvoir de maîtres et des maîtresses d'école toutes les paroisses qui en manquoient.

A la tête de tous ces établissemens particuliers, il plaça comme directeur-général le sieur Chabert, ecclésiastique dont le zèle et les talens étoient éprouvés depuis quatorze ans, et avoient obtenu la confiance générale. Il le chargea d'entretenir des rapports suivis avec tous les nouveaux Catholiques, de régler tout ce qui concernoit leurs mariages, et de les exhorter à remplir leurs devoirs de religion.

Il eut recours pour toutes ces institutions à la li. béralité du Roi, qui avoit annoncé sa disposition à concourir au succès de ce grand ouvrage. On peut se faire une idée de ce genre de secours par un més moire que Bossuet présenta lui-même.

Il se bornoit à demander , 10 un honoraire pour quatre prêtres employés spécialement à l'instruc

tion des nouveaux convertis, et il' fixoit cet honoraire

pour chacun d'eux à quatre cents livres; 2o un traitement pour trois maîtres et deux maîtresses d'école pour quelques paroisses qu'il indiquoit; 3° deux places aux nouvelles Catholiques pour deux demoiselles qui se trouvoient sans père, sans mère et sans bien. Enfin, il supplioit le Roi de convertir en une pension annuelle la gratification de quatre cents livres qu'il avoit la bonté d'accorder à l'ecclésiastique chargé de surveiller tous ces établissemens.

Tels étoient les foibles moyens que Bossuet jugeoit suffisans pour opérer de grandes choses. Les gouvernemens n'ont pas toujours paru assez convaincus de tout ce qu'ils pouvoient faire de bon et d'utile avec le seul secours des instrumens de la re. ligion. Le nécessaire suffit à des hommes supérieurs aux besoins du luxe et de la mollesse. Ceux qui n'ont en vue que Dieu et la religion , n'ont pas même besoin de la gloire humaine. Mais les gouvernemens ont besoin de leur assurer pour leur propre intérêt cette espèce de considération publique; sans laquelle leur ministère perd une partie de son influence sur l'opinion des peuples. Les établissemens durables, les monumeus inimortels sont toujours ceux qui reposent sur la religion. Le christianisme s'est établi sans le secours des hommes et malgré la résistance des hommes, et Bossuet disoit souvent avec un sentiment profond d'admiration (a) : « Il semble que les apôtres et » leurs premiers disciples aient travaillé sous terre, » pour établir tant d'Eglises en si peu

de

temps, » sans que l'on sache conment. »

Lorsque Bossuet jugea que les nouveaux con(a) Notes manuscrites de L'abbé Fleury.

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