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XX,- Elevations sur les mystères, Meditations sur

l'Evangile.

Nous devons également à la respectable sollicitude de Bossuet pour les religieuses de son diocèse deux de ses plus beaux ouvrages, les Elevations -sur les Mystères (4), et les Méditations sur l'Evangile (6)

Les Médilations sur l'Evangile furent composées les premières, quoiqu'elles ne paroissent être que la suite des Elevations sur les Mystères. Les Méditations commencent où finissent les Elevations, au sermon de Jésus-Christ sur la montagne, et se terminent aux dernières instructions qu'il donna, à ses apôtres avant sa passion.

Dans les Elevations, Bossuet considère la religion

dès son origine, et il la-suit dans tous ses âges jusqu'à la prédication du Sauveur.

Dans les Meditations, Bossuet développe les grandes vérités que la philosophie profane avoit méconnues ou altérées, et que Jésus-CHRIST est venu apprendre aux hommes. Il approfondit l'ouvrage de la rédemption dans son principe, ses moyens el ses effets.

Le style des Méditations est plus simple que celui des Elevations, la nature du sujet le demandoit; tout, dans les Méditations, respire JésusChrist crucifié. Tout annonce, dans les Elevations, la grandeur d'un Dieu, qui montre également sa toute-puissance dans ce qu'il laisse voir et dans ce qu'il dérobe à notre vue; qui accorde aux hommes sur la terre l'intelligence nécessaire pour 'le con

(a) OEuvres de Bossuet, tom. vol. (b) Ibid. tom. 1x etix, édit. de Vers. in-8°.

noitre et l'aimer, et qui leur réserve pour prix de leur foi et de leur soumission la faculté de le-comprendre et de le posséder dans une autre vie (1). Mais ce qui se fait le plus remarquer

dans la conception et dans l'exécution de ces deux ouvrages, c'est qu'ils : renferment le corps entier de la religion. Les Elevations développent lous les dogmes du christianisme, les Méditations en exposent toute la morale; et lorsqu'on a su se bien pénétrer de ces deux ouvrages de Bossuet, on éprouve une sorte de repos d'esprit et de satisfaction du cæur, qui ne laissent aux mystères de la religion que la sainte obscurité don't Dieu lui-même a voulu les couvrir, et qui répandent sur la morale de l'Evangile une pureté, une douceur et un éclat qui montrent qu'elle n'est pas moins faite pour rendre les hommes heureux que pour les frendre vertueux.

Bossuet, en écrivant-ses Elevations et ses Méditations, ne s'astreint à aucun plan. Il parle des mys

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(1) Elles étoient achevées en 1695, ainsi qu'on le voit par la lettre qu'il écrivit le 6 juillet 1695 aux religieuses de la Visitation de Meaux.

« Je vous adresse, mes filles, ces Meditations sur l’Es s» vangile, comme à celles en qui j'espère qu'elles porte

ront les fruits les plus abondans. C'est pour quelques-unes ** de vous qu'elles ont été commencées, et vous les avez re»içues avec tant de joie, que ce m'a été une marque qu'elles » étoient pour vous toutes. Recevez-les 'dong comme un

lémoignage de la sainte affection qui m'unit à vous, comme » étant d'humbles et véritables filles de saint François de » Sales, qui est l'honneur de l'épiscopať et la lumière de w notre siècle. »

Les religieuses de la Višitation de Meaux avoient conservé précieusement l'original de cette lettre avec l'ouvrage même 321

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tères de la religion, selon qu'il les trouve indiqués dans les livres saints, el de la morale chrétienne, selon que Jésus-Christ l'a exposée lui-même dans son Evangile. Ses réflexions, ses preuves, ses mouvemens d’éloquence, sortent naturellement et sans effort, quoiqu'avec une force irrésistible, du fond même du texte sacré. C'est le texte seul de l'Ecriture qui le conduit et l'entraîne. Il ne cherche jamais à ramener l'inspiration divine à l'appui des pensées d'un homme.

Lorsque Bossuet veut parler de la génération éternelle du Verbe, son vol audacieux semble le porter jusqu'aux hauteurs d'où saint Jean l'Evangéliste révèle ce grand mystère.

« Ou vais-je donc me perdre? dans quelle pro» fondeur? dans quel abîme? Jésus-Christ avant o tous les temps peut-il être l'objet de nos connois» sances ? Sans doute , puisque c'est à nous qu'est » adressé l'Evangile. Allons, marchons sous la con

duite de l'aigle des évangélistes, de Jean, enfant » du tonnerre, qui ne parle point un langage hu>> main, qui tonne, qui étourdit, qui abat tout es» prit créé sous l'esprit de la foi, lorsque par un » rapide vol, fendant les airs, perçant les nues, » s'élevant au-dessus des anges, des Vertus, des » chérubins et des séraphins, il entonne son Evan» gile par ces mots : AU COMMENCEMENT ÉTOIT LE » VERBE, et c'est par là où il commence à faire » connoître Jésus-CHRÍST. 'n

Bossuet n'a point voulu dans ses Elevations et ses Méditations, donner un traité dogmatique sur la religion, et il le dit lui-même :

« Vous croyez que j'irai résoudre tous les dou» tes, et contenter vos désirs curieux; vous vous

» trompez. Je n'ai pas pris la plume à la main pour » vous apprendre les pensées des hommes. »

Cependant on y trouve souvent des réflexions rapides et lumineuses qui lui échappent malgré lui, et qui obtiennent la conviction de l'esprit : « Si Dieu astreint la nature à de certaines lois, » il ne s'y astreint lui-même qu'autant qu'il lui » plaît. Il se réserve le pouvoir suprême de déta» cher les effets qu'il voudra des causes qu'il leur » a données dans l'ordre commun, et de produire » ces ouvrages extraordinaires que nous appelons >> miracles, selon qu'il plaira à sa sagesse éternelle » de les dispenser. »

Bossuet semble avoir voulu renfermer dans ses Elévations et ses Méditations tout ce qui concerne la foi et les meurs. Souvent même des observations aussi justes que fines et profondes sur la nature de l'homme et les sentimens les plus secrets de son coeur, viennent se mêler à la contemplation des plus hautes vérités de la religion; et son style semble prendre alors un caratère plus doux et plus sensible.

En lisant les Elevations sur les mystères et les Méditations sur l'Evangile, on apprend à connoître Dieu, les hommes, et soi-même; et ces deux ouvrages peuvent tenir lieu d'un grand nombre de livres sur la religion et la morale. M. de la Harpe a dit avec raison : Ceux qui n'ont pas lu les Méditations et les Elévations ne connoissent pas tout Bossuet (1).

Bossuet ne se borna point à entretenir l'ordre,

(1) Voyez les pièces justificatives du livre septième, sur. l'authenticité des Elevations sur les mystères et des ditations sur l'Evangile.

la régularité et la piété dans les communautés religieuses immédiatement soumises à son autorité; il entreprit de rétablir l'exercice de sa juridiction sur plusieurs monastères célèbres qui s'y étoient soustraits , ou qui prétendoient en être exempts en s'appuyant sur des litres équivoques ou abusifs; il a signalé son épiscopat par plusieurs conquêtes de ce genre, dignes de son zèle pour la pureté de la discipline, et pour le véritable esprit du gouvernement de l'Eglise.

XXI. - Bossuet soumet à sa juridiction l'abbaye de

Faremoutier.

Dès le moment où il fut nommé à l'évêché de Mcaux , Bossuet se trouva engagé dans une procédure que M. de Ligny, son prédécesseur, avoit commencée contre l'abbesse de Faremoutier. Le 12 février 1682., peu de jours seulement après qu'il eut pris possession de son siége, il eut le bonheur de terminer par une transaction, dont l'archevêque de Rheims et les évêques de la Rochelle et de Beauvais (1) furent les arbitres, toutes les discussions qui existoient entre l'évêché de Meaux et l'abbaye de Faremoutier. Cette transaction, dont il seroit peu important aujourd'hui de faire connoître loutes les dispositions, fut revêtue de lettres-patentes en date du 14 avril 1682 (a).

(a) Histoire de l'église de Meaux.

(1) Toussaint de Forbin-Janson, nommé à l'évêché de Digne en 1653, transféré à celui de Marseille en 1668, et enfin à l'évêché de Beauvais on 1679, nommé commandeur de l'ordre du Saint-Esprit en 1689, cardinal en 1690, grand-aumônier de France en 1706, mort en 1713, âgé de quatre-vingts ans.

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