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AVERTISSEMENT

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L'ÉDITEUR.

On croit devoir placer, à la suite des deux mémoires qui précèdent, un fragment historique, écrit en juillet 1803, contenant un JUGEMENT ANTICIPÉ SUR BUONAPARTE, et une esquisse rapide des bienfaits qu'il pouvoit procurer à la France et à l’Europe, s'il avoit su gouverner avec sagesse, apprécier sa position et ses véritables intérêts, consulter l'opinion de ses contemporains, attacher quelque prix aux suffrages de la postérité. Mais, il n'a su vivre

que dans le présent, et ne s'est point élevé à des pensées d’avenir. Il a toujours recherché la puissance, et jamais la gloire; son avantage personnel, et jamais le bien public. Il n'a point consulté la vérité ni la vertu, mais ses passions et ses flatteurs. Il n'a eu constamment en vue que les intérêts grossiers de son ambition et de son orgueil; jamais les nobles intérêts de la patrie

et de l'humanité. Il s'est trahi lui - même en trahissant son siècle.

Une règle et des principes de conduite absolument opposés, en assurant le repos et le bonheur des peuples, auroient affermi sa puissance, et lui auroient procuré une gloire durable. Son exemple et sa chute doivent apprendre aux princes souverains que la probité est la meilleure politique.

La véritable science des rois n'est point d'opprimer leurs sujets, de ravager les autres pays par la guerre,

guerre, d'agrandir leurs états par des conquêtes; mais, de faire aimer leur autorité, de rendre leurs peuples heureux, de se faire estimer des autres gouvernemens et des autres peuples par leur modération, par leur fidélité à faire observer les traités et à maintenir la paix,

Un second fragment, écrit en janvier 1804, présente un aperçu des institutions publiques des François; corrompues par la nature de leur gouvernement, et par l'égoïsme du maître

absolu, qui, rapportant tout à lui seul, croyoit devoir avilir et dégrader les hommes, pour en faire les instrumens passifs de ses volontés. Celui qui ne veut s'appuyer que sur la corruption, et qui prend tous les vices pour auxiliaires, énerve lui – même les élémens de sa puissance.

Dans un troisième fragment, sur la situation morale et politique de la France et de l'Europe, au mois de mai 1805, on voit croître la corruption des mæurs publiques avec la domination de Buonaparte. On voit commencer et s'étendre la démoralisation des armées françoises et l'action violente de l'oppresseur du monde, qui présageoit dès lors une réaction terrible, inévitable et prochaine des états long-temps opprimés, contre les auteurs, même involontaires, de leurs maux.

Enfin, une quatrième et dernière Note historique écrite au mois d'octobre 1813, reproduit la situation déplorable de la France, armées et des différentes parties du continent,

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livrées, à cette époque, à tous les fléaux qu'une guerre d'extermination entraine après elle.

Puissent ces tableaux fidèles de nos calamités récentes, dont une servile condescendance aux caprices de notre tyran a été la première cause, nous pénétrer d'une salutaire indignation contre les ambitieux , les despotes et les conquérans , et prévenir le retour des fautes qui ont été communes à tous les gouvernemens et à tous les peuples, également frappés de vertige, et que nous avons tous si cruellement expiées !..... 15 septembre 1815.

A. DE CLENDI.

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FRAGMENT HISTORIQUE ET PROPHÉTIQUE

SUR BUONA PARTE, Tiré de Mémoires particuliers, écrits en

1803 (1).

....« O France, tu devois être l'exemple du monde ! ANGLETERRE, tu ne devois rivaliser

(1) Lorsqu'en 1803 la France entière avoit subi la loi de Napoléon; quand elle lui abandonnoit ses destinées; quand tontes les vois sembloient former, en fa· veur du héros, un concert unanime de louanges; quand

l'Europe elle-même, séduite par de trompeuses promesses, croyoit voir s'ouvrir pour elle un avenir de pais et de bonheur, quelques observateurs politiques, doués d'une prévoyance malheureusement inutile , dont leurs contemporains n'étoient pas en état de profiter, calculoient, dans le silence, les inévitables calamités qui menacoient la France et l'Europe, livrées aux mains d'un pareil guide.

L'un de ces hommes, que le caractère d'ambition insatiable de Napoléon avoit trop éclairé sur les suites funestes que cette ambition devoit entraîner, si elle n'étoit pas arrêtée dans sa marche, avoit irrité l'orgueil et mérité la disgrâce da maître absolu, en lui présen

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