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avec la France de

que sagesse et de prospérité! ITALIE, tu allois cesser d'être une arène tou

tant, avec une noble franchise, des vérités reconnues aujourd'hui prophétiques, pour prévenir les abus de la victoire, la dévastation de l'Europe et la ruine de la France. Il étoit méconnu, dédaigné, repoussé de ceux même dont il travailloit à conserver la fortune,

la puissance, l'honneur, en voulant sauver la patrie, et qui ne voyoient en lui qu'un politique morose, un frondeur dangereux, un sujet factieux et rebelle. Il écrivit, dans son exil, au mois de juillet 1803, le FRAGMENT que nous publions, et que nous avons tiré, sans y

faire aucun changement, de mémoires particuliers, dans lesquels il aimoit à déposer ses pensées les plus secrètes et ses pressentimens.

L'auteur de ce fragment trace une esquisse rapide de ce que Napoléon auroit pu et dû faire, au profit de la civilisation européenne, pour affermir la paix générale par un équilibre fortement garanti, et pour développer tous les élemens de la prospérité, par des institutions vraiment libérales, par un gouvernement sage et modéré. On reprochèra moins, en effet, à Napoléon les immenses malheurs dont son ambition a été la cause, que le bien immense qu'il n'a point su, ni voulu faire, et que ses contemporains avoient droit d'attendre de lui, s'il avoit eu la conscience de son rôle, de ses devoirs, de sa véritable gloire; s'il avoit su fermer les plaies de la révolution, an lieu de les rouvrir et d'en faire de nouvelles plus profondes, non-seulement à la

jours ensanglantée; tu devenois un état fédératif , indépendant de tes voisins , libre et heureux par une paix perpétuelle et

par
la

sage harmonie de tes différens gouvernemens ! HolLANDE, tu bénissois l'influence françoise, et tu jouissois de tes trésors et de ton industrie ! HELVÉTIE, tu conservois tes mæurs et tes lois, et tu ne voyois pas tes familles errantes au delà des mers! ESPAGNE, tu voyois renaître ton agriculture, ton commerce et ton génie national ! Égypte, la civilisation, les arts , la propriété et la liberté reparoissoient sur ton sol dégénéré ! POLOGNE, tu renaissois de tes cendres ! CORPS GERMANIQUE, une organisation forte et libérale , appropriée à l'état actuel des lumières, garantissoit ton indépendance et tes droits ! L'AUTRICHE et les divers états de L'ALLEMAGNE

France, mais à tous les gouvernemens et à tous les peuples de l'Europe ; s'il avoit embrassé, dans des pensées vastes el-généreuses, les grands intérêts de la France et de l'humanité, au lieu de rétrécir ses vues et ses plans , en ne voyant que lui, son élévation, sa

son étoile; en un mot, s'il avoit su et voulu être l'homme de la patrie , l'homme de l'opinion publique , l'homme du siècle, au lieu de n'être que l'homme de son ambition personnelle et de sa propre destinée!

fortune,

ne conservoient entre eux

que
des

rapports d'é. galité, utiles au développement de leur commerce et de leur industrie! Puissances du nord, RUSSIE, SUÈDE, DANEMARCK, PRUSSE, VILLES ANSÉATIQUES, vous étiez appelées à profiter du perfectionnement des institutions publiques , de la pacification générale et de la liberté politique, civile et commerciale de la république Européenne! EUROPE, enfin , qui peux exercer une si puissante influence sur le monde entier, où s'étendent tes relations, tu affermissois, pour plusieurs siècles peut-être , ton bonheur et ta gloire ! Une impulsion progressive étoit donnée à l'esprit humain, dont le perfectionnement, favorisé par plusieurs causes réunies, présentoit des résultats et des avantages incalculables.

« Tout a été perdu. Une époque, unique dans l'histoire, a été manquée.

« La fortune de BuỌNAPARTE a réuni pour lui le concours des évènemens, des hommes et de lui-même. Son génie s'est proposé un autre but que le bonheur des hommes, une autre gloire que

l'affermissement de leurs droits et de leur liberté. — Il a trompé l'univers, qui lui confioit ses destinées. Il a dit aux uns : Je serai Washington ; et ils ont marehé avec joie sous ses

drapeaux. Il a dit aux autres : Je serai Monk; et ils ont écouté ses promesses. Il'a dit aux sectateurs de l'Evangile : Je rétablirai la pureté de sa doctrine; et ils ont béni le restaurateur de la morale et de la religion. Il a dit aux peuples : Je serai le protecteur de la paix générale; et ils ont cru que la tranquillité du monde seroit l'objet de ses soins. Il a dit aux rois : J'étoufferai les principes destructeurs de la révolution, et je maintiendrai l'équilibre de l'Europe; et les rois ont cru qu'ils n'avoient plus rien à craindre de son ambition ni de ses armes. Il a dit aux François : Je serai votre concitoyen, votre défenseur , votre ami; et ils ont oublié son origine étrangère et les sentimens échappés à l'impétuosité de sa première jeunesse. vrais philosophes ont espéré qu'il placeroit à ses côtés, au gouvernail de l'état, la modération, la sagesse, la douce philanthropie, une liberté et une égalité civiles, dont il avoit professé les principes, et sous les auspices desquelles il étoit parvenu au rang suprême. - Les républicains, les royalistes, les hommes religieux, les peuples, les rois, la nation françoise , les savans et les philosophes , tous ont cédé à cette étoile qui s'offroit pour présider au destin des états et de l'Europe ; tous ont écouté des promesses

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qui flattoient toutes les passions et toutes les espérances; mais, toutes les passions et toutes les espérances ont été trompées et trahies.

« On a reconnu le successeur d'Alexandre, avide de carnage, de guerre et de conquêtes; mais, on a cherché en vain la sensibilité, la noble générosité, l'élévation de vues du vainqueur de Darius, de l'ami d'Héphestion, de l'élève d'Aristote. On a retrouvé le génie dominateur de César; mais, on a demandé inutilement ce penchant à la clémence , celle grandeur d'âme, qui furent les premiers titres à la gloire de cet illustre Romain , jaloux de conquérir l'estime et les cæurs, même de ses plus grands ennemis. On a vu briller de nouveau les talens et le caractère de Cromwell ; mais, on a regretté l'esprit national et l'amour de la patrie qui ont souvent inspiré le protecteur de l'Angleterre. – Buonaparte n’a ressemblé à aucun de ceux qui l'ont précédé. Il n'a point eu la plupart de leurs défauts; mais, il n'a eu aucune de leurs vertus. Il n'a jamais vu que lui seul ; il n'a songé qu'à lui, n’a travaillé que pour lui; son ambition personnelle a tout concentré, tout absorbé dans la sphère de ses intérêts. Il a rapporté tout à sa domination ; il a dirigé vers ce seul objet toutes les forces, toute la

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