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coup s'étoient félicités de prêter un serment qui proscrivoit le retour du régime féodal, ont vu peu après ériger une ile en fief relevant de la couronne, au profit d'un nouveau prince de la nouvelle dynastie ; ils ont entrevu de nouvelles donations de fiefs, de principautés, de baronnies; ils ont entendu citer Charlemagne, non dans l'intention de l'imiter, en avançant son siècle, comme il l'a fait à plusieurs égards, mais en faisant reculer et ré trograder l'âge présent jusqu'à l'état de barbarie où les contemporains' de Charlemagne étoient plongés. Les laquais, les livrées, les chambellans , les écuyers, les aumôniers, les pages, les cordons, les étiquettes ont reparu, plus que dans l'ancienne cour. On y a mis une plus grande importance. Rapetisser, corrompre, dégrader , avilir les âmes, roilà le moyen par lequel on croit pouvoir consolider le nouvel ordre de choses. Épuiser le peuple et le rendre misérable, voilà le 'moyen qu'on emploie pour le rendre plus propre au joug. Tous ces symptômes de décadence présagent la chute prochaine d'un ordre de choses qui n'aura pour appui ni les anciens prestiges , ni les nouvelles opinions.

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nent peu

Les prêtres ne font pas

moins de mal

que

les militaires. Comme eux, indépendans du peuple, esclaves du gouvernement, plus étrangers encore au reste de la nation, aux idées sociales et aux souvenirs de la révolution, avides et avares,

intolérans et dominateurs, ils reprenà

peu leur empire, font argent de tout, règnent par le double moyen du tribunal secret ou de la confession, de la tribune publique ou de la prédication et de la chaire, mettent à un prix exorbitant les baptêmes, les mariages , les enterremens, les messes, les cloches, multiplient les quêtes, reçoivent du gouvernement, reçoivent des autorités locales, reçoivent des particuliers, trouvent des badauds qui croient en eux, des hommes qui ont peur et qui paient par lacheté... Tout cela durera-til ? Cela va bien, dit un des prêtres installés par Buonaparte; nous avons beaucoup de morts depuis quelque temps, et on paye beaucoup de messes. Misérables spéculateurs , charlatans hypocrites , quand finira votre règne qui déshonore l'humanité ? ... Des juges vénaux, des administrateurs mous, égoïstes, insoucians, ennemis du peuple et du bien public, esclaves du maitre pour conserver le droit d'opprimer

TOME IX.

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en son nom ceux qu'il ose appeler ses sujets; insolens , vils, ayides, corrompus, se ren+ dent complices des abus du nouvel ordre de choses.

Il y a, cependant, un point de vue qui éblouit, qui séduit, qui enchante le vulgaire. Pendant les fêtes du gouvernement d'Italie , pendant que Buonaparte ne paroit occupé que de plaisirs, ses flottes parcourent les mers, menacent les colonies angloises dans les Antilles.... et l'Angleterre elle-même, livrée aux dissensions, aux partis, gouvernée par un monarque inhabile et par des ministres corrompus , craint de se voir envahie. Les préparatifs de descente ont une extrême activité à Boulogne (prairial an 13), et l'Europe attend le dénouement de la crise. Ses rois sont dans l'insouciance de la stupeur et immobiles. Génes se prépare à être incorporée, malgré son vou, à ce nouveau royaume d'Italie, qui engloutira , si l'on n'y prend garde, tous les petits états circonvoisins. La Suisse envoie ses premiers magistrats à son médiateur , dont ils se reconnoissent les vassaux et presque les sujets. La Hollandei, qui voit créer dans son sein un grand - pensionnaire , prévoit qu'elle ne

restera pas long-temps nation indépendante ; que les jours de sa liberté et de sa prospérité sont éteints; qu'elle est à la veille d'être rayée du tableau de l'Europe. Le prince de la Paix / n'est, en Espagne, que le lieutenant de l'empereur de France ; et le roi Charles n'est plus qu’une ombre de roi, un reste dégénéré de son illustre race. Le prince régent de Portugal reçoit les ordres suprêmes de l'ambassadeur impérial , aide de-camp de son maitre, agent de ses volontés, janissaire docile à Paris, sultan impérieux à Lisbonne. La Prusse, qui veut paroître l'amie du grand potentat , à l'air de le caresser et de le flatter. Les petits états d'Allemagne lui font à l'envi la cour; l'Autriche le hait, mais le craint et le ménage; les villes anséatiques s'humilient, pour n'être point de vorées. La Suède frémit-et se lait : son jeune roi voudroit pouvoir se déclarer le champion de l'Europe craintive et opprimée ; mais, les princes voisins enchaînent sa fougue belliqueuse, et ses propres sujets ne sont point disposés à la seconder. Le Danemarck, sage et paisible, s'occupe uniquement desa prospéritéintérieure, ne fait point parler de lui, et fait chaque jour de nouveaux pas, lents, mais bien assurés,

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vers la civilisation. La Russie observe sans crainte, mais avec prudence : son jeune empereur ouvre à la fois les yeux sur son vaste territoire, sur la nécessité de hâter les progrès de l'agriculture., de l'industrie , du commerce et de la population; sur l'Asie, où il soutient la guerre contre la Perse, et conserve des relations diplomatiques, amicales et commerciales avec la Chine, le Japon, l'Indostan; sur la Turquie , dont les dépouilles semblent promises aux grands états de l'Europe; sur la France, dont l'effrayante prépondérance peut menacer un jour les peuples du nord; sur l'Angleterre, dont la Russie voit avec une égale inquiétude, ou la domination absolue sur les mers augmentée et affermie, ou la puissance renversée et totalement détruite par le colosse françois, qui n'aura plus de concurrent et pèsera sur l'Europe. La Turquie est dans les convulsions de l'agonie : tour à tour furieuse et se déchirant elle-même, puis foible, épuisée, inourante, sans plan, sans vues, sans but, sans moyens, sans ressources. Des pachas rebelles se disputent ses provinces. Des guerres civiles, ou plutôt des incursions et des pillages y remplissent toutes les parties de scènes de

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