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Enfin, il avoit proclamé solennellement ces paroles, qui avoient séduit les hommes hon, nétes et les cœurs généreux, et ramené à lui les esprits les plus défians : « Je veux donner la paix, la tranquillité, le bonheur à la France et au monde; je n'ai point d'autre politique, d'autre but, d'autre gloire; les idées philanthropiques doivent étre le caractère du siècle » (1).

Il avoit parlé à chaque gouvernement, à chaque nation, à chaque classe de la société, à chaque individu, le langage le plus propre à inspirer la confiance et l'espérance, par

le bile toujours si puissant de l'intérêt personnel. Son règne heureux devoit faire fleurir, avec la paix, l'agriculture , l'industrie, le commerce, les sciences, les arts, tous les élémens de la prospérité.

Et cependant, quels ont été les résultats de ces protestations fastueuses?

Tous les trônes ont été ébranlés, et plu

mo

(1) Quoique ces paroles, sorties d'une bouche impure, aient été profanées par un charlatan politique, elles n'en expriment pas moins une idée vraie que doivent adopter et appliquer tous les gouvernemens capables d'apprécier l'opinion et les besoins de leur

siècle.

sieurs renversés (à Naples, à Rome, en Espagne , en Portugal , etc.) par les attaques sourdes ou publiques de l'homme qui s'étoit offert pour les consolider. Il a détruit les monarchies même qu'il avoit créées, en Etrurie, en Hollande. Il a écrit , sur les ruines de ces deux états, le sort qu'il destinoit aux autres monarchies dont il se proclamoit le soutien, et qui ont éprouvé les effets de sa protection : interrogez la Prusse, la Saxe, la Bavière, le Wurtemberg, la Westphalie, etc.

Les Bourbons fugitifs et le petit nombre de leurs partisans, restés fidèles, n'ont plus eu d'asile sur le continent. L'assassinat du jeune et malheureux duc d'Enghien, saisi sur un sol étranger, dans un pays neutre, par une violation inouïe du droit des gens et de l'hospitalité, conduit, avec une atroce perfidie, dans le piège où une mort cruelle l'attendoit, a révélé à ceux qui ne connoissoient point plusieurs particularités recueillies en Egyple, en Syrie et en Italie, le vrai caractère de l'usurpateur, qui avoit offert aux amis de l'antique dynastie françoise son hypocrite protection.

La religion a vu consommer sa profanation et sa destruction ; le vénérable pontife , qui avoit eu la foiblesse de consacrer l'usurpation,

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en croyant servir les intérêts de l'Eglise et de l'Europe, a été promené de prisons en prisons, abreuvé d'humiliations et d'outrages, sans qu'aucune voix osât réclamer sa liberté.

Les sciences, les arts , les lumières, la vraie philosophie , tous les élémens de la civilisation ont été sacrifiés à des mesures de violence inouïe , à des plans de conquêtes, de dévastation, de brigandage, qui ont rappelé les temps de l'ancienne barbarie, où, sans aucun droit des gens, sans

sans aucun égard pour la justice et la raison, le glaive seul et la force décidoient toul.

Les amis d'une sage liberté, d'un gouvernement monarchique modéré qui attache les peuples à leurs souverains par le lien le plus fort, celui des bienfaits, de la conservation, de l'amour, ont vu s'organiser le plus épouvantable système de despotisme, de terreur et de servitude, de démoralisation, de corruption et de ruine universelle, non seulement en France, mais dans toutes les contrées conquises, incorporées ou alliées, sur lesquelles s'étendit l'influence dominatrice.

Les anarchistes même et les jacobins les plus effrénés , qui avoient pu fonder d'atroces espérances sur le renversement des autorités

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TOME IX.

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légitimes, sur la dissolution de tous les liens sociaux, sur la désorganisation et la licence érigées en systèmes, ont dû frémir à la vue du chaos qui signaloit en tous lieux la puissance du conquérant destructeur, devenu, pour ainsi dire, la révolution elle-même personnifiée, et revêtue tour à tour de l'écharpe du généralat, de la pourpre consulaire, et du manteau impérial, pour parcourir, ravager et désoler la terre. Long-temps agent et complice, puis héritier avide , exécuteur farouche des fureurs des plus fougueux révolutionnaires, il a brisé la plupart de ceux dont il avoit fait ses premiers instrumens.

Le même sort éloit réservé par lui à ses compagnons d'armes, qui ont été les premières et les plus déplorables victimes de son insatiable ambition. De toutes les classes de la société, celle des militaires a été le plus cruellement sacrifiée. Le plus souvent sans paye, quelquefois sans pain , condamnés à tous les

genres de privations, de fatigues, de souffrances, des soldats, naturellement généreux et intrépides, ont été réduits à vivre de brigandage. La mobilité des grades, la rapidité des avancemens ,. qui excitoient parmi eux une ambition aveugle et insensée, dernier mobile qui leur restât

lorsqu'ils n'avoient plus de patrie, n'étoient produites que par la multiplicité des sacrifices humains : chaque officier s'élevoit sur le cadavre d'un de ses camarades, qu'il devoit bientôt suivre dans la tombe. Ceux même qu'une politique intéressée avoit comblés de biens et d'honneurs, avoit élevés des rangs les plus obscurs aux plus hautes dignités, gémissoient en secret de n'avoir plus qu'un faux honneur et une gloire funeste; de n'avoir ni patrie, ni foyers; de mener une vie errante, vagabonde, servilement dévouée à l'obéissance la plus passive; de payer enfin du sacrifice entier de leur conscience et de leur existence, de leur repos, de leur bonheur, de leur sang, les titres vains

pompeux, les décorations, les dons trompeurs et funestes qu'ils avoient reçus. — «A quoi nous servent, disent-ils, nos dotations en Hanovre , en Westphalie , en Pologne, en Espagne, toutes nos prétendues richesses, dont le libre usage nous est interdit , toutes les dépouilles des pays ravagés par nos armes, si nous ne pouvons jamais jouir en paix de notre fortune, et d'une existence douce et tranquille au sein de nos familles ? »

Enfin, les amis de l'ordre et de la paix, les propriétaires, les cultivateurs qui avoient osé

et

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