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russe et anglois; mesure qui ne pouvoit que porter un coup très-sensible au commerce à peine renaissant, ainsi qu'à la prospérité générale et aux finances de la monarchie; vainement, enfin, alla-t-on jusqu'à fournir des troupes pour coopérer à l'évacuation de Cattaro; aucune de ces démarches ne produisit le moindre effet. Le territoire autrichien, à la rive droite de l'Isonzo, qui auroit dû être restitué deux mois après l'échange des ratifications, non-seulement continua à être occupé, mais fut organisé en toute forme, et traité comme propriété françoise. Les prisonniers de guerre furent retenus; Braunau ne fut point rendu à l'Autriche; et, ce qui fut plus alarmant que tout le reste, la grande armée françoise, en prolongeant son séjour en Allemagne , et en s'établissant en Bavière et en Franconie , ne cessa de menacer les frontières de la monarchie. Les obstacles qu'éprouvoit la remise de Cat

n'étoient qu'un vain et frivole prétexte pour tous ces étranges procédés : ce qui à la même époque se passoit en Allemagne, éclaira bientôt sur leurs véritables motifs.

Le traité de Presbourg avoit sans doute opéré des changemens considérables dans les rapports personnels, et dans l'état de possession

taro,

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de plusieurs princes du midi de l'Allemagne. Cependant la constitution de l'Empire, loin de se trouver compromise par ce traité, y avoit été expressément maintenue et confirmée. Le titre d'empereur d'Allemagne étoit admis sans contradiction ni obstacle; et l'article qui stipuloit le titre royal pour les maisons de Bavière et de Wurtemberg, contenoit la clause formelle que, malgré leurs nouvelles prérogatives, ces princes ne cesseroient pas d'appartenir à la confédération de l'Empire germanique.

Dans l'intervalle, le projet d' antir cet Empire, projet conçu à Paris, et amé dans l'ombre du secrel, étoit parvenu à maturité. Il étoit appuyé par une partie consirable des princes d'Allemagne. Sans adresser eur chef constitutionnel, sur une mesure d e aussi haute importance , la moindre comm ication ou notification préalable, ces princes guidés ou par l'influence du gouvernement i nçois, ou par la crainte qu'il avoit su leur ir pirer, entrèrent dans une ligue destructive de tous les anciens rapports, et ouvertement déroga ning aux droits de souveraineté et de propriele que les lois garantissoient à leurs co- états ; ligue dont l'empereur Napoléon se déclara le

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chef sous le titre de protecteur. Ce ne fut qu'au moment même où ces changemens furent annoncés au public, que l'on daigna informer S. M, I., «que l'empereur Napoléon « ne reconnoissoit plus ni constitution , ni « empereur d'Allemagne. » Et, pour mieux assurer l'effet d'une semblable déclaration, le même langage menaçant qui avoit invariablement accompagné chaque nouvelle prétention du gouvernement François, fut renouvelé avec plus de force que jamais , et dans des formes que S. M. l'Empereur croit devoir ensevelir dans un éternel oubli.

Il ne pouvoit exister aucun doute sur le sens et le but de cette entreprise ; et les résultats auxquels elle devoit conduire, étoient si faciles à prévoir , que pour les juger dans toute leur étendue, on n'avoit pas même besoin des leçons d'une funeste expérience. Le cruel avenir vers lequel s'avançoit l'Allemagne, se déploya aux yeux de l'Empereur; S. M. en fut vivement frappée. Elle l'étoit également des dangers prochains et incalculables dont ses états héréditaires se trouvoient menacés par un système qui mettoit tous les pays voisins sous la dépendance directe de la France. Le droit de

protester contre ce système, et de s'en dé

fendre par tous les moyens d'une résistance juste et légitime, ne pouvoit pas être contesté à S. M. Mais, quelque puissans que fussent les motifs, qui sembloient engager S. M. à le faire valoir, une considération suprême et décisive emporta la balance. Le maintien de la monarchie autrichienne étoit dans tous les temps le premier, le plus sacré de ses devoirs; mais au milieu des convulsions qui déchiroient l'Europe,

il étoit devenu de plus un grand objet d'intérêt commun pour tous ceux des gouvernemens et des peuples , qui n'avoient pas à jamais renoncé au bonheur d'une existence indépendante. Dans la situation critique où l'on se trouvoit, commettre de nouveau le sort de cette monarchie eût été un acte attentatoire, non-seulement à tout ce que l'Empereur devoit à sa propre conservation et à celle de ses sujets, mais encore aux dernières perspectives de salut, aux dernières espérances de tant d'autres états qui souffroient avec lui.

L'Empereur se crut d'autant plus autorisé à adopter pour base de sa politique, le principe d'une sage temporisation, commandée par tant de motifs respectables, que tout soupçon d'égoïsme, d'attachement exclusif à ses intérêts ou d'indifférence sur le sort de ses voisins, se

et par

trouvoit victorieusement écarté, le

système qu'il avoit toujours suivi, et par tous les évènemens antérieurs de son règne. Les efforts que S. M. n'avoit cessé de faire pendant une longue suite d'années, pour opposer des barrières efficaces au torrent qui menaçoit d'engloutir l'Europe, étoient suffisamment connus; les causes qui avoient contrarié ces efforts, ne l'étoient pas moins. Le temps étoit venu de céder à une nécessité impérieuse. Dans les circonstances d'alors, une résistance intempestive n'auroit pas moins essentiellement compromis les intérêts de l'Autriche, de l'Allemagne et du reste de l'Europe, que ne l'avoit fait dans d'autres temps le système à jamais déplorable d'inaction et d'isolement adopté par d'autres puissances.

Guidé par ces grandes considérations, l'Empereur se détermina sur-le-champ à prévenir toute discussion pénible sur une affaire dont la véritable nature ne pouvoit d'ailleurs échapper à personne. Sa résolution se trouva encore facilitée et fortifiée par la soumission entière, qui de toutes parts favorisoit un bouleversement aussi extraordinaire par le silence absolu des autres cabinets, et surtout par la froide indifférence avec laquelle la plus grande partie

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