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DEUX PROCLAMATIONS

BUBLIÉES

PAR LE ROI DE FRANCE,

Le 10 mars 1797, et le 2 décembre 1804.

I.

LOUIS XVIII AUX FRANÇOIS.

UNE douleur profonde pénétre notre âme toutes les fois que nous voyons les François gémir dans les fers pour prix de leur dérouement au salut de la France. Mais suffira-t-il à vos tyrans de s'être procuré de nouvelles victimes? Dans cette conspiration qu'ils leur imputent, dans ces papiers qu'ils publient avec tant d'éclat, ne chercheront-ils

pas des prétextes pour calomnier nos intentions ? N'est-il

pas

à craindre enfin que, supposant des pièces, ou se permettant de frauduleuses insinuations, ils ne s'efforcent de nous peindre à vos yeux sous des couleurs mensongères ?

C'est un devoir pour nous de vous prémunir contre une perfidie que l'expérience du passé nous autorise à prévoir; c'est un besoin pour notre cœur de vous manifester les sentimens qui le remplissent; les tyrans s'enveloppent des ombres du mystère; un père ne craint pas

les

regards de ses enfans. Ceux de nos sujets fidèles que nous avons chargés de vous éclairer sur vos véritables intérêts, retrouveront dans cet écrit les instructions qu'ils ont reçues ; ceux que la pureté de leur zèle et la sagesse de leurs principes rendront dignes à l'avenir de notre confiance, y liront d'avance les instructions qui leur seront données; tous les François enfin qui, partageant notre amour pour la patrie, voudront concourir à la sauver, s'y instruiront des règles qu'ils doivent suivre; et la France entière, connoissant le but auquel ils tendront de concert et les moyens qu'ils mettront en @uvre , jugera elle-même du bien qu'elle doit en espérer.

Nous avons dit à nos agens, nous le répéterons sans cesse : « Rappelez notre peuple à la sainte religion de ses pères et au gouvernement paternel, qui fit si long-temps la gloire et le bonheur de la France; expliquez-lui la constitution de l'état , qui n'est calomniée que parce qu'elle est méconnue ; instruisez-le à la distinguer du régime qui s'étoit introduit depuis trop long-temps; montrez-lui qu'elle est également opposée à l'anarchie et au despotisme, deux fléaux qui nous sont odieux autant qu'à luimême, mais qui pèsent tour à tour sur la France, depuis qu'elle n'a plus son roi; consultez des hommes sages et éclairés sur les nouveaux degrés de perfection dont elle peut être susceptible, et faites connoitre les formes qu'elle a prescrites pour travailler à son amélioration; affirmez que nous prendrons les mesures les plus efficaces

pour la préserver des injures du temps et des attaques de l'autorité même ; garantissez de nouveau l'oubli des erreurs, des torts et même des crimes, et étouffez dans tous les cours jusqu'au moindre désir des vengeances particulières, que nous sommes résolu de réprimer sévèrement; transmettez-nous le vou public sur les règlemens propres à corriger les abus, dont la réforme sera l'objet constant de notre sollicitude ; donnez tous vos soins à prétenir le retour de ce régime de sang, qui nous a coûté tant de larmes , et dont nos malheureux sujets sont encore menacés; dirigez les choix qui vont se faire sur des gens de bien , amis de l'ordre et de la paix, mais incapables de. trahir la dignité du nom françois, et dont les vertus, les lumières , le courage puissent nous aider à ramener notre peuple au bonheur ; assurez des récompenses proportionnées à leur service, aux militaires de tous grades, aux membres de toutes les administrations qui coopéreront au rétablissement de la religion,

des lois et de l'autorité légitime; mais gardezvous d'employer, pour les rétablir , les moyens atroces qui ont été mis en usage pour les renverser; attendez de l'opinion un succès qu'elle seule peut rendre solide et durable ; ou, s'il falloit recourir à la force des armes, ne vous servez du moins de cette cruelle ressource qu'à la dernière extrémité, et pour lui donner un appui juste et nécessaire. »

François , tous les écrits que vous trouverez conformes à ces sentimens, nous nous ferons gloire de les avouer. Si l'on vous en présente où vous ne reconnoissiez pas ces caractères, rejetez-les comme des ouvres de mensonges : ils ne seroient point selon notre cour.

Donné le 10 mars de l'an de grâce 1797, et de notre règne le deuxième.

Signé LOUIS.

II.

LOUIS, par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre , à tous nos sujets, salut :

A l'époque où nous fùmes appelé à recueillir le sanglant héritage de nos pères, on nous entendit satisfaire à la fois au besoin de notre

exur, en vous parlant de notre amour, et au cri du devoir, en vous exposant les vues et les intentions de votre Roi.

Lorsqu'à Dillingen un lâche émissaire de vos tyrans porta sur nous une main parricide, nous vous adressåmes la parole, et, de ces lieux mêmes que notre sang venoit de teindre, n'ayant que trop à prévoir que nos jours seroient incessamment poursuivis par les complots et la rage aveugle des méchans, nous primes l'engagement solennel qu'à travers les embûches et les assassins, invoquant le Dieu Tout-Puissant, et appelant le retour de ses bénédictions sur la France, nous marcherions invariablement au but de nos travaux.

Bientôt nos agens dans l'intérieur étant devenus victimes de leur dévouement et de leur zele, les instructions qu'ils avoient reçues de nous furent rendues publiques, et vous n'y vites, ainsi que dans l'adresse aux François, que nous fimes à cette occasion, que modération et clémence.

Après ces premiers élans de notre âme, sans appui de la part des puissances armées contre l'hydre révolutionnaire, cédant aux conseils de celle qui nous servoit d'égide, et dont les glotieux étendards venoient de se déployer pour

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