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présenter en même temps une partie des fautes qui ont entraîné l'Europe dans l'abîme.Mais,

cabinets de l'Europe, pour bien prouver que la France ne mérite pas seule le reproche d'avoir favorisé la tyrannie de Buonaparte, et pour disposer tous les gouvernemens et tous les peuples à des sentimens d'indulgence ou plutôt de justice envers la nation françoise, puisqu'ils ont contribué, autant qu'elle, à fortifier, par leurs traités de paix, par leurs alliances, et par une condescendance docile à ses volontés, la puissance du dominateur.

On a jugé convenable d'emprunter les expressions déjà anciennes, et alors prophétiques, d'un écrivain politique estimé (Mallet du Pan), pour faire apprécier à leur juste valeur les fautes réelles des différentes puissances, et les conséquences que ces fautes ont entraînées.

Les reproches adressés à ces puissances acquièrent un caractère plus imposant et plus solennel, lorsqu'ils sont appuyés sur des extraits d'un ouvrage connu (le Mercure britannique), qui jouit depuis long-temps d'une réputation méritée. La réunion de ces extraits, ainsi reproduits, fera connoître que les principales vérités, d'où pouvoit dépendre le salut de l'Europe, si elles eussent été lues, méditées et appliquées par les rois et par leurs conseillers, étoient déjà publiques et consacrées par un défenseur intrépide des droits et des libertés des divers états qui composent la grande famille européenne.

L'ambition délirante, la folie et la fureur

quelques développemens sur ce sujet sont peutêtre nécessaires pour rendre plus évidentes et

d'un seul homme, devenu, par des circonstances inouïes, et par une étonnante force de volonté, le chef suprême d'un grand peuple et l'arbitre des destins de plusieurs états; l'aveuglement, la confiance, osons le dire, la politique timide et pusillanime des cabinets les plus influens qui auroient pu arrêter de bonne heure Fes progrès du conquérant, ont changé une foule de biens précieux, faciles à semer et à recueillir, en fléaux et en calamités, dont un siècle entier ne réparera pas les suites funestes.

Et cependant, Télémaque, ce bréviaire des rois, étoit là pour les éclairer, s'ils avoient voulu de bonne foi ouvrir les yeux, et regarder leur situation et leur adversaire. L'histoire, l'expérience étoient là et présentoient leurs leçons éloquentes et terribles. Quelques hommes vrais, courageux, dévoués, qui sacrifioient leurs intérêts personnels de faveur, de fortune, d'avancement, qui compromettoient leur sûreté même et leur vie pour servir fidèlement leur patrie et leur gouvernement, que trahissoient des courtisans et des flatteurs comblés d'honneurs et de richesses, étoient là et faisoient entendre le langage respectueux, mais austère, de la vérité.

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Pourquoi les chefs des états ne veulent-ils, le plus souvent, ni lire, ni penser, ni écouter, ni voir? pourquoi craignent-ils la vérité, qui seule pourroit affermir leur autorité? Henri IV dut une partie de la grandeur

plus profitables les leçons de l'expérience, et pour montrer aux puissances que leurs dangers

et de la gloire de son règne à la courageuse franchise de Sully.

Les rois et leurs ministres vivent dans un tourbillon qui les entraine. Ils sont environnés d'une atmosphère empoisonnée de flatteries et de mensonges. Ceux qui ont le plus de génie naturel demeurent volontairement aveugles, sourds et ignorans. Voilà les véritables causes de leurs malheurs et des nôtres.

FÉNÉLON, dans sou Télémaque et dans ses Directions pour la conscience d'un roi; MASSILLON, dans les éloquens discours dont le Petit Caréme se compose; MARCAURÈLE, empereur philosophe et ami des hommes, dans ses belles Pensées; TACITE, et quelques historiens penseurs, dans leurs pages souvent sanglantes; les célèbres HUME, ROBERTSON et GIBBON, dans leurs ouvrages clas siques; notre LA FONTAINE, dans ses fables, qui renferment tant de vérités profondes, ingénieusement voilées ou énergiquement exprimées; MONTESQUIEU, dans ses Considérations sur la décadence des Romains, et dans son Esprit des Lois; SISMONDI, dans son Tableau si instructif des Républiques italiennes du moyen dge; tant d'écrivains distingués et judicieux, anciens et modernes, qui ont exposé aux gouvernemens et aux nations leurs véritables intérêts, ... seront-ils donc toujours la voix dans le désert: Vox clamantis in deserto?...... (Note de l'auteur.)

les plus imminens leur viennent d'elles-mêmes, et qu'il dépend d'elles de s'en garantir.

Un écrivain judicieux, dont les conseils, trop dédaignés, tendoient à prévenir les calamités qui ont accablé l'Europe, s'exprimoit ainsi, en octobre 1798 (il y a quinze ans, en 1813), et traçoit d'avance le tableau fidèle des évènemens politiques survenus depuis cette époque et dans ce long intervalle.

"....... Il est pénible d'observer que la situation déplorable de la Suisse conquise et opprimée peut, d'un jour à l'autre, devenir celle de la plus grande partie de l'Europe; placée entre une paix contrainte et une guerre nécessaire, elle participe aux dangers de l'une et de l'autre, sans jouir des avantages ordinaires de la première, ni des chances qui pourroient naître de la seconde.....

Qu'espérer d'un état de paix qui exclut le principe conservateur de notre indépendance et de notre tranquillité?

« Il y a moins de risque à braver la haine d'un gouvernement conquérant et oppresseur, qu'à solliciter et à cultiver son amitié. Les effets de celle-ci ne sont plus un problème : chacun sait aujourd'hui ce qu'il en coûte de se rappro

cher d'une puissance qui opprime par ses traités autant que par ses armes, et qui n'accorde jamais la paix qu'avec l'intention de revenir sur son ennemi, jusqu'à ce qu'elle l'ait désarmé et désorganisé.

« Qu'ont valu aux puissances pacifiques ou pacifiées leurs désertions de la cause générale?

« Il est difficile de concevoir une situation plus déplorable que celle où l'empire germanique s'est réduit par sa désunion, par son égoïsme, par sa recherche persévérante de la paix, par l'étalage de ses éternelles négociations, qui ont donné la mesure de sa foiblesse. << La politique des chefs de la France n'a d'autre élément que de diviser pour conquérir, d'arriver à la domination uni

d'autre but

que

verselle par le bouleversement universel, et d'autre frein que la crainte à laquelle elle a réduit tous les mobiles du gouvernement.

« Dans les conjonctures présentes, reculer la difficulté, ce n'est pas la résoudre, c'est au contraire l'aggraver. L'empereur d'Allemagne n'a pas perdu une bataille, sans que le contrecoup ne portât sur le trône du roi de Prusse; le gouvernement de France n'a pas obtenu une conquête ou une concession, sans ébranler les colonnes de toute souveraineté.

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