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produit mille fois moins de risques, de troubles ; de tristesse et de crainte que les charmes de la paix dans laquelle se bercent en frissonnant tous les concurrens à la concorde avec l'empire françois..... »

Ces importantes vérités, proclamées inutilement, il y a quinze années, justifiées désormais par l'évènement, confirmées par ces quinze années de malheurs, scellées du sang de plusieurs millions d'Européens, moissonnés dans les combats, au profit d'un seul liomme , rendent tous les développemens superflus.

La répétition des mêmes fautes , alors si énergiquement signalées, a produit la contipuation des mêmes désastres. On

a trop ménagé l'ennemi commun dans les manifestes de guerre et dans les négociations pour la paix. On a paru le craindre, même en le combattant; on ne l'a point attaqué ouvertement, avec franchise et courage. Son audace s'est accrue en raison de la modération, des irré. solutions et de la pusillanimité de ses adversaires. On n'a point travaillé sérieusement à l'isoler de la nation , dont il cherchoit à présenter la gloire , la sûreté, l'existence comme essentiellement réunies et confondues avec les intérêts et les vues de son ambition personnelle. TOME IX.

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On ne lui a point opposé, comme on auroit pu et dû le faire avec facilité, cette puissance magique de l'opinion, qu'il avoit su caresser en l'étouffant.

Les Souverains eux-mêmes ont reconnu son autorité comme légitime, dans la guerre

ainsi que dans la paix. Ils n'ont jamais osé déclarer franchement, lors même qu'ils repoussoient les agressions les plus injustes , qu'ils ne dirigeoient point leurs armes contre une nation loyale , généreuse, estimable , opprimée, mais uniquement contre un étranger ambitieux et usurpateur, devenu son chef, qui vouloit se servir d'elle comme d'un couteau pour couper l'Europe. Ils auroient

pu

détacher de sa cause une grande partie de l'immense population qui recrutoit ses armées. Ils ont, au contraire, fortifié leur ennemi de toute la puissance de la nation qu'il .gouverne ; ils lui ont fourni des prétextes de répéter, avec une apparence

de vérité, qu'il s'agit pour elle de garantir son indépendance et l'intégrité de son territoire.

Telle étoit l'affreuse alternative dans laquelle tous les bons François étoient placés : ils se voyoient, d'un côté, menacés par l'ambition des puissances coalisées ; sacrifiés, de l'autre, par l'ambition effrénée de leur propre chef; et, ne sachant où trouver un protecteur et des moyens de salut, ils s'abandonnoient avec désespoir à la même influence dominatrice qui avoit causé tous leurs dangers , mais qui sembloit seule capable de les en délivrer.

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On a vu, par ce motif, beaucoup d'hommes raisonnables, estimables et éclairés, amis de leur pays et de l'humanité, employés dans les différentes fonctions civiles et militaires, et quelquefois revêtus des premières dignités, suivre, en gémissant, et par nécessité, les drapeaux et les lois du chef des François : ils étoient condamnés à le servir, pour attendre une époque favorable où il leur fût permis de contribuer à retirer leur patrie de l'abîme dans lequel la fausse politique des puissances, l'imprudence et l'aveuglement des nations et des individus, la force des évènemens , et une sorte de fatalité tendoient également à la précipiter.

Les cabinets ne seroient donc nullement fondés à reprocher aux François d'avoir coopéré aux plans de destruction suivis par l'usurpateur, puisqu'ils ont eux-mêmes traité avec celui-ci comme avec un souverain , puisqu'ils ont consacré sa dignité et sa dynastie par des alliances de famille , puisqu'ils ont réduit les

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peuples placés sous sa dépendance à n'avoir aucun moyen de s'y soustraire.

Mais, la mollesse et la désunion des puissances du continent ont surtout paralysé toutes les mesures de résistance et de conservation ; elles ont servi plus efficacement aux succès de l'ennemi commun, que les forces puisées dans ses propres états.

Si nous voyons la maison d'Autriche seule dans les champs de Marengo ; si nous la retrouvons encore abandonnée à ses seules forces, avant la paix éphémère de Lunéville; si nous arrêtons nos regards sur le cabinet prussien , inactif et irrésolu , tandis qu'en 1805 et 1806 le chef des François conduisoit son armée dans le cæur de la monarchie autrichienne; si la Russie a cru pouvoir, à la même époque, rester indifférente sur le sort de l'Allemagne, en imitant l'insouciance de l'Autriche, qui avoit livré sans défense à leur destinée les Suisses, les Grisons, la Valteline, le Piémont, la Ligurie, l'état de Parme, la Toscane , l'état de l'Eglise, le royaume de Naples; si, l'année d'après, en 1807, l'Autriche, croyant user de représailles, a vu d'un æil calme et insensible la ruine de la Prusse ; enfin, si la Prusse et la Russie ont à leur tour laissé porter, en 1809, de nouvelles

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atteintes, presque mortelles , à l'auguste chef de l'empire germanique, réduit à défendre ses possessions héréditaires ; les hommes sages ont dů déplorer l'aveuglement profond et l'entrainement irrésistible des cabinets, et prévoir, en gémissant , le nouveau déluge de calamités qui n'a pas tardé à fondre sur le continent.

Le silence absolu des cabinets, lors de l'invasion armée de l'Espagne et de la détention arbitraire de son infortuné monarque , par un acte de perfidie sans exemple depuis la renaissance de la civilisation et du droit des gens en Europe; l'indifférence profonde, avec laquelle les rois ont vu dépouiller et chasser de leurs états les souverains de Naples, du Portugal , de la Hesse , et le chef de l'Eglise , etc.; la suppression improvisée du royaume de Hollande, d'où Napoléon a expulsé son propre frère, qui a dù se réfugier sur les terres de la maison d'Autriche, tandis qu'un autre de ses frères étoit forcé à chercher un asile au sein même de l'Angleterre ; l'occupation du Vallais , des villes anséatiques, etc., faite d'un trait de plume, à la face de l'Europe, sans qu'il s'élevât aucune réclamation en faveur du foible

opprimé; cette condescendance inexplicable et inouïe , qui toléroit tant de brigandages po

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