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le caractère françois et l'esprit de l'armée; c'étoit compromettre, sans aucun résultat d'uti– lité possible, ni même probable, la gloire, l'influence, la vie d'un homme précieux, dont on auroit pu tirer plus tard un grand parti dans d'autres circonstances.

Il a paru nécessaire d'exposer sans déguisement tout ce que les hommes sages et impartiaux ont jugé nuisible aux intérêts de la cause commune. Mais, il s'agit moins aujourd'hui de s'appesantir sur les fautes commises, que d'en apprécier les effets pour s'en garantir, et d'aviser aux moyens de les réparer.

III.

* Indication des moyens réparateurs.

LES moyens réparateurs consistent essentiellement dans l'union entre les puissanses alliées, dans la loyauté, la modération, le désintéressement, qui peuvent leur concilier des amis et des partisans ; dans la constance, l'énergie et la fermeté, seules propres à déjouer les projets de leur audacieux et infatigable ennemi, Celui-ci compte encore sur la désunion, l'isolement, le découragement, la foiblesse des

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coalisés; sur la corruption, la vénalité, la versatilité de quelques-uns de leurs ministres. Il faut déjouer ses espérances, résister à ses intrigues, rejeter à la fois son or corrupteur et ses insidieuses promesses. Il faut oser l'attaquer ouvertement, et le démasquer aux yeux de ses peuples et de l'Europe. Il n'est plus temps de le ménager, de le caresser, de le craindre. Il faut l'isoler à son tour. Que l'ennemi du continent reste seul. Que son égoïsme, qui sacrifie l'humanité, l'Europe, la France, ses plus dévoués satellites, sa propre famille à ses vues étroites, exclusives, personnelles, dont l'unique but est la domination ou la puissance, non la grandeur ni la gloire, soit enfin mis à nu et justement flétri.

Que la générosité, la loyauté des rois fassent mieux ressortir ses infidélités, ses trahisons, ses perfidies envers les peuples qu'il avoit séduits.

Que la modération des rois contraste avec la fureur délirante de son excessive ambition; que leur désintéressement soit la censure publique de son égoïsme et de son avi' té. Que leur constance et leur énergie soien

à la force de son caractère et de

périeures volonté,

principale cause de ses succès,

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Oui, que les souverains soient généreux, et leurs triomphes seront durables! C'est la justice et la clémence qui affermissent les empires. Le règne de la violence est toujours éphémère. Que les rois songent à consolider, à faire prospérer leurs états, plutôt qu'à les agrandir; à éteindre, plutôt qu'à exciter les ressentimens et les vengeances; à pardonner, plutôt qu'à punir; à faire partout respecter le droit sacré de propriété, base de l'ordre social, plutôt qu'à chercher dans des contributions oppressives et dans la dévastation des pays conquis, le rétablissement de leurs finances. Qu'elle ne soit pas perdue pour les chefs des nations, cette leçon éloquente, instructive, terrible, de l'élévation rapide et gigantesque, de la décadence plus rapide encore et presque soudaine d'un homme sorti du néant, comblé de toutes les faveurs de la victoire et de la fortune; qui, maître d'un puissant empire, mais dominé par une passion insensée, chef d'une armée innombrable, renouvelée presque en entier chaque année, n'a pu conserver et administrer, ses conquêtes; qui a vu s'écrouler, en quelques mois, sa domination usurpée, parce qu'il n'avoit su écouter ni la modération ni la sagesse, et qu'il avoit abusé avec insolence et avec or

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gueil de la prospérité; parce qu'il avoit écouté la flatterie, récompensé la bassesse, rejeté la voix austère de la vérité et de la vertu; parce qu'il avoit cru tout possible à son audace, tout permis à ses caprices; et qu'il avoit foulé aux pieds ses peuples et ses alliés, en rapportant à lui seul le but de ses extravagantes et criminelles entreprises.

sés

que

Les moyens réparateurs ne peuvent être puidans le génie, dans l'amour de la vraie gloire, dans une politique noble, généreuse, éclairée, qui doivent inspirer les souverains.

Si le propre du génie est d'obtenir de grands effets avec peu de moyens, que dira-t-on d'un homme qui, pouvant disposer de la moitié de la population et des richesses de l'Europe, n'a su, pendant plus de dix années d'un règne despotique et absolu, tirer aucun parti de ces immenses ressources, pour rien faire de grand, d'utile et de durable?

Si le caractère de la vraie gloire est de laisser des monumens nobles, utiles et solides, consacrés au bonheur des nations et des individus, quelle sera la gloire de celui qui n'apparoîtra aux yeux de son siècle et de la postérité, qu'environné des cadavres de plusieurs millions de ses contemporains immolés à son ambition, et

des ruines de la plupart des états de l'Europe, dont il a pris et incendié ou pillé les capitales, << portant d'une main la torche d'Erostrate, et de l'autre le sabre de Genseric? >>

Enfin, si la saine politique, toujours unie à la morale, à la justice et à la raison, consiste à rendre heureux et florissans les peuples qu'on est appelé à gouverner, à n'entreprendre que des guerres évidemment nécessaires, comment appréciera-t-on les talens politiques du chef ambitieux qui na su que sacrifier, en quelques années, sans aucun résultat, dans des guerres injustes, ruineuses, dévastatrices, la population et les trésors d'un empire et de plusieurs royaumes, dont il s'étoit chargé de protéger les destinées ?

En apprenant à réduire à leur juste valeur le prétendu génie, la fausse gloire et l'atroce politique de ce monarque parvenu, si emphatiquement célébré par des écrivains stipendiés, ou par quelques fanatiques enthousiastes; que les rois profitent de son expérience, de ses fautes, de sa juste punition! Qu'ils rappellent à leur aide les sages maximes proclamées ou consacrées par quelques-uns de leurs prédécesseurs, que, si la bonne-foi pouvoit étre bannie de la terre, elle devroit trouver un

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