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des ruines de la plupart des états de l'Europe, dont il a pris et incendié ou pillé les capitales, « portant d'une main la torche d'Erostrate , et de l'autre le sabre de Genseric? »

Enfin, si la saine politique, toujours unie à la morale, à la justice et à la raison, consiste à rendre heureux et florissans les peuples qu'on est appelé à gouverner, à n'entreprendre que des

guerres évidemment nécessaires, comment appréciera-t-on les talens politiques du chef ambitieux qui na su que sacrifier, en quelques années, sans aucun résultat, dans des

guerres injustes, ruineuses, dévastatrices, la population et les trésors d'un empire et de plusieurs royaumes, dont il s'étoit chargé de protéger les destinées ?

En apprenant à réduire à leur juste valeur le prétendu génie, la fausse gloire et l'atroce politique de ce monarque parvenu , si emphatiquement célébré par des écrivains stipendiés, ou par quelques fanatiques enthousiastes; que les rois profitent de son expérience , de ses fautes , de sa juste punition ! Qu'ils rappellent à leur aide les sages maximes proclamées ou consacrées par quelques-uns de leurs prédécesseurs , que, si la bonne-foi pouvoit être bannie de la terre, elle devroit trouver un asile dans la bouche des rois; que la véritable richesse des souverains est dans l'amour de leurs peuples ; que

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les
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de restauration des finances sont l'ordre , l'économie et la paix; que la guerre, si funeste même pour les vainqueurs, n'est permise qu'autant qu'elle est reconnue indispensable ; que le génie, la gloire , la politique n'ont qu'un même caractère essentiel, un même but, un même résultat, le bonheur public.

Pour rester unis , les rois doivent résister à des vues ambitieuses, à des projets de partage, qui deviendroient des germes de désunion , des semences de nouvelles guerres.

Pour se montrer généreux, modérés, sintéressés, les rois doivent s'abstenir de nouvelles åcquisitions personnelles et du démembrement des anciens états. Ils doivent garantir l'indépendance et l'intégrité de la France, bornée par le Rhin, l'Océan, les Pyrénées , la Méditerranée et les Alpes, et gouvernée par l'Impératrice-Régente, assistée d'un conseil (1).

(1) L'éditeur de ce mémoire rappelle qu'on doit toujours , en le lisant, se reporter aux circonstances où il a été composé, en octobre 1813. Il paroissoit impossible alors de substituer d'autre gouvernement que

Autrement, je le répète, la crainte et le désespoir réduiroient les François à se rallier, pour la défense et la conservation de leur patrie, à celui même qui a commencé de la détruire. Les puissances ont le même intérêt à proclamer l'indépendance et l'intégrité de la Hollande, de l'Espagne, de l'Italie , du corps germanique, de la Pologne. Que l'Italie soit constituée en une ligue fédérative de plusieurs états associés, assez forts pour repousser des agressions étrangères et pour servir de barrières entre des puissances belligérantes; trop foibles pour entreprendre des guerres offensives. Que la malheureuse Pologne, dont le premier démembrement, funeste à l'Europe, donna le signal et l'exemple des envahissemens et des plans de partage qui ont eu lieu depuis, renaisse de ses ruines, et redevienne une monarchie et une nation indépendante, sous la protection des trois grandes puissances qui l'environnent. Que la Hollande, l'Espagne, le Portugal soient réorganisés et obtiennent des gouvernemens monarchiques, légitimes ou réglés par des lois , sagement et fortement constitués. Que les différens états, dont les forces respectives, à peu près balancées, reproduiront l'équilibre politique, nécessaire à la tranquillité de l'Europe, soient placés sous la

celui de la régence à la tyrannie militaire de Napoléon. Depuis, des combinaisons nouvelles, la justice impartiale des souverains alliés, le désintéressement de l'empereur d'Autriche ont permis de rétablir sur le trône l'antique dynastie de nos Rois. La nation s'est

empressée de l'accueillir avec des sentimens respectueux et sincères d'affection, de confiance et d'espérance. Les mêmes sentimens doivent aujourd'hui (en 1815) resserrer le peuple autour de son Roi, et faire la force et le salut de la patrie, (Note de l'éditeur.)

protection et la garantie d'une grande fédération européenne, à la tête de laquelle seront les principales puissances du continent; d'un côté, l'Autriche et la France; de l'autre, la Russie et la Prusse, ainsi que l'Angleterre.

Les déclarations et les promesses doivent être franches , publiques, solennelles; un respect religieux des promesses données, doit prouver à toute l'Europe la loyauté des souverains qui vont fixer ses destinées.

Pour être constans, fermes , énergiques, les cabinets doivent tracer d'avance le plan de réorganisation de l'équilibre politique qu'ils veulent rétablir, et présenter aux peuples cette base fondamentale de la paix, avec l'inébranlable résolution d'exécuter le plan convenu et arrêté , quant à ses principales dispositions. Ces moyens,

seuls efficaces pour réparer les malheurs passés, pour faire évanouir les dangers présens, concilieront tous les esprits et tous les cæurs à la cause des puissances alliées.

Ils les présenteront à l'opinion publique et à l'Europe, comme libératrices et pacificatrices. Leur ennemi, signalé comme ennemi public de l'humanité, sera impuissant, dès qu'on aura reconnu que l'Europe et la France peuvent exister sans lui, et s'accorder sans son intervention ; dès qu'elles auront abjuré ces haines nationales, dont il étoit le seul auteur et la seule cause. Ainsi tourneront à sa confusion et à sa honte éternelle ces machinations odieuses , décorées du nom de politique , qui n'avoient d'autre but que de diviser pour régner, d'établir sur les dissensions intestines de la famille européenne l'accomplissement de son veu, imprudemment manifesté, d'être avant d'années le seul chef, le maître absolu et suprême de l'Europe.

Je n'ai fait que passer ; il n'étoit déjà plus....

peu

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