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Autrement, je le répète, la crainte et le désespoir réduiroient les François à se rallier, pour la défense et la conservation de leur patrie, à celui même qui a commencé de la détruire. Les puissances ont le même intérêt à proclamer l'indépendance et l'intégrité de la Hollande, de l'Espagne, de l'Italie , du corps germanique, de la Pologne. Que l'Italie soit constituée en une ligue fédérative de plusieurs états associés, assez forts pour repousser des agressions 'étrangères et pour servir de barrières entre des puissances belligérantes; trop foibles pour entreprendre des guerres offensives. Que la malheureuse Pologne, dont le premier démembrement, funeste à l’Europe, donna le signal et l'exemple des envahissemens et des plans de partage qui ont eu lieu depuis,

celui de la régence à la tyrannie militaire de Napoléon. Depuis, des combinaisons nouvelles, la justice impartiale des souverains alliés, le désintéressement de l'empereur d'Autriche ont permis de rétablir sur le trône l'antique dynastie de nos Rois. La nation s'est empressée de l'accueillir avec des sentimens respectueux et sincères d'affection, de confiance et d'espérance. Les mêmes sentimens doivent aujourd'hui (en 1815) resserrer le peuple autour de son Roi, et faire la force et le salut de la patrie. (Note de l'éditeur.)

renaisse de ses ruines, et redevienne une moparchie et une nation indépendante, sous la protection des trois grandes puissances qui l'environnent. Que la Hollande, l'Espagne, le Portugal soient réorganisés et obtiennent des gouvernemens monarchiques, légitimes ou réglés par des lois , sagement et fortement constitués. Que les différens états, dont les forces respectives , à peu près balancées, reproduiront l'équilibre politique, nécessaire à la tranquillité de l'Europe, soient placés sous la protection et la garantie d'une grande fédération européenne, à la tête de laquelle seront les principales puissances du continent; d'un côté, l'Autriche et la France; de l'autre, la Russie et

ainsi que l'Angleterre. Les déclarations et les promesses doivent être franches , publiques , solennelles; un respect religieux des promesses données, doit prouver à toute l'Europe la loyauté des souverains qui vont fixer ses destinées.

Pour être constans, fermes , énergiques, les cabinets doivent tracer d'avance le plan de réorganisation de l'équilibre politique qu'ils veulent rétablir, et présenter aux peuples cette base fondamentale de la paix , avec l'inébran

la Prusse,

lable résolution d'exécuter le plan convenu et arrêté, quant à ses principales dispositions.

Ces moyens, seuls efficaces pour réparer les malheurs passés, pour faire évanouir les dangers présens, concilieront tous les esprits et tous les cæurs à la cause des puissances alliées.

Ils les présenteront à l'opinion publique et à l'Europe, comme libératrices et pacificatrices. Leur ennemi, signalé comme ennemi public de l'humanité, sera impuissant, dès qu'on aura reconnu que l'Europe et la France peuvent exister sans lui, et s'accorder sans son intervention ; dès qu'elles auront abjuré ces haines nationales, dont il étoit le seul auteur et la seule cause. Ainsi tourneront à sa confusion et à sa honte éternelle ces machinations odieuses , décorées du nom de politique , qui n'avoient d'autre but que de diviser pour régner, d’établir sur les dissensions intestines de la famille européenne l'accomplissement de son veu, imprudemment manifesté, d'être avant

peu

d'années le seul chef, le maitre absolu et suprême de l'Europe.

Je n'ai fait que passer; il n'étoit déjà plus....

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IV.

Intérêt commun de tous les

gouvernemens. PERSISTER dans l'unité et dans la continuité de leurs efforts pour finir la guerre, et pour conclure une paix durable, qui renferme la France dans ses limites naturelles, et qui lui rende un gouvernement ami de l'ordre et de la tranquillité; voilà l'intérêt commun de tous les gouvernemens, et de tous les peuples.

Si le chef actuel de la France avoit su bien calculer ses véritables intérêts, à l'époque du traité d'Amiens, et même à l'époque de chacun des traités qui ont suivi ses victoires, il auroit

la justice, la modération et la bonne foi pouvoient seules légitimer son autorité, consolider son influence , purifier sa gloire. Il n'auroit

pas exposé, tous les ans, de gaieté de ceur, en véritable joueur politique et en aventurier, sa domination usurpée et précaire à des chances nouvelles de guerres interminables. Mais, il s'étoit fait une autre politique; il ne croyoit pas pouvoir coexister avec les autres gouvernemens. Il avoit conçu le projet insensé de les détruire les uns après les autres, de régner seul, d'établir une dynastie unique en Europe, de sacrifier toute la génération pré

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senti que

TOME IX.

sente à son plan, de faire servir l'ambition prétendue de l'Angleterre de voile et de prétexte à son ambition personnelle et à ses éternelles incursions dans les états du continent, d'aveugler ainsi et d'enchaîner successiyement tous les souverains et toutes les nations, pour s'élever à la fin sur leurs ruines. C'est

par

l'oubli de ses vrais intérêts qu'il a provoqué le réveil el préparé le salut de l'Europe, en se répandant avec ses bandes guerrières, comme un torrent destructeur, auquel on a senti la nécessité d'opposer des digues pour arrêter ses ravages, Aujourd'hui, c'est

par le sentiment profond et unanime de leur intérêt commun,

d'un sysa tème d'équilibre politique et de pacification générale, fortement établi en Europe , que les rois peuvent conserver et affermir leurs trônes, rendre la tranquillité et le bonheur à leurs peuples.

En exposant les maux publics et leurs causes , en signalant leur auteur, en rappelant les fautes commises , en indiquant les mesures propres à les réparer, j'ai mis en évidence le véritable intérêt des gouvernemens , qui consiste, je le répète , à rester unis, à se montrer modérés, désintéressés , généreux, fermes et inébranlables dans leur résistance, jusqu'à ce qu'ils aien!

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