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IV.

Intérêt commun de tous les

gouvernemens

PERSISTER dans l'unité et dans la continuité de leurs efforts pour finir la guerre, et pour conclure une paix durable, qui renferme la France dans ses limites naturelles, et qui lui rende un gouvernement ami de l'ordre et de la tranquillité; voilà l'intérêt commun de tous les gouvernemens, et de tous les peuples.

Si le chef actuel de la France avoit su bien calculer ses véritables intérêts, à l'époque du traité d'Amiens, et même à l'époque de chacun des traités qui ont suivi ses victoires, il auroit senti que la justice, la modération et la bonne foi pouvoient seules légitimer son autorité, consolider son influence , purifier sa gloire. Il n'auroit pas exposé, tous les ans, de gaieté de cæur, en véritable joueur politique et en aventurier, sa domination usurpée et précaire à des chances nouvelles de guerres interminables. Mais, il s'étoit fait une autre politique; il ne croyoit pas pouvoir coexister avec les autres gouvernemens. Il avoit conçu le projet insensé de les détruire les uns après les autres, de régner seul, d'établir une dynastie unique en Europe, de sacrifier toute la génération pré

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TOME IX.

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a

sente à son plan, de faire servir l'ambition
prétendue de l'Angleterre de voile et de pré-
texte à son ambition personnelle et à ses éter-
nelles incursions dans les états du continent,
d'aveugler ainsi et d'enchaîner successiyement
tous les souverains et toutes les nations, pour
s'élever à la fin sur leurs ruines.
C'est

par l'oubli de ses vrais intérêts qu'il provoqué le réveil el préparé le salut de l'Europe, en se répandant avec ses bandes

guerrières, comme un torrent destructeur, auquel on a senti la nécessité d'opposer des digues pour arrêter ses ravages.

Aujourd'hui , c'est par le sentiment profond et unanime de leur intérêt commun, d'un système d'équilibre politique et de pacification générale , fortement établi en Europe, que les rois peuvent conserver et affermir leurs trônes, rendre la tranquillité et le bonheur à leurs peuples.

En exposant les maux publics et leurs causes, en signalant leur auteur, en rappelant les fautes commises , en indiquant les mesures propres

à les réparer, j'ai mis en évidence le véritable intérêt des gouvernemens, qui consiste , je le répète, à rester unis, à se montrer modérés, désintéressés, généreux, fermes et inébranlables dans leur résistance, jusqu'à ce qu'ils aient

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consommé leur plan et dicté une paix avouée par la sagesse, posée sur des fondemens solides, qui ne renferme aucune semence de discorde et de guerres

nouvelles.

V.

Bases possibles et raisonnables de la paix.

QUELLES peuvent être les conditions de cette paix, les bases possibles et raisonnables d'une fédération générale européenne, propre à la garantir ?

Cette grande et importante question, qui fourniroit seule le sujet de longues et graves méditations et d'un traité complet de politique, ne peut être discutée à fond dans ce mémoire. Nous allons offrir seulement quelques idées qui s'y rapportent, en parcourant les différens états destinés à former les anneaux d'une chaîne étroite et indissoluble dont se composera la fédération ou ligue européenne, établie pour

le maintien de la paix.

1. Russie. Le premier besoin de la Russie est d'accélérer et de perfectionner la civilisation de ses vastes états. Une paix générale peut seule lui fournir les moyens de consommer ce grand ouvrage, commencé par Pierre-le-Grand, con. tinué par les deux Catherine, et que l'empereur Alexandre, dès la première année de son règne, s'est montré digne de poursuivre avec succès et avec gloire. Cette noble entreprise, digne d'un siècle et d'un prince éclairés, exige toute son attention, tous ses soins, et lui méritera la re. connoissance et l'admiration de ses contemporains et de la postérité.

La modération, le désintéressement conviennent à une puissance aussi influente que la Russie. Elle n'avoit rien fait qui pût motiver la guerre dirigée contre elle; cette guerre est devenue l'occasion de la délivrance de l’Europe, La Russie, qui paroissoit d'abord n'avoir à combattre que pour sa défense légitime, s'est trouvée armée pour les libertés du continent. Elle doit conserver toute la noblesse du rôle qui lui est assigné. Aucune vue d'ambition

person nelle et d'agrandissement ne doit corrompre sa politique, déshonorer ses triomphes, et fournir des prétextes aux calomnies qui lui ont fait supposer des projets envahisseurs.

II. POLOGNE. L'auteur du présent mémoire ose compter assez sur la magnanimité de la Russie et de son jeune et auguste souverain, pour lui

proposer de consentir à la renaissance de la Pologne. Que cette nation malheureuse lui soit

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redevable d'une nouvelle existence ; qu'elle soit reconstituée comme un état indépendant, administrée par un gouvernement monarchique tempéré (dont le chef pourroit être un prince de la maison impériale de Russie), sous la pro. tection spéciale de cette puissance, et sous la garantie de la Prusse, de l'Autriche et de la Turquie.

III. PRUSSE. La Prusse ne pourra cicatriser que par une longue paix les plaies profondes des guerres successives qui ont ravagé ses provinces. Elle doit se serrer fortement contre la Russie, et concourir généreusement au rétablissement de la Pologne, en recevant, s'il y a lieu,

des indemnités du côté de la Westphalie.

Peut-être seroit-il convenable et utile d'établir une confédération particulière du nord, composée de la Russie, de la Pologne, de la Prusse , dans laquelle on pourroit faire entrer la Suède et le Danemarck.

IV. Corps GERMANIQUE ET AUTRICHE. Le Corps Germanique, dont les liens, usés par le temps et par les circonstances, avoient perdu leur solidité, a besoin d'être réorganisé de manière à jouir de l'union et de la tranquillité intérieures, et à ne point menacer au dehors la sûreté de ses voisins.

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