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« Tuer un homme, c'est détruire une créature raisonnable ; mais, étouffer un bon écrit, c'est tuer la raison elle-même. Beaucoup d'hommes n'ont qu'une parement végétative, et pèsent inutilement sur la terre; mais un écrit (inspiré par l'amour de la patrie et de l'humanité), est l'essence pure et précieuse du sentiment et de la pensée......

La perte de la vie, quoiqu'irréparable, peut quelquefois n'être pas un grand mal; mais, il est possible qu'une vérité qu'on aura rejetée ne se reproduise plus dans la suite des temps (ou que son apparition soit trop tardive), et que sa perte (ou le retard de sa publication) entraîne le malheur des peuples.

« L'intelligence et la vérité ne sont pas des denrées propres au monopole, ni dont on doive soumettre le commerce à des règlemens particuliers.....

« Otez-moi toutes les autres libertés; mais laissezmoi celle de parler et d'écrire selon ma conscience..... La liberté de publier ses pensées est la sauve-garde et le phare des gouvernemens........ La servitude intellectuelle entraîne l'oppression du peuple, nécessairement suivie de l'esclavage et de la chute du prince. »

(Milton. Discours prononcé devant le parlement

d'Angleterre, en faveur de la liberté de la presse , illimitée et sans aucune censure.)

AVERTISSEMENT

DE

L'ÉDITEUR.

L'ÉDITEUR, entre les mains duquel se trouvent les mémoires manuscrits qu'on imprime aujourd'hui, sans se permettre d'y faire aucune espèce de retranchement, ni de changement de rédaction, croit utile, en les publiant, d'augmenter le nombre des mémoires des temps. actuels qui fourniront des matériaux à l'histoire. Cette publication fera d'ailleurs connoître que si Buonaparte a entretenu, consulté, accueilli, payé des conseillers fourbes et traîtres, qui poussent aujourd'hui l'impudence et l'infamie jusqu'à se faire publiquement un honteux honneur de s'être insinués dans sa confiance intime, et de lui avoir donné des avis perfides pour le perdre, il s'est aussi trouvé des François purs, nobles, généreux, qui lui ont dit la vérité avec courage, aux dépens même de leur avancement, de leur fortune, et quelquefois de leur tranquillité et de leur sûreté, dans la seule vue de servir leur patrie, et de prévenir

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d'immenses malheurs, en présentant toujours au chef de l'état les vrais intérêts de la nation et de l'humanité, comme liés si étroitement aux intérêts de sa puissance et de sa gloire, qu'il ne pouvoit négliger les uns sans trahir les autres.

Les deux écrits qui vont suivre renferment à la fois des vérités générales, qu'on ne sauroit trop reproduire, et dont plusieurs peuvent trouver encore leur application, et des vérités locales ou de circonstance, dont l'appréciation exacte ne peut avoir lieu, qu'autant 2 qu'on se reportera de bonne foi au temps où l'auteur écrivoit, et qu'on se retracera fidèle ment la situation politique des deux pays (l'Italie et la France), sur lesquels il a présenté desna observations.

Ces deux pièces, qui ne sont pas, à beau- -t's coup près, les seules du même genre , envoyéesota à la même adresse , prouveront, d'un côté, queren les principes conservateurs de l'ordre socia hiss ont eu des défenseurs énergiques, et la patrile de nobles et fidèles interpretes de ses veu insi pour une sage liberté ; de l'autre, que ce n'est qu point la connaissance de la vérité et des intérêseph réels des peuples qui a manqué à Buonapartine pour opérer le bien, soit en faveur de l'Italie, dos fort

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ilauroit pu et dû fonder l'indépendance et fixer les destinées , soit relativement aux institutions politiques en France, où il dépendoit de lui d'établir une autorité fondée sur les lois et sur le bonheur de la nation, au lieu d'une tyrannie effrénée, meurtrière, aussi dévastatrice dans l'intérieur qu'au dehors de l'Empire, et dont plusieurs millions d'hommes ont péri victimes, dans un intervalle de dix années.

L'auteur de ces mémoires avoit occupé des fonctions supérieures, administratives et militaires, dans plusieurs armées, et il avoit servi d'une manière honorable et distinguée. Son avancement a été interrompu, et sa carrière entièrement fermée, pour prix de la franchise et de la loyauté avec lesquelles, invité dans diverses circonstances à rédiger des mémoires sur des objets d'intérêt public, de politique ou d'administration, il a toujours écrit et dit, sans déguisement, ce qui lui a paru être la vérité, en se trahissant ainsi lui-même pour servir la patrie et le gouvernement.

Nous insisterons sur cette vérité générale : que ceux qui ont servi avec probité les gouvernemens éphémères, auxquels succède enfin un gouvernement paternel et réparateur, ont donné la plus forte garantie de la probité et de la

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fidélité avec lesquelles ils serviront le Roi , rappelé par les veux des François. Ceux, au contraire, qui ont trahi par leurs bassesses, par leurs infâmes adulations, ou par leurs perfides conseils, les gouvernemens antérieurs, et qui se sont ainsi rendus complices et responsables des calamités de tout genre que ces gouvernemens ont répandues avec profusion sur notre patrie, continueroient de trahir avec d'autres couleurs, en prenant même au besoin le masque de la probité et de la vertu , le gouvernement qui seroit assez foible ou assez aveugle pour leur accorder encore quelque confiance. Les hommes énergiques et francs, purs et austères , capables de faire entendre au descendant de Henri IV le noble langage de Sully, peuvent seuls entourer le trône de cette puissance de la vérité , de cette force morale de l'opinion la publique, sans lesquelles la puissance politique sable et la force militaire sont d'inutiles soutiens des monarchies.

Le premier mémoire, sur l'organisation | fédérative et indépendante de l'Italie, composé peu de jours après la mémorable victoire de Marengo, et remis en mains propres au Premier Consul , le 10 juillet 1800,

juillet 1800, avoit pour per objet de prévenir les nouvelles révolutions po

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