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PIÈCES SURVENUES

PENDANT L'IMPRESSION.

1745. Mémoire adressé au roi par le marquis d'Argenson, ministre secrétaire

d'État pour les affaires étrangères'.

Ce n'est pas un équilibre parfait qui forme la république germanique, helvétique et batavique, ou pour mieux dire , ce n'est point l'égalité intérieure qui les maintient. L'égalité est impossible entre les puissances comme entre les hommes, par la grande raison qu'il y aura toujours dans le monde inégalité de talents et d'activité. Cependant l'égalité doit être le point où vise la sagesse commune en politique.

Par un principe dont on se rapproche, autant qu'il est possible, on ne voit plus dans le monde de ces grandes révolutions qui changeaient autrefois la face de l'univers. Un reste de barbarie soutient encore, pour un temps, l'ardeur des conquêtes et des nouvelles acquisitions; mais, dans quelques siècles, les princes reviendront d'un goût si abusif pour eux-mêmes. Les conquérants sont les querelleurs de la société civile. Chacun les fuit et les chasse. Les puissances se liguent contre les princes ambitieux. On s'arme puissamment contre les voisins inquiets et dangereux, ou s'ils reculent leurs frontières de quelques cantons, ils les ruinent en dedans, et laissent leurs successeurs en proie à leur faiblesse et à l'envahissement des autres princes.

1. Flassan, Histoire de la Diplomatie, t. V, p. 315.

L'antique barbarie ne subsiste donc plus que par l'injustice des désirs; mais les arts ont fait de si grands progrès en Europe que la discipline militaire et la correspondance politique s'opposent de toutes parts, aujourd'hui, à l'exécution de ces désirs violents et tyranniques. Que chacun conserve ce qu'il possède ; que les grands États se contiennent par la police extérieure et se préservent, par là, d'etre entamés par des voisins plus puissants, mieux gouvernés, ou réunis dans une ligue. C'est le meilleur conseil qu'ils puissent suivre; mais qu'ils cessent de chercher à s'étendre davantage.

La maison d'Autriche a eu ce tort; et elle en a déjà éprouvé les fâcheux effets en plusieurs circonstances. A l'abdication de Charles-Quint, le partage de sa puissance en deux fut nécessaire. Philippe II perdit sept provinces des Pays-Bas, et ses successeurs, le Portugal.

La monarchie d'Espagne, en changeant de maison souveraine, a perdu l'Italie et le reste des Pays-Bas.

La seconde branche d'Autriche, qui vient de s'éteindre en Allemagne, est remplacée par celle de Lorraine; mais, à ce changement, elle perd déjà la Silésie et quelques portions du Milanais, après avoir sacrifié les Deux-Siciles à l'établissement de la pragmatique Caroline.

Mais il est, par la guerre, d'autres pertes plus sérieuses, et telles sont, au dedans, la faiblesse, l'épuisement des trésors dépensés, des dettes contractées, le sang des peuples, les campagnes incultes et les arts transférés ailleurs. Les grands États deviennent ainsi sages par nécessité et spectateurs par impuissance. L'Espagne est réduite à cette situation et s'en relèvera difficilement : notre France n'y court-elle pas à pas précipités ? Et quelles forces aurait, par elle-même, la puissance autrichienne, sans l'argent des puissances maritimes qui, depuis le commencement de ce siècle, ont pris pour principe de soutenir contre la France leur tyrannie commerciale par la tyrannie continentale de la maison d'Autriche.

L'Italie est, depuis trois siècles, l'un de ces théâtres d'ambition et de conquête, où viennent se consumer les grandes puissances. Les empereurs y établirent leur pouvoir et le virent fréquemment détruit. Charles VIII y montra la valeur et la ll

gèreté française. Louis XII et François le y éprouvèrent encore de plus grands revers. Les Vénitiens en ont été, pendant un temps, les tyrans; mais le temps passa promptement et leurs efforts ont fait disparaître leur puissance. Nous y avons voulu conserver quelques citadelles, quelques postes, pour y prendre part aux désordres, sous prétexte de défense et d'équilibre; mais ce n'est point tout cela qu'il faut.

C'est de concentrer les puissances italiques en elles-mêmes; c'est d'en chasser l'Autriche et de montrer l'exemple de n'y plus prétendre : si quelques princes étrangers y gouvernent encore, que les princes deviennent tout à fait Italiens, qu'ils ne puissent hériter ailleurs, ou que, s'ils préfèrent d'autres successions qui leur surviendraient, ils abandonnent alors, à des successeurs désignés, l'État qu'ils déposséderont en Italie, et que cette option, cette incompatibilité soient une loi fondamentale de toute domination en Italie. Employons-y de la force et de la sincérité pour la maintenir! empêchons les troubles et la tyrannie : nous en avons les moyens. Soutenons les faibles et les opprimés : nous sommes assurés que nos seules menaces auront l'effet des plus grandes victoires; nous y gagnerons pour nous, honneur, repos et sûreté. — Ainsi s'exprimait M. d'Argenson.

Décision du roi Louis IV sur la mission de M. de Champeaux.

Je trouve bon que Champeaux aille à Turin; qu'il soit bien déguisé, car il doit être connu dans ce pays-là, et qu'il n'y demeure que quatre jours, après quoi toute la négociation sera rompue.

Si l'on n'accepte pas le premier projet, voilà celui par lequel on peut y suppléer.

Au roi de Sardaigne, tout le Milanais qui est à la rive gauche du Po, et à la droite, jusqu'à la Scivia.

A l'infant, toute la rive droite, depuis la Scivia jusques et compris l'État de Parme, le Crémonais (le fort de Gera-d'Adda rasé) et la partie du Mantouan qui est entre l'Oglio et le Pð. Celle

par de là, à la république de Venise, et ce qui est à la rive droite du Pô, au duc de Modène, avec l'éventualité du duché

de Guastalla, et aux Génois, la principauté d'Oneille avec final et le château de Serra-Valle.

11 mai 1753.

Traité secret conclu à Vienne, le 11 mai 1753, entre Marie-Thérèse,

impératrice d'Autriche et le duc de Modène'.

I

Comme on peut craindre avec raison que si la branche légitime masculine de la maison d'Este, en Italie, s'éteignait plus tôt ou plus tard, il n'en résultat de nouveaux troubles en Italie, pour les prévenir, le sérénissime duc de Modène a résolu de se choisir un successeur, autant qu'il est en lui, et de se nommer un héritier dès à présent, pour le cas dont il a été parlé, qui fût tel que non-seulement il put faire revivre l'ancienne gloire de la maison d'Este, mais y ajouter encore un nouveau lustre. Aucun prince n'a paru plus propre à remplir ces vues qu'un des sérénissimes archiducs puînés d'Autriche, comme étant issus eux-mêmes de la maison d'Este florissante en Allemagne, et dont un est destiné, dans ce même but, à devenir l'époux de sa sérénissime petite-fille.

C'est pourquoi dans le cas, comme il a été dit, où la branche légitime masculine de la maison d'Este viendrait tôt ou tard à s'éteindre en Italie et non autrement, en vertu du présent article et par cela même en vertu du traité solennel et irrévocablement convenu, le même sérénissime duc nomme héritier, dans la meilleure et plus sûre forme possible, de tous les pays qui sont sous sa domination et de tous ses biens tant féodaux que allodiaux, existants au moment de la succession, le sérénissime archiduc d'Autriche, Pierre-Léopold, ou celui de ses frères puînés qui, selon le contrat de mariage fait aujourd'hui, sera l'époux de la sérénissime petite-fille, et cela cependant de manière

1. Publié pour la première fois.

que, par cette désignation d'héritier universel quant aux biens allodiaux, il ne soit point dérogé aux droits qui competent ou peuvent compéter sur lesdits biens aux filles, petites-filles et seurs du duc susnommé, lesquels droits doivent être censés réservés en la meilleure forme, pour qu'il ne soit porté aucune atteinte aux droits d'un tiers. - Le sérénissime héritier, ainsi nommé, ne manquera jamais de son côté aux égards qu'il devra au sérénissime duc de Modène comme chef de famille.

II

Mais comme il peut arriver que, non-seulement toute la ligne masculine d'Este en Italie soit éteinte, mais de plus que toutes les femmes descendantes des sérénissimes princes héréditaires de Modène viennent à mourir, avant que le mariage convenu aujourd'hui soit consommé, ou aussi qu'elles meurent sans laisser d'enfants, le sérénissime duc sus nommé, désigne et nomme, d'une manière également solennelle et irrévocable, dès à présent pour lors, son héritier et successeur universel, sous la même condition cependant et réserve qui est exprimée dans l'article précédent, celui des sérénissimes archiducs puînés d’Autriche, qui, ce cas arrivant, se trouverait être l'aîné.

III

Le sérénissime duc de Modène promet qu'il aura soin que la présente convention secrète soit, ainsi que le contrat de mariage, confirmée par le consentement de son sérénissime fils, le prince héréditaire, avant l'échange des ratifications.

IV

Leurs Sacrées Majestés Impériales acceptent, de la manière la plus solennelle et la plus forte, la susdite nomination de successeur et d'héritier pour celui de leurs fils pufnés qu'elle pourrait tot ou tard concerner, et la confirment d'avance par leur consentement.

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