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III CLASSE

DES LETTRES DE

SAINT AUGUSTIN,

Qui comprend celles qu'il a écrites depuis l'année de la conference de Carthage, & de la decouverte de l'herefie Pelagienne en Affrique, jufques à la fin de fa vie, c'est à dire depuis l'an 411. jusqu'à l'an 430.

a

111. CLASSE. AN 411

* Ecrite vers le com

mencement de l'année

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LETTRE CXXIV. * Albine, Pinien, & Melanie, perfonnes de confideration d'Italie, ayant paffe la mer pour voir faint Auguftin, & ce Saint les fcachant déja à Thagafte leur écrit en ce lieu-là, & s'excufe de ce l'Eglife d'Hippone, plûtôt que la rigueur 96. de l'hyver, l'empêche d'y aller au devant

d'eux.

que

l'état de

AUGUSTIN faluë en JESUS-CHRIST fon tres-cher & tres-faint frere, & fes tres-cheres & tres-faintes fœurs dans le même J. C. le tres- illuftre Sei

C'étoit au

paravant la qui étoit la

227. & celle

124. eit prefentement la

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I.

gneur PINIEN * & les tres-illuftres Dames b ALBINE, &

MELANIE.

UELQUE infupportable que me foit le froid, ou par ma conftitution naturelle, ou par

ma mauvaise fanté, les horribles froids de cet hyver ne m'ont pas tant fait fouffrir que la peine que j'ay cu de vous fçavoir fi prés d'icy, & de n'avoir pû je ne dis pas courir, mais voler pour vous aller trouver, vous qui étes venus de fi loin pour me voir, c'eft à dire pour me procurer un bien que j'aurois été chercher au delà des mers.

a. Cette ALBIN E étoit fille de Melanie l'ancienne, & Mere de la jeune Melanie, qui fut mariée à Pinien. Melanie la mere les avoit retirez de Rome avec Publicola fon petit fils, quelque temps avant l'irruption des Gots, feion Pallade dans fon Hiftoire Laufiaque, où il nomme ce Publicola le jeune, pour le diftinguer de fon Pere du même nom mary d'Albine. Voyez la note fur le titre de la lettre 46. Ruffin avoit fuivi cette fainte troupe, & demeuroit avec eux en Sicile l'an 410. dans le temps que les Gots ravageoient l'Italie, comme il le temoigne luy-même dans fon Prologue ou lettre à Urface, qui eft au commencement du commentaire d'Origene fur le Livre des nombres, & mise au jour par Monfieur Valois dans fes remarques fur Eufebe livre 6 chapitre 38. Aprés la mort de Ruffin les autres vinrent à Carthage, & s'établirent enfin à Thagafte, comme on voit par cette lettre de faint Auguftin, & par ce qu'en dit Metaphrafte, dans la vie de la jeune Melanie au 31. Janvier.

III. CLASSE

Que vôtre fainteté ne croye pas neanmoins que ce foit la rigueur de l'hyver A N. 411. qui m'en ait empêché. Car quelque fâcheufes & quelque dangereufes - mêmes que ces horribles pluyes foient pour les voyageurs, je m'y ferois expofé fans hefiter, pour voir des perfonnes toutes brillantes des clartez lumineufes qui dérivent de la lumiere primitive, & que leur fainteté a portées à un degré d'élevation & de gloire d'autant plus éminent, qu'elles ont eu plus de mépris pour la grandeur, & d'amour pour l'humilité; des perfonnes cafin en quijaurois trouvé une fi grande confolation dans les maux que je fouffre au milieu de cette race corrompue & dépravée. J'aurois encore eu celle de prendre part à la joye fi pure & fi fainte de la ville où je fuis né *, qui a prefentement le bonheur de vous poffeder, & dont les Citoyens voyent de leurs propres yeux, ce qu'ils avoient peine à croire auparavant, lorfqu'on leur difoit, & le rang que vous teniez par vôtre naiffance, & celuy où la grace de Jefus- Chrift vous a réduits. Car à peine le pouvoient-ils croire; ou fi la charité le leur rendoit croyable, ils n'ofoient le dire à d'autres peur de n'étre pas crûs.

de

* Thagafte.

III. CLASSE.

A N. 41.

ruption des Barbarcs.

2. Je vous diray donc pourquoy je ne fuis point allé vers vous, & quels font les maux qui m'ont privé d'un fi grand bien; & je vous le diray non feulement pour m'excufer envers vous, mais encore pour obtenir par vos prieres les mifericordes de celuy qui par la vertu secrete de ce qu'il opere en vous, fait que vous ne vivez que pour luy.

Le Peuple d'Hippone,au fervice duquel Dieu m'a attaché, & qui pour la plufpart eft fi foible que les plus legeres attaques de la tribulation le mettent en danger, en fouffre prefentement de * Par l'ir- fi grandes, * que quand il ne feroit pas foible comme il eft, à peine pourroit-il s'empêcher de tomber dans le dernier abbatement. Je l'ay même trouvé à mon retour dans un état qui me fait voir que mon absence luy a été une occafion de scandale tres-dangereufe. Or vous comprenez parfaitement, vous dont l'ame pleine d'une vigueur fpirituelle, fent toute la force des paroles qui partent du mouvement de l'efprit de Dieu, vous comprenez, dis-je, parfaitement ce que c'cft que ce fentiment qui a fait dire à l'Apôtre, Qui 2. Cor. 11. peut étre affoibly fans que je m'affoibliffe avec luy,& qui peut étre fcandalife fans que je brûle?

29.

Nous

pas

la

III. CLASSE.

Nous fommes d'autant plus obligez d'entrer dans cette difpofition du grand AN. 411. Apôtre, qu'il y a icy bien des gens qui nous calomnient, & qui ne cherchent qu'à donner entrée au demon dans le cœur de ceux-mêmes qui paroiffent nous aimer, car c'est ce qu'ils font, lorfqu'ils tâchent de les foûlever contre nous. Or quand ceux-mêmes dont le falut eft le principal objet de nos defirs & de nos foins,s'aigriffent &s'irritent contre nous, tous les maux qu'ils pourroient avoir deffein de nous faire, ne nous feroient à beaucoup prés fi fenfibles que mort invifible qu'ils fe donnent à euxmêmes, & qui se manifeste par la corruption du dedans, avant qu'on s'en арperçoive au dehors. Je croy que cette peine où je fuis me fervira d'excufe, & d'autant plus que quand vous me voudriez mal, & que vous feriez en difpofition de vous venger, vous ne fçauriez me faire rien fouffrir qui égalât la peine que j'ay de vous fçavoir à Thagafte,& de ne vous point voir. Mais j'efpere que dés que ce qui m'arrête fera ceffé, avec le fecours de vos prieres,je vous iray voir en quelque part de l'Affrique que vous foyez, fi cette ville où je fuis dans les travaux dont Dieu m'exerce, n'eft pas

Tome 111.

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