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vant les brebis de Jefus-Chrift, pourque nous la bûffions pure & claire dans le fond de nôtre confcience.

3. Car quant à ce que vous me propo

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III. CLASSE. A N. 411.

Les chofes

claires fembrouillent

par la mamere dont quelques uns les trait

Maxime

fez par vôtre lettre, d'examiner entre les plus nous ce que doit valoir un ferment extorqué par force, prenons garde, je vous prie, que nos difcours n'embrouillent & ne rendent obfcure la chofe du monde la plus claire. IL N'Y a point de fervi- tent. teur de Dieu,qui fevoyant menacé d'une mort certaine, s'il ne jure de faire quelque chofe de deffendu & de criminel, certaine fur ne dût fe laiffer tuër, plûtôt que de faire les fermens. un ferment dont il ne pourroit s'acquitter que par un crime. Mais lors que l'on s'eft trouvé obligé par les clameurs & les inftances de tout un peuple, de promettre avec ferment, bien loin d'étre criminel, eft tres-permis & tres- legitime, que tout le danger qu'on a couru dans une telle rencontre a été que quelques méchans, comme il s'en gliffe toûjours parmy les plus gens de bien, fe pretendant maltraitez & offenfez, & ne cherchant que quelque occafion de piller les riches, ne profitaffent de cette émeute populaire, & ne fe portaffent à quelque violence, & que ce danger là même n'a pas été fort preffant, qui ofera

III.

CLASSE.

dire, que pour éviter, je ne dis pas des A N. 411. pertes incertaines, ny des outrages, & des coups, mais la mort même, on dûr fe parjurer certainement?

Regulus.

Ce Regulus de l'ancienne Rome ne fçavoit rien de ce que dit l'Ecriture de l'impieté des faux fermens, & n'avoit point entendu parler de cette faulx dont le Prophete Zacharie menace les parjures: il n'avoit juré que par les fuperftitions facrileges des idolâtres, & non pas par les Sacremens de Jefus Chrift.Cependant bien loin de fe tenir quitte de fon Zach. 5.3. ferment fous pretexte qu'il auroit pû dire qu'il s'étoit trouvé forcé à le faire la crainte des tourmens & d'une forte de mort dont la cruauté fait hor

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Religieux à garder fon ferment.

Severité

de Rome contre les Payens.

par

?

reur ce fut affez pour luy d'avoir juré,

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pour fe livrer volontairement à ces tourmens & à cette mort, plûtôt que de fe des Cenfeurs parjurer. Les Cenfeurs de Rome chafferent méme du Senat, non feulement ceux que la crainte des tourmens & de la mort fit refoudre à fe parjurer ouvertement, plûtôt que de retourner parmy des ennemis fi cruels, mais même celuy qui pretendit avoir fatisfait à fon ferfubtilitez en ment, en fe donnant je ne fçay quelle matiere de affaire, qui le fit rentrer pour un moment chez les ennemis aprés en étre forti,

Fauffes

rporale

odieufes

III. CLASSE.

A N. 411.

Ces Cenfeurs ne s'arrétant pas à l'intention qu'il avoit euë en jurant, mais à ce que ceux à qui il avoit juré atten- même aux doient de luy.

Payens.

Par où fe

gation

Pourrions-nous donc compter au nombre des Saints, & juger dignes de la regle l'obli gloire du Ciel, ceux qui feroient coupa- qu'emporte bles du même crime pour lequel ces le ferment. Romains furent jugez indignes de demeurer au nombre des Senateurs ? Cependant ces Cenfeurs n'avoient point Îû ce que nous chantons tous les jours, qu'il n'habitera dans les Tabernacles du Pfeau.14.5. Seigneur que ceux qui ayant fait un ferment à leur prochain, ne fçavent ce que c'est que d'y manquer. Comment fe peut-il donc faire qu'au même temps que nous admirons ceux qui ont été capables de ces grandes actions, quoiqu'ils ne connuffent point le nom de JesusChrift, & qu'ils n'euffent aucune part à fa grace, nous en foyons encore à demander, s'il n'eft point permis de fe parjurer en quelques rencontres, & à confulter fur cela les Livres faints, c'est à dire ces mêmes livres, qui de peur qu'en jurant trop facilement nous ne tombions dans le parjure, vont même jusqu'à nous deffendre abfolument de jurer? 4. Pour

moy je fuis convaincu de la

Math-5.34.

11.

CLASSE.

A-N. 411.
Belle re-

gation des

fermens.

Decifion

precife contre toutes les fubtilitez par où l'on

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verité de cette maxime, que LA FOY du ferment n'eft gardée, que lors que l'on remplit non ce que fignifient à la lettre les gle fur l'obli- termes dans lefquels il a été conçû, mais l'attente de celuy à qui l'on l'a fait quand on l'a connuë en le faifant. Car IL EST fort difficile que les termes dont on fe fert en jurant, & fur tout quand il y en a peu, renferment exactement tout ce que la religion du ferment exige de celuy qui a juré. Ainfi quoY qu'on effectue tout ce que fignifient à la lettre les termes du ferment, on eft parjure fi l'on trompe l'attente de ceux à qui l'on l'a fait, & dés qu'on l'a remplit Luder la foy on n'eft point parjure, quoique d'aildes fermens. leurs on n'execute pas à la lettre tout ce qu'emporte la fignification des termes du ferment. Auffi voyons-nous que comme ceux d'Hippone n'ont desiré d'avoir parmy eux le faint homme Pinien, que comme un de leurs plus chers Citoyens, & non pas comme un homme à qui on auroit donné leur ville pour prifon, aucun de ceux qui ont fçû qu'il étoit obligé de faire un voyage, & qu'il ne s'en alloit qu'avec deffein de revenir, n'a été fcandalifé qu'il fe foit abfenté depuis fon ferment; parce qu'encore que par les termes du ferment, on ne pût

voudroit é

pas trop bien dire ce que c'eft qu'ils CLASSE. ont attendu de luy, cela eft d'ailleurs A N. 411. certain & connu de tout le monde. Ainfi il ne fera, ny ne paffera pour parjure qu'en cas qu'il trompe leur attente; & il ne la trompera point, à moins qu'il ne ceffe de vouloir s'établir parmy eux, ou qu'il ne s'en aille pour ne plus revenir, ce que je ne croy pas qu'il y ait lieu de craindre d'un homme fi faint, & d'un fi religieux obfervateur de la foy qu'il doit à Jefus-Chrift & à fon Eglife.

A quoy

Car fans parler de ce que vous fçavez auffi bien que moy, je veux dire de la I feverité des jugemens de Dieu dans la punition des parjures, il faut convenir que nous ne fçaurions plus trouver mauvais que l'on n'ajoûte aucune foy à nos fermens, fi nous prenions le party d'excufer, ou même de foûtenir le parjure où s'exposent ceux qui feroit tombé un auffi faint homme que cherchent à Pinien; & c'eft dequoy je prie celuy éluder l'oblidont la mifericorde tire de la tentation fermens. gation des ceux qui mettent en luy toute leur efperance, de nous garantir auffi bien que luy. Tout ce qu'il a donc à faire c'est de fuivre l'avis que vous luy donnez dans la réponse que vous luy avez faite, c'est à dire, de garder la promeffe qu'il a faite de fe tenir à Hippone, comme

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