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quement était achevé au golfe Juan, sur la plage de Cannes. L'Empereur sortit du brick le dernier.

On établit , jusqu'au lever de la lune un bivouac au bord de la mer dans une prairie entourée d'oliviers. S. M. , seule sur la route, șe promenait, interrogeait les paysans , les rouliers qui passaient, tandis que le grand-maréchal, le comte Drouot, les généraux Cambronne, le baron Jermanouski et leurs officiers exécutaient les ordres donnés et achevaient de prendre les dispositions nécessaires.

A onze heures du soir, par une nuit superbe, on leva le bivouac, et l'Empereur se mit en marche à la tête de cette poignée de braves au sort de laquelle étaient attachées de si grandes destinées.

La petite troupe se rendit d'abord à Cannes. Le peuple , à peine instruit dų retour miraculeux de l'Empereur, fit éclater des transports qui furent le premier présage du succès de l'entreprise. On marcha toute la nuit, et le lende

main on entra à Grasse ; la ville était déserte , les boutiques fermées , sur le bruit répandu qu'un ramas de corsaires était débarqué ; mais aussitôt que les guerriers de la garde se furent fait connaître, aussitôt que le nom de Napoléon eut été prononcé, le peuple sortit en foule, les boutiques se rouvrirent, et les besoins des soldats furent satisfaits ; toutes les fournitures furent faites et payées du meilleur accord.

Après une halte d'une heure , et au signal du départ, toute la population rassemblée fit entendre les cris de vive l’Empereur ; et, pour la deuxième fois, les voeux du peuple accompagnèrent S. M.

Il fallut laisser à Grasse six pièces de campagne, emmenées de l'île d'Elbe , et qui devenaient d'un transport difficile à travers les montagnes. L'Empereur se remit en marche par Saint-Vallier ; et dans la soirée du 2 il arriva au village de Cérénon , ayant fait vingt lieues dans cette première journée.

S. M. avait fait à pied une partie de la route. On marchait vite ; plusieurs fois l'Empereur tomba mais sans se faire de mal. Les grenadiers du grand Frédéric appelaient par amitié leur héros Fritz ; les grenadiers de Napoléon le nommaient entre eux Jean de l'épée. L'un d'eux le voyant se relever gaiement, - A la bonne heure , dit-il, il ne faut pas que Jean de l'épée se donne une entorse aujourd'hui ; il faut qu'il soit Jean de Paris avant; et tous d'éclater de rire à ce propos libre et comique.

- Qu'est-ce qui fait donc rire les gro , gnards ? demanda l'Empereur , en riant lui-même. Sans doute qu'il les avait entendus.

Et en effet , ils grognaient souvent de se voir forces de dévorer des marches aussi longues ; puis , une fois arrivés, ils se disaient: Jean de l'épée en fait plus que nous; le chemin que nous avons fait nous ne l'avons plus à faire.

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Le 3 l’Empereur coucha à Barême; le 4 il dîna à Digne.

De Castellane à Digne, et dans tout le département des Basses-Alpes , les paysans , instruits de la marche de S. M., accouraient de tous côtés sur la route et manifestaient leurs sentimens avec une énergie qui ne laissait

pas

de doutes, .. Le 5, le général Cambronne, avec une avant-garde de quarante grenadiers s'empara du pont et de la forteresse de Sisteron.

Le même jour , l'Empereur coucha å Gap avec dix hommes à cheval et quarante grenadiers.

L'enthousiasme.qu'inspirait la présence de S. M. aux citoyens de toutes les classes dans ces départemens , la haine qu'ils portaient à la noblesse , faisaient assez comprendre quel était le vou général de la province du Dauphiné.

Avant de les quitter, l'Empereur leur exprima ainsi toute sa satisfaction :

Aux habitans des départemens des Hautes

et Basses-Alpes.

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« Citoyens , » J'ai été vivement touché de tous les sentimens que vous m'avez montrés ; vos voeux seront exaucés. La cause de la nation triomphera encore !!! Vous avez raison de m'appeler votre père; je ne vis que pour l'honneur et le bonheur de la France. Mon retour dissipe toutes vos inquiétudes ; il garantit la conservation de toutes les propriétés. L'égalité entre toutes les classes, et les droits dont vous jouissiez depuis vingt-cinq ans, et après lesquels nos pères ont tous soupiré, forment aujourd'hui une partie de votre existence.

Dans toutes les circonstances où je pourrai me trouver, je me rappellerai toujours, avec un vif intérêt, tout ce que j'ai vu en traversant votre pays. »

A deux heures après midi, le 6, l’Em

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