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Le soir, la ville, le port furent spon

tanément illuminés.

Dès le matin de ce jour, la proclamation suivante avait été publiée.

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« Les vicissitudes humaines ont conduit au milieu de vous l'Empereur Napoléon, et son propre choix vous le donne pour souverain. Avant d'entrer dans vos murs, votre auguste et nouveau monarque m'a adressé les paroles suivantes, que je m'empresse de vous faire connaître, parce qu'elles sont le gage de votre bonheur futur.

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*

Général, j'ai sacrifié mes droits aux » intérêts de la patrie, et je me suis ré» servé la propriété et la souveraineté » de l'île d'Elbe. Toutes les puissances » ont consenti à cet arrangement; faites >> connaître aux habitans cet état de

choses, et le choix que j'ai fait de leur » île pour mon séjour, en considération

» de la douceur de leurs moeurs et de leur » climat : dites-leur qu'ils seront l'objet » de mon intérêt le plus vif... »

» Habitans de l'île d'Elbe, ces paroles n'ont pas besoin de commentaire; elles formeront votre destinée : l'Empereur vous a bien jugés; je vous dois cette justice, et je vous la rends.

Habitans de l'île d'Elbe, je m'éloignerai bientôt de vous : cet éloignement me sera pénible, parce que je vous aime sincèrement; mais l'idée de votre bonheur adoucit l'amertume de mon départ; et, en quelque lieu que je puisse être, je me rapprocherai toujours de cette île, par le souvenir des vertus de ses habitans ».

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Le général de brigade DELESME. Porto-Ferrajo, 4 mai 1814.

Les jours suivans furent employés par S. M. aux arrangemens indispensables pour son établissement dans l'île. Des travaux furent ordonnés, commencés et poussés avec vigueur. Le nouveau sou

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verain fit ensuite diverses courses aux environs de Porto-Ferrajo et de PortoLongone, s'assura de l'état de l'agriculture, de la nature des ressources que les plus pauvres insulaires pouvaient se procurer dans les campagnes ; des différens avantages, des produits plus ou moins certains que leur présentaient le commerce, la pêche, l'extraction des marbres, des métaux. Il visita les carrières et surtout les mines de fer, qui font la principale richesse de l'île, et dont luimême avait autrefois affecté les revenus à la dotation de la légion d'honneur (1).

(1) Notice sur l'île d'Elbe. '

Une courte notice sur l'île d'Elbe me paraît indispensable ici pour éclaircir plusieurs points

de la narration.

Elbe (en grec OEthalie, en latin Ilva, et Elba en italien) est une île de la Méditerranée, sur les côtes de la Toscane, vis-à-vis Piombino, dont elle n'est séparée que par un canal de dix milles, à treize lieues de l'île de Corse, à qua

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Mais dès lors, et en rassemblant ainsi les premiers aperçus nécessaires, il se

rante-cinq de Rome, quatre-vingt-cinq de Naples, et environ trois cent trente de Paris.

J. J. Rousseau a dit, en parlant de la Corse : J'ai l'idée qu'un jour ce petit coin de terre étonnerà l'univers. Et sa prédiction s'est accomplie. Qui eut pensé qu'un obscur rocher de la Méditerranée fixerait les regards de l'Europe attentive, et devrait au même grand homme sa célébrité à venir!

L'île d'Elbe était connue des anciens et déjà peuplée, que Rome n'était pas encore bâtie.

Strabon, Pline, Ptolomée, Pomponius Mela ont parlé de cette île. Virgile, dans le dixième livre de l'Enéide, en faisant le dénombrement des troupes qui s'étaient rangées sous les drapeaux d'Enée, après son débarquement en Au sonie, y comprend trois cents guerriers venus de l'île d'Elbe.

Ast Ilva trecentosTM
Insula, inexhaustis chalibum generosa metallis.
Ilva, qui des métaux est la mère féconde ;
Ilva, qui pour ceinture a l'empire de l'onde,

Y joint trois cents guerriers exercés aux combats,
Et fournit à la fois son fer et ses soldats.

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(Taduction de l'abbé Delille)

réservait de donner plus particulièrement ses soins à chaque partie de l'administra

Cette ile forme un triangle presque équilatéral; on porte sa circonférence à vingt-six lieues, mais c'est à raison des enfoncemens et des détours qué présentent ses côtes. En 1778 sa population était à peine de huit mille habitans ; elle s'élève maintenant à près de douze mille.

Le plus long jour y est de quinze heures, et le pôle s'y élève à la hauteur de quarante-un degrés et demi.

Les Étrusques l'occupèrent les premiers ; elle janit pendant quelques instans du privilége de ces villes de la Grèce qui se gouvernaient par leurs propres lois, et que l'on nommait pour cela Autonomes. Soumise ensuite tour-àtour aux Carthaginois et aux Romains, dévastée par les Vandales, les Hérules, les Lombards, après la chute de l'empire d'Occident, elle tomba sous la domination des Pisans au com. mencementdu onzième siècle. Dans le treizième, les Génois enlevèrent aux Pisans et vendirent aux Lucquois l'île d'Elbe et la principauté de Piombino. Vers le milieu du seizième siècle, le viceroi de Naples s'empara de l'île d'Elbe au nom de l'Espagne ; les Espagnols firent alors forti

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