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rité, de créer de nouvelles branches d'industrie, de s'environner enfin de tous les élémens nécessaires pour adoucir le sort de ses nouveaux sujets. Il s'était convaincu que l'île d'Elbe, quelque soin que l'on apportât à sa culture, ne pouvait fournir assez de blé pour la consommation de ses habitans. Ses roches de granit où verdit le figuier sauvage, ses coteaux couverts de bois, de tamarins ses vallées même n'offrent souvent, dans de longs espaces, que des bruyères, parmi lesquelles s'élèvent l'agnus-castus et le genévrier sauvage, et ne conviennent qu'en peu d'endroits au développement des plantes céréales. C'était pour triompher, autant qu'il lui serait possible, des obstacles que présentent l'aspect de l'île, qu'il se rendait à Pianosa, qu'on lui avait représentée comme offrant un terrain plus bas, plus uni, susceptible d'être humecté par des irrigations bien ménagées, et de pouvoir ainsi, avec du temps

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et du travail, se couvrir de riches mois

sons.

L'île de Pianosa était absolument déser-te; on n'y trouva que quelques chevaux qui parurent au premier abord être des chevaux sauvages. L'on apprit ensuite qu'ils appartenaient à des paysans Elbois', qui les y transportaient pour les laisser paître en liberté dans les prairies.

Ces chevaux, ainsi livrés à leur caprice, s'abandonnent en peu de temps, en effet, à un instinct d'indépendance tel que leurs maîtres mêmes ne peuvent plus s'en emparer que lorsque leur troupe se rend à travers un défilé à une fontaine pour y boire.

L'Empereur, après s'être assuré qu'il serait facile de transformer cette terre aride en champ de froment, fit construire un fort, afin de mettre à l'abri des invasions des Barbaresques la petite colonie d'agriculteurs qu'il voulait y envoyer.

Ce ne fut que le 26 que les braves de

sa vieille garde, qui s'étaient associés à sa destinée, arrivèrent à l'île d'Elbe.

Cette garde généreuse avait traversé la France au milieu des témoignages les moins équivoques d'amour, d'admiration et même de respect, non seulement de la part de leurs concitoyens, mais encore de la part des étrangers.

Dans toutes les villes où elle s'arrêtait on envoyait bivouaquer les soldats Autrichiens logés chez le bourgeois, et les meilleures places étaient pour les braves de la garde. A table avec les sous-officiers, les soldats des corps ennemis, les officiers impériaux eux-mêmes voulaient que l'on servît toujours les grenadiers français avant leurs soldats.

Une seule fois, un vieux major se refusa à céder ses logemens à la garde. Son refus était proféré d'une manière insultante: Tu te conduis ainsi ! lui dit le général Cambronne; eh bien! fais placer tes soldats d'un côté, je vais mettre

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les miens de l'autre, et nous verrons à qui les logemens resteront.

A Lyon, on fit traverser à la petite troupe le faubourg de la Guillotière. Dans la ville, où l'on parut craindre de les laisser pénétrer, vingt mille Autrichiens étaient sous les armes ; mais s'ils n'entrèrent pas dans cette cité, ces guerriers qui rappelaient tant de gloire, imrimaient tant de vénération, toute la cité en revanche se rendit au-devant d'eux et les accompagna. Bourgeois, négocians, artisans, surtout ce bon peuple, toujours tant calomnié quand il n'est pas compté pour rien, la majeure partie des habitans enfin (et à coup sûr nul intérêt ne les dirigeait alors), accueillit avec transport la phalange immortelle, et lui exprima ses regrets.

Les voilà ces braves; ils ne l'ont point abandonné ceux-là; ils vont le rejoindre à l'île d'Elbe.

Parmi cette multitude il n'y eut qu'un

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seul homme et une vieille femme qui criè"rent vive le Roi ! les grenadiers y répondirent par le cri accoutumé, le cri chéri de vive l'Empereur! Un officier Autrichien, spectateur chagrin de ce tableau animé, s'était avisé de vouloir frapper de son épée un soldat qui, hors des rangs, criait plus fort que les autres ; un Lyonnais lui arracha l'arme, la brísa, et lui dit: Si tu veux ravoir les morceaux viens les chercher chez moi.

Tous ces braves, attendus avec impatience, brûlant eux-mêmes d'être au terme de leur voyage, venant de traverser les Alpes, et après avoir salué au passage du Mont-Cenis les travaux inouïs de leur héros, avaient passé à deux lieues de Turin, et étaient venus s'embarquer à Sa

vonne.

Le jour de leur arrivée dans l'ile, fut un jour de fête pour le général et ses soldats, le prince et ses sujets : c'étaient des orphelins qui retrouvaient un père;

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