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pas encore vingt ans accomplis, lorsqu'en 622 triomphé sans combat; il approchait de l'âge Clotaire l'établit roi d'Austrasie, en lui don- mûr, cherchait el récompensait le mérite; il nant pour principaux conseillers l'iliustre avait de l'instruction, un esprit aimable; il Pepin de Landen et saint Arroul, évêque de aimait les arts, avait procuré à la France une Metz. Ce dernier surtout et saint Cunibert paix glorieuse, et lout annonce que s'il eût de Cologne, son successeur, s'appliquèrent vécu plus longtemps, la fin de son règne cût particulièrement à le former à la vie d'un fait oublier les malheurs de ses premières prince chrétien. Tant qu'il suivit les con- années. seils de ces sages ministres, son règne fut Ses lois. Avant toute autre chose, nous heureux et florissant au poiat de lui con- devons observer que les lois dont nous avons cilier, avec l'amour de ses propres sujets, le à rendre compte ici avaient d'abord été rérespect et l'admiration des nations étran- digées par les soins de Thierri I“, roi des gères. Rien de plus intéressant en effet que Français, puis rectifiées et augmentées par de voir un tout jeune prince veiller tui- quelques-uns de ses successeurs. Dagobert même à tout et rendre avec un soin infali- ne til que les recueillir, et, après les avoir gable la justice à chacun de ses sujets. Ni retouchées, les publia telles que vous les les présents, vi la considération des per- possédons aujourd'hui. C'est sur ce principe sonnes ne pouvaient influer sur sa con- qu'on est convenu de les lui attribuer, comme science, qui ne suivait en toui que ce qui lui lui appartenant plus légitimement qu'à ausemblait être selon l'ordre et l'équité. Mais cun des rois ses prédécesseurs. Ces lois sont de si heureux commencements furent bientôt celles des Ripuaires ou Ripuariens, des Al1létris par une conduite pleine de scandales. lemands et des Bavarois, tous anciens peuAprès la retraile de ses ministres, on le vit ples qui habitaient vers le Haut-Rhin. On se livrer à la débauche, changer de femme croit communément que Dagobert les pusans respect pour la religion dont il blessit blia vers l'an 630. Mais peut-être serait-on la morale, alors même qu'il enrichissait les mieux fondé à avancer cetie époque de queléplises. En effci, uialgré ses débordements, ques années, et à la fixer au temps où ce Dagobert accorda de grandes libéralisés aux prince gouvernait le royaume d’lustrasie, églises de Verdun, de Rebais, d'Aumond, en y faisant régner la justice et l'équité. d'Aninsole, aujourd'hui Saint-Calais, et prin- 1° La loi des Ripuaires comprend quatrecipalement de Saint-Denis dont il est re- vingt-neuf litres, la plupart subdivisis en gardé comme le fondateur. Il aimait aussi à plusieurs articles. Elle a beaucoup de rapréunir à sa cour de saints personnages, port avec la loi salique; mais elle participe comine saint Didier de Cahors, saint Eloi, encore plus des lois romaines. Le style en saint Quen, alors connu sous le nom de Da- est beaucoup moins barbare que celui de don, saint Vandré isille et plusieurs autres. Si cette loi primitive, quoiqu'on y trouve encore nous faisions ici de l'histoire politique, nous plusieurs expressions qui se ressentent de dirions que le règne du roi Dagobert est un i'ancienne rusticité de ces peuples. A cua des plus curieux à étudier, pour le philo- près, elle tend, comme la loi salique, à résophe observateur qui chercherait à décou- primer le vol, le meurtre, le rapt et tous les vrir à son origine, et à suivre dans ses pre- autres crimes, en admettant une distinction miers développements , la puissance de ces entre les hommes libres et les serfs, entre fameux maires du palais, qui, plus tard, su- les cleres et les laïques; elle règle également rent porter échec à la puissance même de la les peines dues aux coupables, et les fait royauté. Après plusieurs alternatives de presque loutes consister en amendes ou contrèves et de combats qui finirent par la paix positions arbitraires; elle prescrit aux jnges générale de la France, Dagobert mourut à les devoirs de leur charge et leur interdit de Epinai des suites d'une dyssenterie le 19 recevoir aucun présent pour éviter dere janvier 638, à l'âge de trente-six ans, et fut corrompus; enfin elle détermine la manière enterré à Saint-Denis, où jusqu'à la fin du de vider beaucoup de dillérends entre perXVIII° siècle on a continué de célébrer son ties, sans procédure et sans frais, Ceile loi, anniversaire avec une pompe digne d'un roi. réunie à la loi salique et à quelques autres Dagobert mourut regretté, malgré ses dé- opuscules, et collai.onnée sur un manuscrit bauches et son goût pour le luxe, qui l'en- de la ville de Tours à la date du ix° siècle, a gageait à multiplier les impôts. Il portait ce été publiée par Eckhard, en un vol. in-8°, à goût si loin, qu'il s'était fait faire un trône Francfort et à Leipsik, en 1720. Cette édid'or massif, dont la matière provenait du tion, enrichie de notes savantes et curieuses, commerce extérieur qui prit quelque activité est la meilleure que nous possédions. sous son règne. Parmi les cruautés qui souil- 2° La loi des Allemands contient quatrelent sa mémoire, le meurtre des Bulgares est vingt-dix-neuf titres presque tous partagés la plus remarquable. Ces peuples, fuyant de- en plusieurs articles ou chapitres. Elle est' vant les Huns, furent d'abord accueillis par beaucoup plus volumineuse que la précéDagobert qui, craignant ensuite qu'ils ne se dente; elle s'étend particulièrement sur ce rendissent maîtres du pays qu'ii leur avait qui regarde les clercs et les choses ecclécédé, les fit égorger dans une même nuit au siastiques, et suppose les peuples auxquels nombre de dix mille familles. Il avait montré elle est adressée, beaucoup plus policés que dans le commencement de son règne qu'il Jes Ripuaires. Elle entre dans un grand décúdait à des conseils vertueux; les passions tail des injures faites à un évêque, à un prè. auxquelles il se livra ensuile n'avaient point tre, à un simple clerc, à un moine, el pro

portionne toujours la peine à la dignité de mier est un manifeste, ou lettres-patentes, la personne offensée. Ces peines, au reste, pour notifier l'élection de ce prélat, et les sont des amendes ou des compensations ré- motifs qui ont porté le prince à la favoriser. gives por arbitres comme dans la loi des Ri- Le second est une lettre à saint Sulpice de puariens. Il n'y est question de la peine de Bourges, pour l'engager à aller à 'Cathors nort que pour meurtre commis sur la per- consacrer le nouveau prélai, et à convoquer sonne d'un duc. On n'a guère de lois qui les évêques de sa province à cette cérémorelalent avec des détails plus clairs et plus nie. Ces deux pièces sont datées du sixièmo précis les différents sujets de contestation des ides d'avril, ce qui revient au huit du entre parties. Outre les quatre-vingt-dix- même mois de l'an 629, huitième du règne neuf litres qui composent celte loi dans les de Dagobert. La lettre est passée dans la premières éditions, le savant critique Baluze Collection générale des conciles; et l'auteur a découvert, dans un ancien manuscrit de de la Vie de saint Didier a inséré l'une et Reitas, deux additions qui y ont été faites, l'autre dans son ouvrage. pour en expliquer plus clairement certains DALMACE.-De tous les moines de Conpeints, et les a fait imprimer à la suite. stantinople saint Dalmace fut un des plus L'une de ces additions comprend quarante- célèbres par ses vertus. Né d'une famille qualre articles avec quelques lacunes, ct distinguée, il avait suivi quelque temps lo l'autre seulement trois.

parti des armes et servi sous le grand ThéoLa loi des Bavarois (Bajuvariorum) n'a dose. Il se maria sous l'empereur Valens, et que vingt-un titres, ce qui ne l'empêche pas il était père de plusieurs enfants, lorsque le d'atre plus étendue que les précédentes, désir de servir Dieu avec plus de fidélité lui parce que chaque !itre contient plusieurs fit abandonner ses charges, ses biens, sa capitules, quekjuefois ju:qu'à vingi, et cha- famille et entrer avec saini Fausle, son fils, que capitule plusieurs articles. Elle est à dans un monastère de Constantinople, diripeu près dans le même genre que les autres, gé par saint Isaac. Bulteau, dans son Hisavec ceite différence seulement qu'on y a toire monastique d'Orient, dit que Dalmace inséré plusieurs articles, qui font le sujei de passa une fois quarante jours sans manger, divers canons de conciles. Tels sont entre et qu'il vécut quarante-huit ans dans la soautres ceux qui regardent le droit d'asile litude du cloitre sans jamais en sortir. Ceaccordé aux églises, les mariages inces- pendant les besoins de l'Eglise l'arrachèrent tueux, la sanctification du dimanche, l'ha- à sa retraite et le forcèrent à la quitter pour bitation des prêtres et des diacres avec des un instant. Dalmace s'était prononcé contre femmes. La peine portée contre celui qui le patriarche Nestorius et correspondait avec terait un évèque est tout à fait remarqua- saint Cyrille. Voulant détromper l'empereur ble. On lui fera une tunique de plomb sui- Théodose prévenu contre le concile d'Evant sa taille, et il en payera le poids en or, phèse, il résolut de l'aller trouver. Les abou la valeur sur ses biens. S'ils ne sont pas bés de Constantinople et tous leurs moines se Süllisants, il se livrera lii, sa femme et ses joignirent à lui. Ils portaient des cierges, enfants au service de l'Eglise. En général, chantaient des cantiques, et, suivis d'une ces lois, quoique remplies de mols barba- foule considérable ils se rendirent en prores, sont importantes pour faire connaître cession au palais. Les abhés y entrèrent les usages des anciens peuples. Nous en seuls. Dalmace présenta à Théodose la lettre avons plusieurs éditions faiies en divers du concile. Le prince la lut, y ajouta foi et litur et en divers temps. Elles se trouvent permit qu'on lui envoyat des députés. Il imprimées avec la loi' salique, les lois des suspendit même, sur les remontrances de Bourguignons et des Saxons, en un petit vo- l'abbé Dalmace, la résolution où il était lume 111-16, sans date, sans adresse et sans d'exiler saint Cyrille et Memnon qu'il renom d'imprimeur. On les a également re- gardait l'un et l'autre comme justement décueillies dans le Code des lois anciennes, qui posés. Indépendamment de cette lettre à parut d'abord à Bale, en 1557, en un volume l'empereur, le concile en avait écrit une auju-folio, puis dans le même format, à Franc- tre à saint Dalmace. Le pieux abbé dans sa fort, en 1613, par les soins de Frédéric Lin- réponse témoigne aux évêques d’Ephèse denbrog. Eofin, en 1677, Baluze les fit réim- coinbien il étail sensible à leurs maux et aux primer à la tête des Capitulaires de nos rois, victoires que Dieu leur avail ménagées dans et les rangea dans l'ordre que nous avons leurs souffrances mêmes. Il proteste qu'il était suivi pour en rendre compte. C'est dans cet prêt à exécuter ce qu'ils désiraient de lui, et ordre aussi et d'après cette édition plus cor- que jusque-là il ne s'était jamais refusé rien recte que toutes les précédentes, qu'elles de ce qui pouvait leur être utile, parce qu'il ont été reproduites dans le Cours complet de était convaincu qu'il

était convaincu qu'il s'agissait des intérêts Patrologie.

de Dieu. Il paraitrait que saint Dalmace Autres monuments du règne de Dagobert. - écrivit cette lettre avant d'avoir parlé à Indépendamment de quelques diplômes de l'empereur, à moins que par modestie il ait Dagobert en faveur de plusieurs églises, on voulu laisser à d'autres le soin d'informer le nous a conservé deux autres monuments du concile des résultats de l'audience qu'il ('n règne de ce prince, qui ne laissent pas d'a- avait obtenue. Quoi qu'il en soit, dans o voir une certaiuc importance pour l'histoire seconde lettre qu'il lui adressait d'Ephèse, le de saint Didier, évoque de Cahors, ct qui concile reconnaissait que c'était a saint sont liés-lionorables à sa mémoire. Le pre- Dalmace et à lui seul qu'on devail d'avuir

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découvert la vérité à i empereur. Du reste, soit parce qu'il avait plusieurs monastères les Pères du concile savaient qu'avant même sous sa direction, soit parce qu'il était le quç Nestorius vint à Constantinople, Dieu doyen des abbés de Constantinople : ce titre avait révélé au saint abbé Dalmace ce que ce de prééminence passa à ses successeurs. patriarche intrigant avait dans le cour, puis- Pour reconnaître les services qu'il rendit à qu'il répétait à tous ceux qui l'allaient visiter l'Eglise dans l'affaire de Nestorius, les Pères à sa cellule de se garder de cette bête mal- du concile lui firent donner la qualification faisante qui devait causer de grands ravages d'avocat du concile d'Ephèse. Il avait alors par sa doctrine. Dans cette même lettre, les quatre-vingts ans. On croit qu'il mourut Pères du concile priaient le saint abbé de l'année suivante 432. L'Eglise honore sa continuer ses bons ollices à l'Eglise en les mémoire le 3 août. Nous ne connaissons de aidant à terminer les dillicultés qui s'éle- lui d'autres ouvrages que les lettres dont vaient contre les dogmes les plus sacrés de nous avons dit un mot, et le discours dont la foi. A la suite du récit de ce qui se nous avons reproduit un fragment. passa à l'audience de l'empereur, on trouve DALMACE, archevêque de Narbonne, faun écrit intitulé : Apologie de saint Dalmace, briqua, vers l'an 1089, une prétendue lettre où nous lisons qu'au sortir de cette audience, au pape Etienne VI, pour tâcher de faire les abbés, les moines et le peuple s'étant avorter le dessein qu'avait alors Urbain Ii rendus processionnellement à l'église de de tirer l'église de Tarragone de sa dépenSaint-Moce, l'abbé Dalmace monta en chaire, dance et de l'ériger en métropole ; mais elle et dit que l'empereur avait lu la lettre du n'eut pas l'effet d'en empêcher l'exécution. concile et qu'elle l'avait persuadé ; qu'il lui Son insertion dans la Légende anonyme de avait raconté fidèlement lout ce qui s'y était saint Théodard, composée au xr' siècle, passé, et ce prince, après avoir rendu grâ- prouve incontestablement qu'elle ne fut ces à Dieu, en avait approuvé la procé- faite qu'après l'époque qu'on vient de mardure et permis aux évêques de se présenter. quer, et insinue en même temps qu'elle ne « Je lui ai dit, ajoutait saint Dalmace: tarda pas à être connue dans la suite; ce qui Mais on ne leur permet pas de venir. peut revenir aux prenuières années du XII° Personne ne les en empêche, m'a répondu le siècle. Cette légende, avec la lettre de Dalprince. Mais on les a arrêtés, lui ai-je mace, a été publiée par de Catel et le P. répliqué ; leurs adversaires vont et viennent Labbe. Jibrement, tandis que nous, il ne nous est DAMASE (saint), pape.

Une inscription pas même permis de vous rapporter ce que de Baronius, rapportée dans ses Annales fait le saini concile. Puis insistant en faveur Ecclésiastiques, nous apprend que le père de de saint Cyrille, je lui ai demandé : Qui vou- saint Damase avait éié écrivain, lecteur, lez-vous écouter, six mille évêques, ou bien diacre et prêtre dans l'église de Saint-Lauun seul impie ? J'ai dit six mille en comptant rent à Rome et qu'il élait d'origine espaceux qui dépendaient des métropolitains, gnole. Le jeune Damase reçut une éducation afin d'obtenir un ordre de faire venir des soignée dens les lettres et la piété. Admis évêques qui expliqueraient ce qui s'est de bonne heure dans le clergé, il fut attaché passé. — L'empereur m'a répondu : Vous comme son père à l'église de Saint-Laurent. avez bien dit; priez pour moi. - Je sais, dit !l était diacre lorsque le pape Libère fut encore saint Dalmace que l'empereur est banni par l'empereur Constance en 355, et allaché à Dieu et au saint concile, et qu'il avec tout le clergé de Rome, il fit le serment n'écoutera plus les hommes pervers. Priez solennel de ne jamais reconnaitre d'audonc pour l'empereur et pour nous. » A ces tre pape tant que Libère vivrait ; il eut mots qui terminaient le discours de Dalınace, même la générosité de suivre l'exilé à le peuple s'écria tout d'une voix : Anathème Bérée en Thrace et demeura toujours fidèà Nestorius ! L'empereur ayant envoyé ordre lement attaché à sa communion. Le pape aux évêques des deux partis de lui députer Libère étant mort le 24 septembre de l'an d'Ephèse qui ils jugeraient à propos, les 366, Damase fut élu par le jugement de évèques qui se trouvaient à Constantinople Dieu pour remplir le Saint-Siège ; mais son au nombre de sept, firent réponse à la lettre élection fut suivie de près d'un schisme qui du concile ; le clergé de la ville écrivit aussi causa dans l'Eglise des maux incroyables. de son côté une lettre en tête de laquelle Ursin, qui comme Damase avait le titre de saint Dalmace était nommé le premier, diacre, se fit nommer pape par une troupe ensuite Tigrius, Samson et Maximien comme de séditieux et sacrer par l'évêque de Tivoles principaux parmi les prêtres. Elle porte li, au mépris de toutes les règles qui exiqu'on avait lu publiquement dans l'Eglise gent la présence de trois évêques. Cette les lettres du concile à l'empereur touchant ordination illégitime causa dans Rome une la déposition de Nestorius; que tout le guerre si cruelle que les lieux de prières en peuple l'avait approuvée, avec des acclama- furent ensanglantés, et que dans la seule lions à la louange du concile; et que la basilique du Sicine, on compta jusqu'à cent seule chose qui restait à faire, élait d'or- trente-sept morts pour un jour. Toutefois, donner un évêque de Constantinople à la le parti de Damase demeura le plus fort, et place de cet hérésiarque. Saint Dalmace Ursin fut chassé de Rome, après avoir été fonda un monastère de son nom qu'il dota condamné par les Pères du concile d'Aquide ses biens. Dans les dernières années de lée en 381. Ce fut à la suite de ces premiers sa vie, on lui donna le titre d'archimandrite, troubles, que l'empereur Valentinien ordonna que l'évêque de Rome jugerait les au- du concile de Sarragosse qui l'avait condamtres évêques .conjointement avec ses colle- né. Les païens le regardaient comme un regues. Cependant les partisans de l'antipape Ur- doutable adversaire, car il s'opposa fortement sin solliciterent si puissamment son retour, au rétablissement de l'autel de la Victoire au qu'ils l'obtinrent de l'empereur Valentinien milieu du sénat. Il se chargea même, dans Il rentra à Rome le 15 septembre 367, mais cette occasion, de la requête des sénateurs ayant recommencé à jeter le trouble et la chrétiens qu'il fit présenter par saint Amdivision dans la ville, il en fut chassé de broise aux empereurs Gratien et Valentipouveau le 16 novembre suivant, juste deux nien, et sa demande eut un heureux succès. mois après son retour, et l'empereur fit Au courage apostolique Damase sut tourendre aux catholiques une église que les jours joindre une bienveillante charité, et il séditieus tenaient encore, hors des murs de n'est personne qui n'ait en part à sa bienJa ville.

faisance. Zélé partisan de la chasteté, saint Damase, libre possesseur du Saint-Siége, Jérôme l'appelle le docteur vierge de l'Eglise profita des moments de tranquillité que lui vierge et le représente comme un homme donnait l'exil d'Ursin pour assembler à d'une vie sainte, d'une foi vive et toujours Rome, en 368, un concile très-nombreus, prêt à s'imposer tous les sacrifices pour condans lequel il confirma la foi de Nicée, con- server intactes les traditions des apôtres. damna et chassa de l'Eglise Ursace et Va- Après avoir gouverné l'Eglise pendant dixlens avec tous ceux qui suivaient le parti huit ans et quelques mois, ce pieux pontife d'Arius. Le concile donna avis de tout ce qui mourut agé de quatre-vingts ans, le 11 dés'était passé aux évêques d'Egypte par une cembre 384, et eut pour successeur saint lettre synodale que nous n'avons plus. Saint Sirice. Il fut enterré dans une église qu'il Athanase répondit au pape pour

le remer- avait fait bâtir sur le chemin d'Ardée, aucier de son zèle et lui signaler Auxence, qui près de sa mère et de la vierge Irène dont il par ses déguisements était parvenu à sur- avait fait l'épitaphe. Il fit aussi la sienne prendre sa foi et à se faire passer pour or- dans laquelle il proteste de son espérance ihodoxe. Un second concile tenu à Rome en à la résurrection. Il fit rebatir à Rome, près 370 fit justice de cet usurpateur du siége de du théâtre de Pompée, l'église Saint-Laurent, Milan, qui s'y, vit condamné avec tous ses qui porte encore aujourd'hui le nom de adhérenis, et la foi de Nicée confirmée. La Saint-Laurent-in-Damaso, et l'embellit de même année 370, il fit publier une loi de peintures. Il fit dessécher les sources du l'empereur Valentinien qui faisait défense Vatican, et établir dans l'église de Saintaux membres du clergé, aux cénobites et à Pierre une fontaine pour servir de fonts tous les séculiers qui menaient la vie ascé- baptismaux. Si tous ces monuments lui font tique d'aller dans les maisons des veuves et honneur au point de vue des arts, son zèle dans celles des filles qui demeuraient seu- pour la foi, son amour pour la religion, son les, et qui permettait en même temps à leurs application à éclaircir les difficultés des alliés et à leurs proches de les dénoncer. Ecritures et à en faire rétablir les textes Cette loi, qui est un monument des murs l'ont rendu vénérable à toute la postérité. du temps, leur interdisait encore de rien Saint Jérôme, qui fut son secrétaire, lui acrecevoir de la femme à laquelle ils se seraient corde beaucoup de génie pour la poésie el particulièrement attachés, sous prétexte de remarque qu'il n'excellait pas moins en direction spirituelle ou de quelqu'autre mo- prose qu'en vers, comme on peut s'en conlif religieux, ni par testament, ni par toute vaincre par ses lettres dont le style est touautre espèce de donation que ce pût être, ni jours très-élégant et très-élevé. On peut donc même par une personne interposée, à moins dire que ce saint pontife fut aussi illustre qu'ils ne fussent leurs héritiers naturels par par son savoir que par sa piété. droit de proximité. Ces femmes dont il est SES ÉCRITS. Nous avons deux exemquestion ici n'étaient autres que ces sæurs plaires de la lettre synodale qu'il écrivit à spirituelles contre lesquelles les conciles ja suite du concile tenu à Rome en 372; s'étaient élevés si fortement et avec tant de l'un de ces exemplaires est en latin, et justice. Deux hérésiarques, Apollinaire et adressé aux évêques catholiques d'Orient. Timothée, son disciple, qui n'admettaient Il porte en tête les noms de Damase, de point d'entendement humainen Jésus-Christ, Valérien d'Aquilée et de huit autres évêques mais seulement la substance corporelle, fu- qui ne sont pas connus; l'autre, qui est en rent condamnés dans un autre concile tenu grec, s'adresse aux évêques d'Illyrie. Cette en 376. Le sage pontife ne se déclara pas lettre fut portée en Orient par Sabin, diacre avec moins de zèle contre les lucisériens de l'église de Milan et légat, qui déclare dont il fit envoyer un évêque et un prêtre l'avoir copiée lui-même sur l'original. On en cail. Les hérétiques et les schismatiques, peut voir l'analyse de cette lettre dans le voyant qu'ils ne pouvaient attaquer sa foi, Dictionnaire des conciles. répandirent des bruits scandaleux contre sa Lettre d Paulin. – Vital, partisan des réputation; mais la calomnie fut confondue,

erreurs d'Apollinaire

était parvenu à et le pape sortit de cette lutte plus pur et surprendre la bonne foi du pape Damase par plus respecté que jamais. Saint Damase se une profession de foi qui contenait, sous vit en bulte aux priscillianistes ; il refusa de des termes en apparence très-orthodoxes, voir Priscillien leur chef lorsqu'il se présenta tout le venin de l'hérésie; mais averti de sa devant lui pour se justifier de la seulence fourberie, le saint pontife envoya à Paulin une profession de foi dressée days le concile manquerait pas d'attirer à l'Eglise de la part tenu à Rome en 379, en l'accompagnant des hérétiques; puis il ajoutait : « Au reste, d'une lettre dans laquelle il disait : « Je puisque l'on doii réunir un concile à Copsvous avais déjà prévenu par mop lils Vital tantinople , je préviens Votre Sainteté de que je laissais tout à votre volonté et à veiller à ce qu'on y élise un évêque sans votre jugement; plus tard je vous ai expri- reproches, afin de rétablir une pais durable mé en peu de mots quelques doutes qui entre les pasteurs orthodoxes et d'empêcher m'étaient survenus sur le comple de Vital de pareilles dissensions de se renouveler au moment de son départ ; c'est pourquoi, dans l'Eglise. J'avertis encore Votre Sainleté alin que vous ne fassiez aucune difficulté de ne point souffrir que, par un motif d'amde recevoir ceux qui voudront se réunir à bition, un évêque passe d'une ville à une l'Eglise, nous vous envoyons notre confes- antre, ni qu'il abandonne son peuple pour sion de foi, non pas tant pour vous qui aller gouverner un autre peuple, contre les professez la nôtre, que pour ceux qui on y ordonnances de nos ancêtres ; car c'est de souscrivant voudront se joindre à nous. Si ces abus que sont nés les contentions et Ins donc mon fils Vital et ceux qui sont avec s hismes. ? - Dans une autre lettre à saint lui veulent ne faire qu'un avec nous, avant Aschole pour lui recommander un officier, toutes choses ils doivent souscrire la foi de nommé Rilsticius, qu'il avait baptisé à Rome Nicée, parce qu'on ne peut remélier aux et que Gratien envoyait à Théodose, qui maux futurs qu'en déracinant l'hérésie qui faisait alors de Thessalonique le lieu ordivient de paraître en Orient, et en confessant naire de sa résidence, Damase appelle enque la Sagesse même, le Verbe, le Fils de

core son attention sur l'Eglise de ConstanDieu a pris le corps humain, l'âme et l'en- tinople en le priant d'y faire placer un tendement, c'est-à-dire Adam tout entier, éve jue catholique qui, avec l'aide de Dieu, tout notre vieil homme en un mot, moins le puisse rendre la paix aux chrétiens. C'est là péché; car de même qu'en disant qu'il a tont ce que nous possédons des lettres du pris un corps humain nous ne lui attribuons saint pontife à saint Aschole, quoiqu'il lui en pas pour cela des passions humaines, ainsi cut écrit un grand nombre d'autres comme en disant qu'il a pris l'âme et l'entendement il le témoigne lui-même. Il paraît qu'il avait de l'homme, nous ne confessons pas qu'il choisi l'évêque de Thessalonique pour en ait été sujet au péché qui vient des pensées. » faire son vicaire dans les provinces de l'IlDamase ajoute ensuite divers anathèmes qui lyrie, avec pouvoir d'agir en son nom dans composent, pour ainsi dire, toute la profes- toutes les circonstances où il croirait avoir sion de foi qu'il voulait qu'on souscrivit. La droit de se mêler des affaires de ces églises. qualité de Fils qu'il donne à Vital dans A saint Jérôme. Comme il avait lu dans cette lettre est une preuve qu'il ne l'avait pas quelqnes interprètes grecs et latins diverses encore condamné lorsqu'il l'écrivit; mais explications du mot Hosanna qui ne le plus tard, ayant su qu'il persévérait dans satisfaisaient pas, le pape Damase écrivit à son schisme et dans ses erreurs, il l'excom- saint Jérôme, le priant de lui expliquer munia lui et ses adhérents et condamna sa terme avec nelleté et dans son sens naturel, profession de foi avec anathème.

sans avoir égard au sentiment de personne, A saint Aschole, etc. – Pendant que saint « afin, lui dit-il, que le service que je vous Grégoire de Nazianze s'appliquait à rétablir demande me donne lieu de vous remercier, Ja pureté de la foi dans l'Eglise de Constan- comme je vous remercie de beaucoup d'autinople, Maxime, surnomméle Cynique, s'en tres, au nom de l'Eglise dont Jésus-Christ fit ordonner évêque par un altentat. Le m'a confié le soin. » Nous avons cette lettre clergé et le peuple indignés le chassèrent et quelques passages d'une seconde dans de la ville après l'avoir accablé de malédi- laquelle il le priait de lui expliquer la paraclions. L'empereur Théodose, baptisé de- bole de l'enfant prodigue. On voit par la puis peu par les mains de saint Aschiole, était réponse de saint Jérôme que le saint ponalors à Thessalonique auprès de ce pieux tife expliquait lui-même cette parabole sur évêque. Maxime vint l'y trouver accompa- Jaquelle il demandait des explications. « Vogné des évêques égyptiens qui l'avaient tre Sainteté, lui dit-il, éclaircit d'elle-même ordonné, dans l'espoir de se maintenir sur par avance la difficulté qu'elle me propose ; son siége par la protection de l'empereur, c'est déjà lui donner un grand jourque de l'exmais Théodose le repoussa avec indignation. poser comme vous failes, car c'est être sage Aschole et cinq autres évêques de Macé- que de savoir sagement proposer une quesdoine, chargés par Damase de veiller sur tion. » Après l'explication de cette parabole, l'Eglise de Constantinople, ayant appris l'or- Damase fut quelque temps sans recevoir de dination de Maxime , donnèrent avis au lettres de saint Jérôme ; craignant donc qu'il pape de tout ce qui s'y était passé. Le saint ne se donnat trop de relâche, et qu'appliqué pontife, vivement aflligé de la témérité des tout entier à la lecture, il ne pensat plus à Egyptiens qui avaient ordonné un homme écrire, il crut devoir le réveiller, et lui enqui ne pouvait pas même passer pour chré- voya pour cela plusieurs points à examiner, tien, puisqu'il portait un habit de philo- savoir : « Comment on doit entendre ces sople et les longs cheveux des païens, paroles de la Genèse : Celui qui luera Cain contre la défense expresse de saint Paul, en sera puni sept fois. Si tout ce que Dieu gémit d'abord sur les circonstances de cette a fait est bon, pourquoi dans l'Ancien et le ordination et sur les calomnies qu'elle ne Nouveau Testament met-on de la différence

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