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DES

CAUSES CÉLÈBRES.

SUITE

DU PROCÈS

DU SIEUR MICHEL JEUNE,

CONTRE

LES S.TS REYNIER, BOISSIERE ET GUILLE

Nous avons laissé le sieur Michel jeune travaillant , sous les yeux même du magistrat instructeur, à déguiser son écriture , afin de tromper l'expert dont il redoutait les lumières et la probité.

Voici un autre trait qui est le digne pen

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dant de celui-là. Pendant le cours des débats,

le sieur Boissiere , jaloux de mettre sous les yeux de la cour et du jury des pièces de comparaison propres à éclairer leur religion, produisit une liasse d'environ soixante lettres écrites par le sieur Michèl, et demanda que célui-ci fût tenu de les reconnaitre ou de les dénier, non pas à l'instant même, mais dans un délai de 24 ou de 48 heures.

C'était une chose de toute justice, et cependant M. Tripier, confondant la procédure relative aux faux incident, avec la procédure criminelle en faux, essaya de s'y opposer en invoquant la disposition de l'article 236 du code de procédure , d'après laquelle les pièces de comparaison doivent être convenues entre les parties ou indiquées par le juge.Vous avez produit, disait-il, toutes les pièces de comparaison qu'il vous à plu de mettre sous les yeux de la justice ; l'expertise est consommée, il n'est plus temps d'en présenter d'autres.

Il n'est plus temps !... Quoi! il peut arriver, en matière criminelle, un moment ou il n'est plus temps de faire connaitre la vérité ! un homme aura fait par faiblesse une fauske déposition qui peut entraîner la perte

d'un innocent, et parce que son repentir puirait à l'accusateur, il n'est plus temps qu'il la rétracte !... Un homme sera poursuivi comme coupable d'assassinat , et si celui dont on cherche à venger la mort est plein de vie, s'il se présente à l'audience pour désarmer la justice, il ne sera plus temps de l'entendre!... Un homme sera dénoncé comme faussaire, il retrouvera un titre confirmatif du títre argué de faux, et il ne sera plus temps qu'il le produise !.. Voilà de cės idées qui font bouillir la cervelle et soulèvent le crâne. Aussi furent-elles combattues avec beaucoup d'énergie par M. Gairal, défenseur du sieur Reynier, ainsi que par M. Blaque, défenseur du sieur Boissière , et la cour en fit justice en ordonnant que les lettres seraient jointes au procès.

Le sieur Michel demanda alors vingl-quatre heures pour s'expliquer, et il s'en était écoulé soixante lorsqu'il déclara enfin que ces lettres étaient réellement son ouvrage : il fallut donc les parapher et les signer; mais il employa dans cette circonstance la même ruse qu'il avait employée devant le juge d'instruction, c'est-à-dire qu'il écrivit d'une telle manière que sa nouvelle signature ne ressemble nul. lement à l'ancienne, et n'a évidemment été faile que pour accréditer le travail des experts sur les pièces arguées de faux.

Est-ce ainsi, nous le demandons encore à tout homme raisonnable, est-ce ainsi qu'agit un homme de bonne fui ? et une telle condujte ne suffil-elle pas pour imprimer à la plainte du sieur Michel le caractère de l'imposture et de la calomnie?

Abordons cependant la défense des accusés, et assurons-nous si elle est d'ailleurs fondée sur des faits positifs, sur des assertions qu'on ne puisse pas conlester, et sur des preuves auxquelles on ne puisse pas répondre:

Nous commencerons par rendre compte du premier mémoire soumis à ses conseils par le sieur Reynier, et dans lequel il expose les faits.

« Le fonds et les détails de l'indigne procès que

m'a suscité Michel jeune, doivent également fixer l'attention de mes conseils : je. vais leur présenter l'historique exact de ce qui tient à cette cuvre d'iniquité, considérée sous çe double rapport. Je ne dirai rien qui ne soit constant et prouvé par l'instruction.

» La vérité et la justice sont pour moi ; pour les faire triompher de la ruse et des intrigues de mon ennemi, je mets toule ma confiance dans l'énergie et dans les lumières des hommes recommandables dont je me suis environné ; ils repousseraient des défenses qui ne seraient pas avouées par la droiture et la franchise. Leurs intentions sont les miennes.

» Je m'abstiendrai de signaler l'homme qui a osé m’altaquer. Mais je ne regarde pas comme une chose inutile de montrer à mes conseils l'homme qu'ils ont à défendre, et de placer sous leurs yeux des faits irrécusables, afin de fixer leur opinion sur des événemens que l'erreur ou la méchanceté ont pu présenter avec des couleurs qui ne sont pas celles de la vérité.

» A l'âge de 14 ans, en 1790, je fus placé comme sous-lieutenant dans le régiment de Condé, par un oncle , alors maréchal de camp. En 1793, mon attachement pour le roi devint un titre de proscription. Je fus incarcéré à Sarrelouis, et suspendu de mes fonctions par un représentant du peuple.

» A la fin de l'an 11, je vins à Paris, habiter une maison que j'avais achetée du ma

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