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arbres des forêts. C'est , pour nous servir de l'expres

teur cite plusieurs arbres d'un accroissement prodi-
gieux : voici ce qu'il rapporte à cet égard (page 44).
« En Bohême, un chêne, qu'un ouragan terrible ,
« arrivé en 1747, arracha, s'élevoit à plus de cent
« pieds ; son tronc avoit neuf brasses de pourtour, on
« assure qu'il avoit plus de cinq cents ans.

« En l'an X, on abattit un chêne dans les bois de
« Maingnelai, près Saint-Just, département de l'Oise

qui, tout équarré, avoit cinq pieds de diamètre sur r toutes faces.

у

en avoit un aussi dans la forêt de Montmo« rency , près la route de Saint-Prix à Chauvry, et « du earrefour de la pointe, que cinq hommes pou« voient à peine embrasser; mais le plus gros chêne

se puisse voir, est celui qui existe dans la forêt « des Ardennes : il a 25 pieds et demi de tour. » (Ce chêne qui a été abattu pendant la révolution, étoit près de Saint-Hubert)

On peut ajouter à ces prodiges de végétation un chêne qui existe encore dans la forêt de Hagueneau; ila trente-cinq pieds du pourtour, et peut, d'après le calcul des forestiers , porter cinquante-quatre pouces d'équarrissage jusqu'à trente-cinq pieds de hauteur, et quarante-huit pouces jusqu'à quarante cinq pieds.

En voilà assez pour prouver le degré de force et l'âge auxquels les chênes parviennent quelquefois, et pour faire connoitre qu'en général cette essence, planiée en bon terrain , peut atteindre à une longévité comme à une grosseur étonnantes. Mais ce mérite que le chêne partage avec plusieurs autres arbres, n'est pas le seul qui doive le faire estimer. Il y joint des qualités précieuses qui le placent au premier rang des

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sion d'un auteur allemand, le roi des bois (Die Eiche,
ist die Königin aller Hælzer.)

Ce même auteur allemand dit que les chênes croissent en hauteur pendant trois ou quatre cents ans, es qu'ils parviennent jusqu'à six, et huit cents ans, quelquefois plus. Il conseille pour cette raison de les employer de préférence à tous autres, comme arbres de limites.

Aprés le chêne vient le hêtre.

L'auteur que nous analysons, l'appelle avec raison l'ami et le compagnon du chêne. « Aussi, dit-il, les « voit-on presque partout ensemble, s'élevant à la « même hauteur , offrant des tiges grosses , droites, re et se balançant dans les airs à plus de cent pieds de « haut. Ils forment ensemble les plus belles futaies. « M. de Buffon s'est trompé, ajoute-t-il, en disant « qu'il ne faut point planter le chêne et le hêtre en« semble, parce qu'ils pivotent et poussent tous deus « de grosses racines dans la profondeur du ter<< rain, etc. »

On ne peut disconvenir qu'en cela ce célèbre naturaliste n'ait avancé une erreur. L'expérience prouve que ces deux arbres se plaisent d'autant mieux; que l'un

, par ses racines pivotantes, va chercher fond du sol les sucs qui lui sont nécessaires; tandis que l'autre , étendant ses racines à la superficie, y trouve la portion de nourriture que

le premier semble lui avoir abandonnée. Ce sont deux amis qui se partagent le domaine qu'ils occupent. Dans bons terrains, il faut, ainsi que M. Chevalier et tous les auteurs instruits le recommandent, en former des futaies et les tenir en taillis dans les terrains médiocres ou de mauvaises qualité. Les autres arbres forestiers appellent successivement, l'attention de l'auteur. Il les examine et passe en revue les qualités de chacune. Ses préceptes de culture annoncent les connoissances d'un praticien; mais sa synonymie

au

latine est quelquefois incomplete ou fautive. Pár exemple , il donne à l'érable des bois (acer campestre), la dénomination d'acer pseuso platanus, qui est celle de l'érable-sycomore, et à celui-ci le le nom sycomorus, que nous ne sachions

pas

lui avoir jamais été donné; le noyer est appelé nux , sans l'addition du mot juglans , qui étoit indispensable; et le coudrier ou noisetier commun (corylus avellana), s'appelle chez lui nuces; de manière que le noyer et le noisetier portent le même nom, qui est celui de leurs fruits. Le maronnier d'Inde est désigné sous le nom d'hippocastanum ; il falloit ajouter , avec Tournefort, l'épithète de vulgare, ou enfin lui donner sa dénomination ordinaire d'esculus hippocastanum. On ne voit

pas ,

d'ailleurs, ce qui a pu l'empêcher d'adopter un système unique dans sa nomenclature. Il prend ses dénominations tantôt dans Lamarck, tantôt dans Tournefort, tantôt dans Linné, enfin (et c'est ce qu'il , y a de pire ), dans son système à lui. Il diffère , en cela, des auteurs forestiers allemands qui, dans leurs ouvrages , suivent toujours un système unique, et c'est ordinairement celui de Linné, dont ils ne s'écartent que pour

le
peu

d'arbres naturaliste a mal dénommés, ou qui n'ont pas été décrits par lui.

Le 24 chapitre fait connoître les graines, leurs qualités et leur organisation ; le vingt-cinquième et le vingt-sixième traitent des semis et des plantations. Ces trois chapitres renferment des notions utiles. Ce que l'auteur dit de la nécessité de changer les escencès dans les terreins qui sont épuisés des sucs nouriciers propres à ces essences , est une vérité que l'expérience prouve tous les jours, et sur laquelle il a eu raison d'insister.

que ce célèbre

Dans le vingt-huitième chapitre où il traite de l'aménagement des taillis et des futaies , il donne aussi l'explication de quelques termes forestiers. Cette explication, qui d'abord n'est point à sa place , puisqu'elle auroit dû se trouver au commencement de l'ouvrage , n'est pas toujours exacte , ni suffisante. Il semble ne donner le nom de futaie sur taillis qu'à celle de 40 à 60 ans, comme si, après cet âge , elle ne devoit plus porter le même nom. « On entend « dit-il ailleurs", par baliveaux jeunes , ceux de « l'âge du taillis qu'on coupe ; baliveaux moder

nes, les pères des jeunes, et baliveaux anciens,. « tayons ou étalons , les grands pères des jeunes,

Cette plaisante généalogie n'est sûrement que fica tive; cạr ou entend ordinairement par baliveaux modernes ceux réservés dans les coupes précédentes, et comme il s'en trouve parmi eux qui n'ont que trente à quarante ans, on ne peut pas dire généralement qu'ils soient les pères des jeunes. M. Chevalier appelle baliveaux de brin, ceux qui pouse) sent parmi d'autres tiges; cette définition est incomplète, il falloit ajouter : et qui sont venus de graines. Ce qu'il dit du bois de délit est encore incomplet; ce n'est pas seulement celui qui a été mutilé clandestinement qu'on appelle ainsi ; c'est en général le bois que les delinquant ont coupé, ou i maltraité. Nous pourrions citer beaucoup d'autres exemples de mauvaises définitions , et qui prouvent que l'auteur à justifié cet adage : omnis definitio periculosa.

Il dit avec raison que l'on ne doit pas former de futaies dans les mauvais terrains , et qu'on ne doit en espérer de belles que dans les fonds de bonne qualité. C'est un principe que nous avons déjà mis en avant : et c'est celui de M. Hartig, qui dit

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qu'il faut exploiter en taillis quand le terrain est maigre. M. Chevalier , veut aussi que l'on fasse des éclaircies dans les jeunes futaies et qu'on les continue a différentes époques; nous avons fait connaître dans le commencement de cet article les avantages en même temps que la difficulté de cette opération.

Il conseille d'enlever les mort-bois qui s'emparent du terrain au détriment des bonnes essences, et qui les privent des bienfaits athmosphériques ; mais il devoit ajouter avec Hartig, qu'il ne faut les extraire que dans les endroits ou ils étouffent réellement les bois précieux, et qu'il est souvent nécessaire de les conserver pour tenir la jeune futaie dans un état serré, et faire filer les arbres. « Il faut bien se « garder, dit le forestier allemand « d'autre bois que celui qui seroit étouffé, mort « ou superflu, afin que la forêt puisse conser« ver, jusqu'à l'époque de l'exploitation, l'état a clos et serré qui lui est si nécessaire , et pour * ne point laisser d'accès aux vents qui y cauK seroient de grands dommages ».

Nous ne pousserons pas plus loin l'examen de l'ouyrage de M. Chevalier. Nous en avons dit assez pour en faire connoître les défauts et le mérite. Cependant nous ne terminerons pas cet article sans répéter qu'on doit applaudir aux bonnes intentions de l'auteur.

de couper

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