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question de mettre de nouveaux arbres, se trouve épuisée par les anciens qui y ont péri ; que les racines des arbres voisins dérobent la nourriture à ceux qu'on y plante; que la terre qu'on a remuée pour faire cette nouvelle plantation donne moyen aux racines des vieux arbres , de s'y étendre; que l'ombre des grands arbres voisins, fait encore un obstacle considérable à l'accroissement des jeunes qu'on a mis entre eux. Malgré ces inconvéniens, il est parvenu à remplir les vides laissés par la mort des gros arbres. Les moyens qu'il a employés, quoique différens de ceux proposés par M. Rast-Maupas, ont cependant pu conduire à l'idée des avenues perpétuelles. Voici les épreuves qu'il a faites, avant d'arriver au but de ses recherches.

« Nous avons planté, dit-il, avec tout le soin « possible, de beaux et jeunes ormes dans des ave« nues d'anciens arbres de même espèce : ils y ont « péri , ou ils y sont venus très-lentement.

« Nous avons planté des noyers entre de gros « ormes, ils y ont subsisté; mais

outre qu'ils n'y sont i venus qu'à regret, le port et la feuille de ces arbres m font un contraste désagréable.

« Les frênes ont mieux réussi dans un terrain a un peu

frais. « Les érables à feuilles de platanes , et ceux « qu'on nomme sycomore, se sont chargés de mousse: « l'érable d petites feuilles s'y est montré assez vi" goureux ; mais il a crû lentement, et cet arbre « n'est pas d'assez grande taille pour figurer entre « de grands ormes; j'en dis autant des aliziers. « Comme les sapins se plaisent assez à l'ombre « peut-être réussiroient-ils entre d'autres arbres , si « le terrain leur convenoit; nous ne l'avons pas éprou

, parce que le port et le feuillage de ces arbres

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« ne pourroient faire qu'un très - mauvais effet entre « des arbres qui se dépouillent, et je pense qu'il " vaudroit peut-être mieux laisser la place vide (1).

« Mais nous avons planté, avec tout le succès ima

ginable, des peupliers blancs entre de très – gros « arbres : cette espèce de peuplier croît avec une

promptitude qui n'a point d'exemples, et par cette " raison, ces arbres remplissent très - promptement

les places vides dans les avenues; outre cela, comme e ils deviennent très-gros, ils figurent en peu de « temps avec les arbres des files qui ont déjà pris « tout leur accroissement. Le peuplier blanc n'est point « délicat sur la nature du terrain ; il réussit presque « partout ; il a un très-beau port; et quand il est « devenu un peu grand, il figure souvent mieux que « les arbres mêmes qu'il a remplacés. J'estime donc « que dans le cas dont il s'agit, cet arbre « rite la préférence sur tous ceux que nous avons « éprouvés ».

C'est d'après ces expériences , et des notions par. ticulières sur cette manière de planter , qu'en l'an 10, il fut présenté à l'administration des forêts par l'un de ses membres, un mémoire, ou, entre autres propositions tendant à perfectionner l'art des plantations, l'on faisoit celle d'entre-mêler les bois durs avec les bois mous dans la plantation de quelques-unes des allées qui traversent le parc de Boulogne près Paris. M. l'administrateur qui avoit rée

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(1) Nous ne partageons pas , à cet égard , l'opinion de Duhamel : il nous semble , an contraire , qu'en mêlant des arbres verts, aux arbres à feuilles caduques , ce serait le moyen d'avoir des

avennes tonjours vertes.

(Note des rédacteurs ).

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digé ce mémoire s'exprimoit ainsi : « Ce mode de « plantation , où il ne s'agira que d'alterner les arbres « dont la maturité arrive à des âges différens , pré« sentera tout-à-la-fois l'agrément de la variété, et « l'avantage de protéger des espèces plus difficiles, « par des espèces d'une croissance plus active. Il as« surera à ceux qui viendront après nous, un moyen

d'exploitation partielle , qui n'interrompra pas la « jouissance de la promenade ; puisqu'on pourra « couper la moitié de la plantation sans nuire à la « beauté des allées. Aux bois blancs abattus, succé« deront d'autres espèces dont la reprise ne sera « pas douteuse.

On proposoit dans ce mémoire de planter les grandes allées transversales du bois de Boulogne , en ormes tortillards entremêlés de blancs de Hollande, et les autres allées aussi en ormes tortillards entre lesquels devoient être placés des acacias, des platanes, des érables-plane , sycomore et rouge de Virginie , des tilleuls et autres espèces de prompte croissance , selon la nature du terrein, On recommandoit beaucoup le mélange des arbres dont le feuillage est épais , avec ceux dont le feuillage est clair, celui des arbres dont les branches s'étalent avec ceux qui pyramident , enfin le mélange des acacias avec les arbres à larges feuilles , pour

former aux premiers des abris contre les coups , de vents qui les brisent et les renversent souvent.

Voilà, sans contredit, la théorie des avenues per-. pétuelles bien établie ; elle ne diffère de celle de M. Rast-Maupas, que nous allons faire connoître, que par rapport à la manière d'entremêler les espèces d'arbres : Il veut que, lors de la première plantațion, l'on place deux arbres de prompte croissance , dans l'intervalle qui sépare chaque arbre de longue

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durée, et qu'après la coupe de ces deux arbres on plante, dans l'intervalle ou vide qu'ils ont laissé, un seul arbre dont la vie puisse se prolonger longtemps. Cette manière offre, comme il le dit, un avantage pour la réussite des arbres de remplacement, en ce qu'on n'est pas obligé de les planter de suite à la place d'un arbre nouvellement arraché, ce qui d'après les observations des cultivateurs, n'est pas sans inconvénient. Mais aussi la disparution subite de ces deux arbres de suite dans une allée, présente un vide bien grand, et qui produira pendant longtemps un effet désagréable. Cet inconvénient n'auroit

pas lieu ou du moins seroit peu sensible, dans le mode qui avoit été proposé pour le bois de Boulogne; puisqu'on n'abattroit à la fois qu'un seul arbre intermédiaire. Il est vrai qu'on retomberoit dans l'autre inconvenient, qui est de planter sur le champ dans la même place qu’occupoit l'arbre arraché. Mais cet inconvénient seroit de peu d'importance, puisqu'on emploieroit de nouvelles espèces et que dans ce cas, on peut compter sur laréussite de la replantation , comme l'a prouvé Duhamel

. Au reste , nous pensons qu'en combinant les observations faites par M. Rast-Maupas avec ce que nous avons rapporté, on pourra en former un système de plantation utile ; car le mélange des arbres de durées différentes, dans les plantations des avenues et des grandes routes , offre le triple avantage de doubler au moins le produit de ces sortes de plantations, de produire des effets 'plus variés et plus pittoresques, et de prévenir la disparution presque simultanée des arbres de toute une route, lorsque ces arbres , d'une espèce unique et d'une durée égale , sont arrivés à l'époque fatale de leur destruction.

Mémoire de M. Rast-Maupas.

« La durée de la vie des végétaux, dit-il, varie comme celle des animaux. Ce fait connu m'avoit fait naitre l'idée de profiter de cette diversité d'existence, pour parvenir à former des allées, des avenues, des bordures de grands chemins , qui n'auroient jamais de fin, et que l'on pourroit appeler perpétuelles; elles n'auroient pas , par conséquent, le désagrément qu'on éprouve, lorsque la dégradation des arbres oblige de les abattre pour les remplacer' par des nouveaux; ce qui laisse un vide et une non-jouissance de douze ou quinze ans au moins , temps nécessaire

pour

leur donner une forme d'arbre; encore à cette époque est-elle bien foible.

Dans la route de Paris à Saint-Denis, il existoit une superbe avenue en grands arbres; apparemment. leur vestuté a fait prendre la resolution de les arracher et de les remplacer par une nouvelle plantation: cette nudité m'a frappé; elle est d'autant plus affligeante , que dix ans ne suffiroient pas , non-seulement pour procurer un peu d'ombre aux voyageurs, mais encore pour former ,une apparence d'avenue.

Cette circonstance m'a suggéré l'envie de communiquer à la Société d'Agriculture de Paris le projet de former des avenues perpétuelles. Les idées les plus simples ne se présentent pas toujours, et restent inconnues pendant plusieurs siècles ; on finit, par étre singulièrement étonné de les voir dans l'oubli pendant un laps de temps si considérable; celleci est dans ce cas, comme on le jugera bientôt.

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