Page images
PDF
EPUB

ment dans les bureaux administratifs de tout genre que nécessitent le cours des affaires publiques et la sûreté des administrés, mais encore dans les salles de spectacles , dans les cafés, dans les clubs , et dans une foule d'établissemens semblables, entretenus par le désouvrement, et multipliés jusqu'à la satiété ; et l'on s'étonnera sans doute que ce qui nous reste des anciennes forêts, puisse fournir à une telle consommation. La nature a beau se montrer libérale et même prodigue envers nous dans la reproduction des bois, plus prodigues qu'elle encore, nous trouverons bientôt le moyen d'épuiser les ressources qu'elle nous offre; car le mal va toujours en croissant. Il est temps de l'arrêter, surtout après les années orageuses qui viennent de s'écouler et pendant lesquelles la dévastation a été générale.

« Nousinsistons beaucoup sur cet objet, parce qu'il n'en est point qui mérite plus de fixer l'attențion d'un Gouvernement sage et éclairé. Il lui est aisé de remédier au mal, en réprimant sur ce point les abus; en faisant revivre les anciennes ordonnances sur les bois; en naturalisant, en France, les arbres forestiers exotiques dont la croissance est rapide; en accordant des encouragemens aux citoyens qui planteroient, dans leurs domaines, une étendue de bois proportionnée à leurs facultés; en obligeant, autant qu'il seroit possible, les maîtres de forges et de verreries qui absorbent des forêts entières, de ne s'établir que dans les endroits où le bois ne peut avoir de débouché; en donnant enfin lui-même l'exemple d'une consommation plus économique et mieux entendue, qui reporteroit nécessairement vers les arts utiles, le superflu de celle qui a lieu dans toutes nos grandes villes, et surtout à Paris, Tels sont les moyens que nous proposons pour éviter à nos neveux le malheur

peut-être de se voir réduits, comme nos voisins, à brûler de la tourbe ou du charbon de terre (1)

Les avis què donnoit M. DUTOUR , et les moyens qu'il proposoit , pour éviter la disette du bois, entroient, à peu de chose près, dans presque tous les projets qui furent présentés pour la restauration de forêts. Une partie de ces moyens s'exécute déjà; des plantations importantes dans les forêts du Gouvernement et dans celles des communes et des particuliers, réparent, autant qu'il est possible, les coupes immodérées, et les dévastations qui ont anéanti ou dégradé d'immenses étendues de bois ; des importations de graines d'Amérique, ont été faites, et fourniront des étalons ou portes - graines qui donneront à nos descendans les moyens de réaliser, en grand , le projet de la naturalisation des espèces étrangères ; les abus et les délits qui ravageoient les forêts sont devenus moins fréquens; la consommation du bois dans les établissemens du Gouvernement est bien

(1) Sera-t-il permis d'observer ici que nous ne regarderions pas comme un malheur , qưe l'usage de la tourbe et du charbon de terre se répandit plus généralement ?

Déjà dans plusieurs de nos manufactures , le charbon đe, terre a remplacé le bois, et on y trouve un véritable avantage: nous saisirons cette occasion de remarqner cependant qu'il semble exister en France , contre la possibilité d'employer la houille à la fusion da minerai de fer, une sorte de fatalité qui s'oppose au perfectionnement de ce genre d'industrie, importé chez nous, depuis plus de 25 années, et dont les Anglois sont en possession bien adtérieurement, car nous l'avons pris chez eux.

Puissent les écoles pratiques des mines, rendre aux arts et au commerce l'important service de propager ce mode de traitemunt du minerai de fer, et économiser ainsi une grande partie: des bois qui se consomment dans les nsines où l'on soud et l'on ailine ce métal. ( Note des relacteurs.

[ocr errors]

entendue, et celle qui se fait dans les usines est diminuée par l'emploi de la tourbe et du charbon de terre; des prix ont été proposés par des sociétés savantes pour encourager la substitution de ces derniers combustibles au bois, et l'on a eu la satisfaction d'apprendre que plusieurs chefs d'établissemens les avoient employés avec succès. Tant d'efforts pour favoriser la reproduction du bois, pour conserver ce qui nous reste et pour en faire un usage économique, ne seront sans doute point perdus pour la postérité ; et si nous ne parvenons pas à lui sauver tout le maí que notre révolution a fait aux forêts , nous aurons au moins acquis des droits à son indulgence.

La partie que nous venons d'extraire de l'article bois, rédigé par M. Dutour, présente une description agréable de la beauté des forêts ; elle nous rappelle les services insportans qu'elles ont rendus à l'homme, dans les différens åges de sa vie politique, la vénération qu'elles inspiroient aux anciens qui les avoient peuplées de demi-dieux, et à nos pères qni y célébroient les mystères de leur religion. Mais cette description poétique, propre, sans doute, à récréer l'imagination, et à faire trouver des charmes, au milieu des occupations forestières, par les brillantes images qu'elle offre , ne seroit, pour le forestier qu'un tableau de pur agrément, si elle n'étoit suivie d'observations plus particulièrement utiles, sur le régime et la manutention des bois. Ces observations vont nous occuper.

« Plantation des bois. Puisque les bois peuvent venir

presque partout', dit M. Dutour, il est aisé de les renouveler et de les multiplier. On ne doit pourtant pas leur sacrifier les bonnes terres à blé, les gras påturages , et les coteaux propres aux vignobles ; cette speculation seroit désavantageuse : les terrains médiocres doivent seuls leur être consacrés.

Les plantations en bois, ne manqueront pas de réussir, si l'on fait un heureux choix du sol, et de l'exposition qui conviennent à chaque espèce d'arbres. On peut sur cela , consulter la nature , qui a placé les peupliers au bord des eaux , et les sapins sur les montagnes ; et qui, toujours attentive au succès de ses productions , grandes ou petites , a pour ainsi dire , assigné à chaque végétal son habitation

propre. Qu'on parcourre nos forêts, on les verra peuplées de chênes, d'ormes, de châtaigniers, de bouleaux, de hêtres , d'érables, etc. Ces arbres ne se trouvent pas réunis dans toutes ; ils ne s'y rencontrent jamais non plus, en égale proportion de nombre ou de graudeur ; mais chacun d'eux y domine tour à tour, ou y est plus ou moins abondant , selon la nature do sol. Tantôt ils sont mêlés confusément dans la forêt , tantôt chaque espèce y occupe un lieu , comme privilégié, d'ou les autres espèces sont exclues. Tous s'étayent et s’abritent mutuellement; quelque fois ils se nuisent; le voisinage des plus forts, comme parmi les hommes , est redoutable aux plus foibles, dont ils dévorent la substance : ceux-ci alors croissent mal, souffrent, et après avoir langui long-temps, meurent à la fin, faute d'air et de nourriture.

« Le cultivateur naturaliste, doit étudier toutes ces choses : en se promenant au milieu de ces grands végétaux , s'il examine la manière dont ils sont espaces, la qualité de la terre qui les nourrit, la disposition et la direction de leurs racines, celles de leurs branches, les dimensions et le nombre de leurs feuilles ; s'il fait attention aux abris des environs, aux inégalités du terrain, à l'état habituel de l'atmosphère, et qu'il puisse saisir enfin toutes ces circonsiances, même passagères, qui, sans que nous nous en apercevions, ont tant d'influence sur la

[ocr errors]

vie des plantes , il découvrira bientôt les véritables causes des différences qui existent entre les arbres d'une même forêt, soit qu'ils appartiennent à une seule famille, ou à plusieurs. Leurs divers progrès, leur élévation , leur grosseur et leurs forces relatives, ne seront plus une énigme pour lui. C'est ainsi que l'esprit d'observation , le dirigera dans le choix de ceux qu'il lui est plus avantageux de planter dans ses domaines ; car il est impossible de donner sur cet objet , comme sur le mode et l'époque des plantations, des règles sûres et applicables à tous les pays , et à toutes les positions. En agriculture comme en médecine , les généralités sont une source d'erreurs. La nature, quoiqu'uniforme dans sa marche , nous présente une foule d'accidens, qui sans doute ,

n'en sont pas pour elle, mais qui nous semblent tels lorsqu'ils dérangent nos plans , ou détruisent nos espérances : nous l'accusons alors du non-succès de nos travaux , tandis que nous ne devons les attribuer qu'à notre ignorance; nous la trouvons fautive, parce que nous n'avons pas su l'observer.

« Il est essentiel de revêtir , ou de laisser couverts de bois , les sommets des montagnes, et tous les lieux dont la pente excède quarante cinq degrés; C'est le moyen non-seulement d'attirer les pluies , mais d'arrêter en même temps le ravage des eaux. Si ces lieux sont défriches , et qu'on les laboure , leur terre végétale disparoitra bientôt, et ils seront incapables pour long-temps de rien produire d'euxmêmes. En les garnissant de bois , imitons encore la nature , qui ne laboure point pour semer , qui ne plante jamais deux fois le même arbre; ceux qu'elle élève seuls, n'en ont pas moins de vigueur. « Les soins, dit Buffon, que nous prenons de a nétoyer et de bien cultivar un terrain destiné

et

« PreviousContinue »