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« Tout bois un peu grand doit être divisé en cer. taines portions , et on n'en peut couper chaque année qu'une partie ; c'est ce qu'on appelle mettre en coupe réglée. Lorsque l'on veut faire une futaie, on laisse croître le bois , sans le couper , pendant trente ans , ou du moins vingt-sept ans, et jusqu'alors on l'appelle taillis ; ce n'est que d'un beau taillis qu'on fait une futaie. (1) Pour savoir si on laissera croître un bois en futaie, ou si on le coupera en taillis , on doit examiner et connoître la nature du fond , celle du bois, son âge, le nombre des arbres propres à la futaie ou au taillis, les endroits où ils ne viennent pas bien et les places vides. Il faut éclaircir les plants des

futaie , avant qu'ils aient trois ans , laisser qu'une seule tige sur pied , de peur qu'ils ne croissent qu'en touffes, et les élaguer avec soin (2).

M. DUTOUR donne ensuite l'explication de plusieurs termes forestiers , mais comme ils sont connus de tous les praticiens, nous les passons sous silence.

« Coupe des bois. Quelque respect, continue l'auteur , qu'inspire une forêt, quelqu'agréable que soit un bois , il faut pourtant un jour y mettre

tinés pour

ne

(1) M. Dutonr dit ailleurs , qu'on appelle futaie, le bois qu’on a laissé croître au-delà de trente à quarante ans , et qu'à cet âge il porte le nom de futaie sur taillis. C'est une erreur , si tont le bois est destiné à croître en futaie; car alors c'est une fataie pleine. Entre quarante et soixante ans , ajonte t-il, c'est demi-futaie; après ce terme, le bois est haute. futaie ; et quand il a passé deux cents ans, temps auquel il est sur le retonr, on l'appelle ordinairement vieille futaie.

(2) Nous avons déjà parlé de l'utilité de ces opérations, at en même-temps des précautions qu'elles exigeroient, si alles étoient adinises par nos réglemens.

la hache. Mais à quel âge, à quelle époque doiton l'abattre, pour que le propriétaire en retire un plus grand bénéfice, sans qu'il en résulte aucun dommage pour la société ? Ceile question n'est pas facile à résoudre. L'homme impatient de jouir la décidera bientôt; mais l'administrateur éclaire, le sage économe, en chercheront la solution dans le grand livre de la nature. Il est reconnu que dans les premières années, le bois croît toujours de plus en plus ; que la production d'une année, surpasse celle de la précédente , jusqu'à ce que parvenu à un certain âge, son accroissement diminue. L'économe doit-il saisir ce point, ce maximum , pour

tirer de son bois tout le profit possible ; oui sans doute , dira-t-on ; car , s'il attend, il perd inutilement l'intérêt de ses avances ; et la place qu’occupent les arbres laissés sur pied , lorsqu'ils sont parvenus à leur dernier degré d'accroissement, n'étant point libre , il éprouve en les conservant, une seconde non-valeur ajoutée à la première. Sous ce point de vue , la question senible décidée. (1) Mais à quel indice reconnoitra-t-on le maximum de l'accroissement d'un arbre; et où trouvera-t-on l'échelle qui en marque les degrés progressifs ? Duhamel

(1) Il est encore une autre raison qui doit engager à exploiter les arbres , lorsqu'ils sont parvenus au terme de leur accroissement, laquelle est fondée sur la qualité supérieure du bois à cette époque. Duhamel a pronvé, par ses expériences sur l'âge auquel il convient d'abattre les arbres , et Hartig par celles qu'il a faites sur la combustibilité des bois, que les arbres sur le retour sont, et comme bois de service, et comme bois de chanffage, bien inférieurs en qualité, à ceux qui ne font qu'arriver à lear parfait accroissement.

(Note des rédacteurs).

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distance., par

infaillible que

dit qu'un arbre entre en retour , quand les feuilles de la cime jaunissent , et tombent de bonne heure en automne ; quand une partie de l'écorce se dessèche et se détache , ou qu'elle se sépare de distance en

des gerçures transversales; lorsqu'enfin l'arbre se couronne, c'est-à-dire, quand quelques unes de ses branches supérieures meurent, signe

le bois du centre s'altère et se dégrade considérablement. « L'augmentation progressive des bois, n'est

pas si aisée à déterminer. Laurent Carniani , cultivatenr très éclairé de l'Italie, a fait sur cet objet une expérience importante. Il s'est intimément convaincu, par l'examen suivi du poids d'une branche respectivement à une autre , en choisissant autant qu'il étoit possible, des branches égales et coupées également, l’une après l'autre, dans des années successives, que le bois pendant dix ans croît avec la proportion suivante; savoir , la première année comme 1,

et les neuf autres comme 4, 9, 15, 22; 30, 40, 54, 70 ét 92. Il résulte de ces rapports , que celui qui fait deux coupes de cing en cinq ans, reçoit moins au total, que la moitié de ce qu'il obtiendroit

en ne faisant qu'une coupe au bout de dix ans; et l'observation de Carniani s'accorde avec nos anciens règlemens qui défendent qu'on coupe les taillis avant neuf ou dix ans. Mais ce terme est encore bien éloigné de celui de l'accroissement total des arbres. Dans quelle proportion chaque espèce croit elle, entre l'un et l'autre terme? C'est ce qu'il faudroit savoir pour décider la question dont il s'agit

. De telles expériences, dira quelqu'un, demanderoient la vie d'un homme, et peut-être de plusieurs; soit. Mais le gouvernement qui ne meurt pas , ne pourroit-il pas s'en charger ? N'est-il pas

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intéressé à tirer tout l'avantage possible des forêts nationales qui sont une des richesses de l'Etat? Voyez dans un ouvrage de Fenille cité plus bas, le développement d'un procédé simple pour acquérir la connoissance exacte des accroissemens successifs d'un taillis, et pour déterminer l'époque précise du maximum de son accroissement, quels qu'en soient l'essence , l'âge , le terrain et l'étendue.

« La coupe des bois en taillis , même au terme de l'ordonnance , n'est certainement pas la plus avantageuse ; mais elle est commode , parce qu'elle se renouvelle aux mêmes époques, c'est-à-dire tous les neuf ou dix ans, (car il

pays ne les coupe que tous les vingt ou vingt cinq ans,)() On compte sur ce produit; l'homme peu aisé n'a pas les moyens d'attendre ; et d'ailleu's on a besoin de jeunes bois pour les travaux de l'agriculture , et pour une foule de petits ouvrages dans les arts de toute espèce. L'époque de la coupe des grands bois, dépend de la nature du terrain. Quand il est bon, l'on gagne à attendre; mais on doit les couper fort jeunes dans les terrains qui man

de fond. Il ne faut pas croire, dit Hartig , que tout arbre coupé repousse toujours de ses racines ; il est un terme où l'on ne doit plus y compter. Le

y a des

ou on

(1) L'ordonnance ne détermine pas d'âge fixe pour la coupe des taillis dans les bois du Gouvernement ; cet âge doit être réglé par l'aménagement de chaque forêt, d'après les circonstances locales. Qnant aux bois des communes et des gens de main-morte, l'ordonnance de 1669 avoit défendu qu'on en coupåt les taillis avant dix ans ; mais des règlemens postérienrs ont étendu la défense jusqu'à vingt - cinq ans. Nous avons fait connoître les motifs de cette défense dans le deuxième numéro de ces Annales,

tronc ne donne de rejetons, que pendant l'espace de temps que la tige, qui a été coupée , auroit vécu si elle fût restée debout, et l'âge où ce pied produit le plus , est celui où la tige auroit eu son plus fort accroissement. Cette vérité ne souffre d'exceptions que dans quelques bois tendres, tels

que

les peupliers.

M. DUTOUR termine ce qu'il avoit à dire sur la coupe des bois, en observant avec Buffon , qu'il seroit en général plus avantageux de réserver des futaies pleines, que de conserver beaucoup de baliveaux dans les taillis ; par la raison que les baliveaux font un grand tort au jeune bois par l'ombre, l'humidité et la gelée qu'ils occasionnent.

il parle ensuite de l'exploitation , et donne l'aperçu des connoissances que doit avoir un marchand de bois : il rappelle même à cette occasion , le résultat des expériences de Duhamel sur les qualités des bois relativement aux terrains où ils ont cru; expériences qui prouvent que le bois des futaies situées en bons fonds, et qui ont un peu de soleil, est tendre et plus propre à la menuiserie qu'à la charpente , et qu'au contraire celui des futaies crues sur le gravier, ou sur un terrain sablonneux, exposé au midi , est dur et propre pour la bâtisse. Enfin il s'occupe des bois que l'on emploie à divers usages , et il observe que celui de charpente doit être coupé long-temps avant d'être employé, n'avoir point d'aubier, et ne présenter aucunes petites taches blanches, noires ou rousses , lesquelles marquent qu'il est trop échauffé ou trop vieux. Quant au bois de chauffage , il dit que le meilleur est celui d'orme, de hêtre et de charme, qu'ils donnent tous trois beaucoup de chaleur et un bon charbon, mais que le hêtre brûle trop vite , et ne convient qu'aux riches. NS. 8.

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