Page images
PDF
EPUB

fe , eft patiente, douce, humble; ne soupçonne point le mal, nes’aigrit jamais, & cache les défauts du prochain lorsqu'elle ne peut les excuser. Toute personne vraiment pieuse rit avec ceux qui rient, pleure avec ceux qui pleurent, conformément à l'avis de St. Paul, & n'est sage qu'avec

sobriété, parce qu'il faut de la tempérance en toutes choses.

** Enfin la vraie dévotion est la charité ; & sans elle , tout ce qu'on fait est absolument inutile pour le falut. Les faux dévots ne font guere moins de mal à la religion que les impies mêmes.-Toujours prêts à s'enflammer contre ce qui ne s'accorde, ni avec leurs opinions, ni avec leur humeur, ils ont un zele inquiet, impétueux, persécutant, & ils font ordinairement fanatiques ou superstitieux, hypocrites ou ignorans. JesusChrist ne les épargne pas dans

l'évangile, pour nous apprendre à nous en méfier. + Quand vous fentirez, madame, qu'il n'y a ni rancune dans votre cæur, ni hauteur dans votre efprit, ni singularité dans vos actions

, que vous observez enfin les préceptes de Dieu & de l'église sans affectation, sans minutie; alors vous pourrez croire que vous êtes réellement dans la voie du salut. -Sur-tout rendez vos domestiques heureux, en vous abstenant

. tres nous-mêmes, & il faut continuellement alléger leur joug. Le moyen d'être bien fervi , c'est d'avoir toujours un visage serein. La vraie piété conserve en tout tems le même calme & la même tranquillité, tandis que la fautre dévotion varie à tout instant.

Entretenez vos nieces selon leur condition , & n'exigez pas d'elles qu'elles fassent précisément tout ce que vous ferez, parce que vous avez un attrait particulier pour la mortification.

Cet article demanderoit une lettre entiere. On dégoûte souvent les jeunes personnes de la piété, par la raison qu'on leur demande une trop grande perfection, & l'on se lasse soi-même des cuvres de pénitence, lorsqu'on ne sait pas fe modérer. La vie commune est la plus sûre, quoiqu'elle ne soit pas la plus parfaite; c'est un parti violent de vouloir vous interdire toute visite & tout délassement. Prenez garde que votre directeur ne soit trop mystique,

&
que

sa direction ne finiffe par vous rendre scrupuleuse , plutôt que

bonne chrétienne. Faut-il donc tant se tourmenter pour embrasser la piété? La religion nous apprend ce qu'on doit croire, ce qu'on doit pratiquer, & il n'y aura jamais un meilleur directeur que l'évangile. Mêlez la solitude à la société; & faitesvous des connoissances qui ne vous jettent, ni dans la mélancolie, ni dans la dissipation.

Variez vos lectures. Il y en a de récréatives, qu'on peut faire fùccéder à celles qui font sérieuses. St. Paul, en nous donnant des regles pour converser décemment, nous permet de dire des choses qui soient riantes & gracieuses,

quæcumque amabilia, On serviroit Dieu en esclave, fi on s'imaginoit toujours pécher. Le joug du Seigneur est le plus doux & le plus léger. Aimez Dieu, dit St. Augustin, & faites ce que vous voudrez; parce qu'alors vous ne ferez rien qui ne lui soit agréable , & vous agirez à son égard, comme un fils envers un pere qu'il chérit. Sur-tout soulagez les pauvres, d'autant mieux que vous êtes en état de les secourir. La religion a pour piedestal l'humanité; & fi l'on n'est pas charitable, on n'est

pas chrétien.

pas don

Je ne vous conseille nullement de donner aux communautés

; outre qu'elles ne manqueront pas, il n'est pas juste d'appauvrir les familles

pour

les enrichir. On ne cesse de crier contre la rapacité des moines; & il ne faut ner lieu aux gens du monde de faire de nouvelles plaintes à ce sujet. Notre richesse doit être notre réputation ; & elle doit être fondée sur le désintéressement & sur la pratique de toutes les vertus.

Quoique ami de mon état, je n'engagerai jamais personne à nous faire des largesses, ni personne à se faire religieux; je crains de donner lieu aux reproches & au repentir, comme je craindrois de vous ennuyer, je prolon

1

« PreviousContinue »