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prise de Jérusalem, par Godefroy de Bouillon. moralités et aux pièces pieuses , des farces

Il parait qu'alors les sociétés qui faisaient et des folies. Froissard rapporte que les spec. ces représentations, n'étaient point autori- tateurs, loin de faire un crime aux confréres sées par les magistrats ; car on trouve que de ce mélange bizarre de morale et de bouffon. quelques hourgeois de Paris s'étant assemblés nerie, se rendirent au contraire avec plus plusieurs fois à Saint-Maur, au-dessus de Vin d'empressement à ces représentations. Le chacennes, pour y représenter la passion de No- pitre de Notre-Dame, pour y assister, ortre-Seigneur , le prévot de Paris rendit une donna qu’on dirait les vepres à trois heures, ordonnance, le 3 juin 1398, par laquelle il immédiatement après les nones. leur fit defenses de continuer leurs représen François I.er protégeait les confrères , et il tations; mais ils se pourvurent à la cour ; et, honorait souvent leurs représentations de sa pour se rendre favorables , ils érigèrent leur présence. Il leur avait même accordé des letsociété sous le titre de confrérie de la pas. très - patentes en 1518; mais le parlement sion de Notre-Seigneur.

ayant reconnu que ce mélange de religion et Charles VI assista à plusieurs de leurs to de bouffonnerie était contraire aux règles de présentations; et, pour leur marquer son l'homiêteté et de la décence, s'opposa, en contentement (disent les historiens), illeur 1541, à ce que l'on continuât ces sortes de accorda , le 4 décembre 1402 des lettres-pa représentations. tentes, par lesquelles il leur permit de s'éta Ce genre de spectacle a cxisté en France blir dans la ville de Paris, d'y continuer pu. pendant plus d'un siècle. Les gens instruits. bliquement les représentations de leurs co ouvrirent enfin les yeux sur le ridicule qui le médies pieuses, et d'aller et venir dans la ville caractérisait; et en 1545, la maison de la avec l'habillement conforme au sujet et aux Trinité qui servait de théâtre aux confrères, mystères qu'ils devaient représenter. fut de nouveau convertie, par un arrêt du

Les confrères, en conséquence de ces let- parlement, du 30 juillet 1547 , en un hópitał tres-patentes , affermèrent un hôpital de pé destiné, suivant la fondation, au logement lerins ; et ils fonderent, dans la chapelle de des pelerins et des pauvres voyageurs. la Trinité, le service de la confrérie. La mai Les confrères se voyant forcés de quitter son qu'ils destinèrent pour leurs exercices, leur theatre, choisirent un autre emplaceavait été bâtie hors de la porte de Paris, du ment. Quoique le parlement se fût opposé à côté de Saint-Denis, par deux gentilshommes la continuation de leurs représentations, ils allemands , pour recevoir les pélerins et les parvinrent, à force de sollicitations et avec le pauvres voyageurs. Les confrères construisi- credit qu'ils avaient, à obtenir la permission rent, dans une grande salle de cette maison, d'acheter l'ancien hotel des ducs de Bourgogne, un théâtre, et ils y jouerent leurs pièces. et d'y elever un théâtre.

On appela d'abord ces pièces moralités ; on Le parlement confirma cette permission leur donna ensuite le nom de mystères. On par un arrêt du 12 novembre 1548 : « mais à voit en effet plusieurs de leurs pièces qui por » condition (porte cet arrêt) que les confrères taient les titres suivans : le mystère de la v ne pourront jouer que des sujets profanes , passion ; le mystère de l'apocalypse : le » licites et honnêtes , et avec défense expresse mystère des actes des apôtres , etc. v de représenter les mystères de la passion,

Il se forma , dans la suite , différentes con » ni aucun autre mystère de la religion ». fréries dans plusieurs villes du royaume. Il y Par le même arrêt, le parlement confirma en avait une en 1486 à Lyon , puisqu'à cette les confrères dans tous leurs privileges, et fit époque, le chapitre de l'église de cette ville ac- defenses à toutes autres personnes qu'aux corda une somme de 60 livres aux confrères qui confrères de la passion , de jouer ni de repréavaient joué le mystère de la passion de Jésus senter aucune pièce, tant dans la ville que Christ. Ce fait est consigné dans les actes ca dans la banlieue de Paris, sinon sous le nom et pitulaires de ce chapitre. Un historien de la au profit de la confrérie. ville de Lyon rapporte encore qu'en 1540 , il Henri II, par des lettres-patentes du mois y avait un théâtre public sur lequel « on

de mars 1559, confirma tous les priviléges que » jouait les dimanches et jours de fêtes après le ses prédécesseurs avaient accordés aux con» diner ; et on représentait la plupart des his frères. »toires du vieux et du nouveau Testamens, Ces derniers, ayant un privilege exclusif et » avec la farce au bout pour récréer les assis étant possesseurs de richesses considérables, tans ». Ce théâtre (suivant cet auteur), s'ap. résolurent de ne plus monter eux-mêmes sur pelait le Paradis.

le théâtre. Ils trouvèrent d'ailleurs que les L'usage' s'introduisit alors de joindre aux pièces profanes, qu'ils avaient droit de jouer,

ne convenaient point aux titres religieux qui » née qu'ils joueraient , deux écus aus admi. caractérisalent leur société. Une troupe de » nistrateurs de la confrerie de la passion ». Coméliens se forma pour la première fois, et On voit , par cet arrêt, que le privilege des prit à loyer des confrères, l'hôtel de Bour confrères subsistait encore; il ne fut en effet gogne et leur privilege. La société de la pas anéanti qu'en 1676, par la réunion qui fut sion se réserva seulement deux loges pour faite des revenus de la confrérie à l'hôpital ses membres et pour ses amis : c'étaient les général. plus proches du théâtre. Elles étaient distin Les accroissemens de Paris avaient déterguées par des barreaux , et on leur donnait le miné les Comédiens à jouer sur deux théâtres, nom de loges des maîtres.

dont l'un était à l'hôtel de Bourgogne, et Henri II assista à plusieurs représentations l'autre à l'hôtel d'Argent, au Marais. On ne de cette nouvelle troupe de Comédiens, et ce jouait sur ces théâtres que des pièces informonarque lui accorda une protection parti

mes et des farces grossières, lorsque Corneille culiére.

donna sa Mélite et le Menteur. Quoique ces Sous le règne de Henri III, le royaume fut pieces ne soient pas sans défauts, elles dévoiremplide farceurs. Ce prince fit venir d'Italie

lèrent les secrets d'un art qui était alors indes Comédiens qui furent nommés li gelosi.

connu en France. Molière parut ensuite et Ces Comédiens, suivant le Journal de l'E.

donna à notre théâtre une grande supériorité

sur celui des autres nations. toile , commencèrent leurs représentations dans l'hôtel de Bourbon, le dimanche 29 mai

En 1680, Louis XIV réunit en une seule 1577; ils prenaient quatre sous par personne.

troupe les deux qui existaient alors. lladressa, Ce nouveau spectacle attira la curiosité de

pour cet effet , le 22 octobre de cette année, la capitale, et il était rempli d'une foule de

une lettre de cachet au lieutenant general de personnes de tout rang. Le parlement ayant police: - « Sa majesté ( y est-il dit) ayant été instruit que ces Comédiens ne respec- Comédiens établis à l'hôtel de Bourgogne et

estimé à propos de réunir les deux troupes de taient pas la décence, rendit un arrêt, aux mercuriales du 26 juin 1577, par lequel il leur

dans la rue Guénégaud, à Paris, pour n'en defendit « de plus jouer leurs Comédies, parce

faire qu'une seule , afin de rendre les repré» quelles n'enseignaient que paillardises ».

sentations des comédies plus parfaites , par le On trouve encore, dans le Journal de l'E.

moyen des acteurs et des actrices auxquels toile , que, « le samedi 27 juillet suivant, li

elle a donne place dans ladite troupe , sa ma"gelosi, après avoir présente à la cour les let jesté a ordonne et ordonne qu'à l'avenir les» tres-patentes par eux obtenues du roi , afin

dites troupes de Comédiens français seront réu» qu'il leur füt permis de jouer leurs comedies nies pour ne faire qu'une seule et même troupe, » nonobstant les defenses de la cour , furent

et sera composée des acteurs et actrices et » renvoyés par fin de non-recevoir, et défenses

dont la liste sera arrêtée par sa majesté. Pour » leur furent faites de plus obtenir et présenter

leur donner moyen de se perfectionner de và la cour de semblables lettres, sous peine de plus en plus, sa majeste veut que ladite seule » 10,000 livres parisis d'amende, applicable à troupe puisse représenter des comédies dans » la boite des pauvres ».

Paris; faisant defenses à tous autres Comé

diens français de s'établir dans la ville et fauLes Comédiens eurent recours au roi , et

bourgs de Paris, sans ordre exprès de sa malui portèrent leurs plaintes contre l'arrêt du jeste. Enjoint, sa majesté, au sieur de la parlement. Henri III leur accorda des lettres Reynie , lieutenant général de police , de teexpresses de jussion, en vertu desquelles ils nir la main à l'exécution de la présente orrecommencèrent leurs représentations au donnance ». mois de septembre suivant; et leur théâtre

En vertu de cel ordre du roi, les Comédiens continua d'être ouvert dans l'hôtel de Bour furent autorisés à former une société et à pasgogne.

ser entr'eux des actes d'union. Les mêmes motifs qui avaient déterminé le Le 23 avril 1685 , le duc de Saint-Aignan, parlement à refuser d'enregistrer les lettres l'un des quatre premiers gentilshommes de la patentes que le roi avait accordées aux li ge chambre du roi , donna aux Comédiens franlosi, le portèrent egalement à faire le même çais un réglement de discipline interieure, refus aux troupes de Comédiens qui étaient conformément aux ordres qu'il en avait reçus repandues dans les provinces. Il perunit seu de la Dauphine. Ce réglement fut déposé lement, par arrêt rendu en 1596, à ces Co. chez un notaire ; et il fut passc un acte, le 4 mediens de jouer à la foire Saint-Germain, mars 1686, par lequel les Comediens s'obli« à charge par eux de payer , par chaque an- gerent de s'y conformer.

En 1699, par acte passé devant notaires le leurs talens est peut-être plus flatteuse par 27 avril, les Comédiens ratisierent tous les les difficultés qu'ils ont eues à vaincre pour anciens traités qu'ils avaient faits entre eux ; l'obtenir. Au-reste, cette dissertation littéet ils s'obligerent de les exécuter.

raire n'entre point dans le plan que nous A cette convention en succédèrent d'autres nous sommes proposé : nous devons nous bordes 17 mai 1728,5 septembre 1735 et gjuin 1958. ner à montrer de quelle manière ils sont traités

Celles-ci furent suivies de lettres-patentes du par notre jurisprudence. 22 août 1761, qui ont été enregistrées au parle. Plusieurs anciens conciles, tels

que

celui ment de Paris,le7 septembre de la même année. d'Elvire, tenu en 1305, celui d'Arles, tenu

Depuis l'enregistrement de ces lettres-pa en 1314, ceux de Mayence, de Tours, de Reims, tentes , les Comédiens français forment une et de Châlons-sur-Saône, tenus dans le comsociété légalement établie dans la capitale. mencement du g.e siècle, prononcent des Auparavant, ils n'existaient qu'en vertu d'or- peines contre les Comédiens qui existaient dres du roi et de traités particuliers. Mainte. alors, c'est-à-dire , contre des histrions et des nant, leur existence est appuyée sur les ti farceurs publics. L'église, en prononçant ces tres que les lois exigent pour donner à un peines , a voulu détruire une source de décorps ou à une communauté un état légal. bauches et d'obscénités que ces spectacles gros[[ II. Aujourd'hui , les Comédiens sont ce

siers et contraires à la décence, répandaient qu'ils étaient avant ces lettres-patentes, c'est

dans la société. à-dire , de simples artistes réunis en société

Mais il faut avouer que nos spectacles, tels purement conventionnelle. Mais ils sont, qu'ils existent aujourd'hui, n'ont rien de quand à l'exercice de leur état , sous la sur

commun avec ceux qui existaient avant le 9.e veillance spéciale de la police. V. les lois des

siècle : les leçons de vertu , d'humanité et de 13 janvier 2791, 2 et 14 août 1793, l'art. morale queles organes des plus grands auteurs 365 de la constitution du 5 fructidor an 3, que la France ait produits, donnent sur la l'arrêté du directoire exécutif, du 25 plu scène, assurent une distinction méritée à novióse an 4, et le décret du 8 juin 1806. ]]

tre spectacle sur celui des anciens , et même III. Après avoir fait l'historique de l'éta- pièces de théâtre ne sont plus aujourd'hui des

sur ceux des autres nations de l'Europe. Nos blissement de la Comédie en France, nous

farces monstrueuses et obscènes; ni les ac. allons maintenant considérer les Comédiens dans les différens rapports qu'ils ont avec le pulace grossière. Nous avons relégué cette

teurs, des baladins faits pour amuser une popublic.

classe d'hommes méprisables sur les tréteaux IV. On distingue en France deux sortes de qui s'élèvent dans les places publiques. Par les Comédiens : : ceux qui sont sédentaires, comme précautions que le gouvernement a prises les Comédiens français et italiens établis à pour perfectionner la comédie en France, Paris ; et les ambulans, comme les Comédiens

et par les effets de la protection dont nos rois de campagne, qui sejournent tantôt dans une

ont honoré, depuis un siècle, le théatre Fran. ville , tantôt dans une autre.

çais, nos spectacles n'offrent plus les dangers V. La profession de Comédien est honorée qu'ils présentaient dans l'enfance et la baren Angleterre. Mademoiselle Olfields partage, barie d'un art que le dernier siècle a dans l'église de Westminster, la sépulture des naitre. D'après ces observations puisces dans rois. Son tombeau està cote de celui de Newton. notre histoire, ne peut-on pas dire que la

En France , cette profession est moins ho- plupart des peines qui ont été prononcées norée. Cependant, si l'on fait attention aux avant le 17.e siècle contre les Comédiens, retalens qu'elle exige, ceux qui l'embrassent gardent bien moins les Comédiens véritables, devraient jouir sans doute de la considération que les farceurs publics et les baladins qui exisque les arts nobles et agréables méritent ; taient avant eux? le préjugé national qui s'est élevé contre eux, Cette vérité nous paraît démontrée par les a pris sa source dans la conduite des premiers dispositions même de nos ordonnances. En Comédiens. S'il y a des exemples qui le jus effet, celle d'Orleans, art. 4, défend « à tous tifient encore, il faut avouer qu'ils sont rares joueurs de farce, bateleurs et autres sembla. aujourd'hui, et qu'il y a beaucoup de Comé » bles, de jouer aux jours de dimanches et fêtes diens dont les meurs et l'honnêteté font pendant les heures du service divin, et de se désirer la destruction de ce préjugé. Aussi »vêtir d'habits ecclesiastiques, de jouer choses l'estime et la considération personnelle dont „dissolues et de mauvais exemples, à peine de ces derniers jouissent, les dédommagent de »prison et de punition. l'injustice du préjugé; et cette récompense de Il résulte de cette loi, que les théâtres

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étaient bien éloignés d'être alors des écoles de sévérité de meurs; ce n'est qu'aux Genevois morale et d'humanité, puisque le législateur qu'il pouvait adresser cette apostrophe : était obligé de prononcer des peines sévères qu'auriez-vous besoin d'aller chercher des contre la licence qui y régnait. On ne peut émotions aux théatres? N'avez-vous pas des donc faire aucune comparaison entre les spec. femmes et des enfans ? Dans les grandes villes tacles des baladins et des farceurs qui ont pré: de la France, et surtout dans cette immen. cédé les véritables comédiens en France, et se capitale, une multitude de citoyens de notre théâtre national, tel qu'il existe depuis toutes les classes pourraient répondre à Rousun siècle.

seau : non, nous n'avons ni femmes ni enAussi Louis XIII, par sa déclaration du 4 fans; et, pour trainer avec courage le poids avril 1641 (en renouvelant les défenses pro de la vie, nous devons choisir entre des noncées par ses prédécesseurs contre les voluptés qui nous corrompraient et ces émocomédiens, de représenter aucune action tions du théatre qui peuvent nous rendre malhonnéte, et d'user de paroles lascives meilleurs. et qui puissent blesser l'honnéteté publique, » Si les mœurs des Comédiens étaient nécessous peine d'être déclarés infames, d'amen sairement infâmes, ce n'est pas les Comédiens de et méme de bannissement), a-t-il dit qu'il seulement qu'il faudrait proscrire, mais le entendait que les Comédiens qui se conforme. théâtre; il faudrait porter la bache et la raient à cette loi, ne seraient point exposés flamme sur ces temples elegans, consacrés aux au bláme qui couvrait auparavant leur pro- chefs-d'æuvre du plus beau de tous les arts de fession, et que leur exercice ne pourrait l'imagination. préjudicier à leur réputation dans le com Supprimons, cela pourrait être utile, cette merce public.

multitude de petits theâlres destinés aux clasCette loi prouve d'une manière évidente, ses inférieures du peuple à qui ils donnent que nos rois ont voulu que les Comédiens fus. plus de vices que de plaisirs, et propres seule. sent distingués des farceurs qui les avaient ment à préparer le despotisme, par la corrupprécédés, et qu'ils ne fussent pas exposés au

tion » bláme dont ces farceurs étaient couverts. Après avoir conclu de ces raisons, qu'aucune

[[ Il s'est élevé, dansl'assemblée constituante, profession ne devait empêcher d'être eligibles le 24 décembre 1989, une question fort inté ceux qui d'ailleurs réunissaient toutes les conressante sur les Comédiens. Elle consistait à ditions d'éligibilite requises par la constitution, savoir s'ils pouvaient élire et être élus, soit M. de Beaumets a cédé la parole à M. Marnedans les assemblées de communes, soit dans les zia qui l'a combattu par des raisonnemens autres assemblees politiques. Voici comment très-spécieux. M. Briois de Beaumets a traité cete question :

« Vous vous honorez (a-t-il dit) de puiser « Les lois que vous allez créer, seraient-elles, la plupart de vos principes dans les ouvrages pour les Comediens, plus sévères que les lois de Jean-Jacques Rousseau ; puisez-les donc tout anciennes? L'opprobre qu'on a répandu sur entiers. Le Contrat Social n'est pas le seul cette profession, qui exige tant de talens, n'a ouvrage de Rousseau. Relisez une autre de ses jamais été lancé par nos lois civiles, mais par productious les plus sublimes, sa lettre à d' A. des décrets ecclésiastiques : il n'existe pas une lembert contre les spectacles ; vous vous y conseule loi en France qui déclare la profession vaincrez combien il est impossible que le théâde Comédien infame. Eh! Qu'aurait-il fallu tre, ce tableau de toutes les passions, ne soit pas penser en effet d'un peuple dont les lois au. toujours funeste aux mœurs de ceux qui les reraient couvert d'infamie les Comédiens, et présentent; vous y verrez combien des ámes qui, par d'autres lois, ensuite, aurait erigé toujours agitées de plus d'impression que n'en des theatres, et en aurait protégé les jeux de donne la nature, sont prompts à recevoir l'imtoute l'autorité et de toute la force publique? pressionde tous les vices. Vous, les represen. Un homme d'un génie immortel et dont le tans de la nation aujourd'hui la plus auguste de nom a acquis une nouvelle gloire, lorsqu'il a l'univers, voudriez-vous elever à vos fonctions été prononcé plusieurs fois dans cette tribune, éminentes des hommes qui prostituent tous les le citoyen de Genève, Rousseau, il est vrai, jours leur caractère dans les farces qu'ilsjouent, lorsqu'il a attaqué les théâtres et les Comé et qui, après avoir dicte ici les lois de la nation, diens, semble avoir transforme un préjugė iraient au théâtre faire couvrir les legislateurs populaire en une vérité philosophique; mais du peuple de ses huees? Il ne faut pas sans doute Rousseau ne parlait qu'à sa patrie, c'est-à-dire, flétrir l'état de Comedien, mais il ne faut pas à une petite république où l'égalité etla liberté l'honorer. On vous dit que ce sera les fletrir ne pouvaient se maintenir que par une extrême que les exclure de l'éligibilite; mais quelle

apparence! Vous auriez donc flótci aussi tous magistrat. Par cette précaution sage, le théâtre les citoyens qui n'ont pas de propriété territo des Français est le spectacle le plus décent et riale, tous ceux qui n'auront pas assez de for le plus honnête de l'Europe. tune pour payer une contribution directe d'un [[ L'art. 6 de la loi du 13 janvier 1791, en marc d'argent !

plaçant « les membres des différens theatres » Non, entre les honneurs et le déshonneur, 11 sous l'inspection des municipalités », ajoute il y a l'estime toujours accordée à qui s'en rend que « les officiers municipaux ne pourront pas digne, et que pourront obtenir les Comédiens » arrêter ni défendre la représentation d'une lorsqu'ils résisteront aux séductions de leur » pièce, sauf la responsabilité des auteurs et état ».

» des Comédiens » A cette adroite et ingénieuse défense d'un Mais il est dérogé implicitement à cette dispréjugé, M. de Mirabeau l'aîné a opposé ce position,

1, par le pouvoir que la loi du 14 août qu'avait dit M. de Beaumets, qu'il n'existe 1793 attribue aux municipalités de diriger les pas en France de loi qui ait flétri l'état de spectacles; et c'est ce que déclare formelleComédien ; « Mais ( a-t-il ajoute) M. de Beau ment l'arrêté du directoire exécutif du 25 plu. » mets n'a pas assez prouvé; je viens vous ap vióse an 4. » porter la preuve que non-seulement il n'existe

Aussi le décret du 8 juin 1806 porte-t-il en » pas dans notre ancienne législation de loi termes exprės, art. 14, qu'« aucune piece ne » aussi barbare; mais qu'il en existe qui defen.

» pourra être jouée, sans l'autorisation du mi» dent expressément de répandre le blâme et » nistre de la police générale ». ]] » l'injure sur l'état des Comédiens, lorsque , » dans les pièces qu'ils joueront, ils respecte.

VII. Les Comédiens français ont un privilege » ront les moeurs qu'ils peignent; c'est là, en exclusif. Il n'appartient qu'à eux seuls de » effet une disposition expresse de cette belle

jouer des Comédies dans la capitale, et d'y » ordonnance d'Orléans, l'un des titres de la représenter des tragédies. Aussi, toutes les fois » gloire du chancelier l'Hopital ».

que d'autres Comédiens, ou même des far. On sent, d'après cela, que les Comédiens ne ceurs, ont voulu s'établir et jouer à Paris, les devaient pas être exclus de l'eligibilité, par la tribunaux se sont empresses de maintenir les scule raison qu'ils étaient Comédiens. Aussi

Comédiens français dans leur droit exclusif. a-t-il été décidé à la presqu'unanimité des

C'est ce qui a été jugé par plusieurs sentences voix, par le décret du 24 décembre 1989,

de police, et par plusieurs arrêts du parle« qu'il ne pourra être opposé à l'éligibilité

ment. d'aucun citoyen, d'autres motifs d'exclusion On se rappelle que les Comédiens furent que ceux qui résultent des décrets constitu réunis par Louis XIV, en 1680; et nous detionnels ».

vons ajouter que, par un arrêt du conseil, du C'est dans le même esprit, quoique pour un

1.er mars 1688, ils furent autorisés à acheter objet different , que, par l'art. 5 du décret du

de jeu de paume de l'Etoile, pour y faire cons28 mai 1990, il est dit qu'« aucun citoyen

truire une nouvelle salle de spectacle. Cette » reconnu actif, de quelque état et profession

salle n'était pas encore achevée, qu'on essaya » qu'il soit, ne pourra être exclu des assem

de porter atteinte au privilege exclusif des » blées primaires ». ]]

Comédiens français. La demoiselle de Villiers

fit construire un théâtre à Paris, et y fit repréVI. Nous avons dit que le gouvernement a senter des Comédies par des enfans, sous le pris des précautions pour empêcher que la dé titre de petits Comédiens français. Les Cocence et l'honnêteté ne fussent blessées dans

médiens denoncèrent au roi cette entreprise; les pièces de théâtre. Le commissaire de la et, par un ordre exprès de sa majesté, le Mare rapporte en effet une ordonnance de théâtre de la demoiselle de Villiers fut fermé police rendue en 1609, qui « défend aux Comé. sur-le-champ. » diens de jouer aucunes Comédies ou farces, · Eu 1707, on forma une nouvelle entreprise » avant de les avoir communiquées au procu: contre le privilege des Comédiens français. » reur du roi »,

Les danseurs de corde de la foire Saint-GerOn ne suit plas aujourd'hui, il est vrai, cette main pretendirent avoir le droit de jouer des ordonnance; mais on y a substitue la forma comedies sur leur theatre, et ils en jouerent lité de l'approbation que le magistrat donne en effet. Ils fondaient leur prétention sur les sur celle du censeur de la police. Ainsi, c'est franchises de la foire. Le cardinal d'Estrées, une règle constante, que les Comédiens ne alors abbé de Saint-Germain, les appuya peuvent jouer aucune pièce, qu'après qu'elle de son credit ; mais les Comediens français a été approuvée du censeur de la police et du s'adresserent au parlement;, et réclamerent

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